‹ Le chambard socialisteChapitre 103 sur 412 · SOUS LE MÊME BONNET VERT · texte numérisé non relu

SOUS LE MÊME BONNET VERT

Pendant la mémorable séance de safflodi, lorsque le citoyen Vaillant vint déclarer à la tribune que tous les députés socialistes, ayant uni leur voix à celle du citoyen Thivvier pour .acclamer la Commune, devaient être, comme lui, honorés de l’exclusion, les pupitres du eeiitro et do la droite menèrent un train dit diable. Le citoyen Vaillant disait des vérités qu’il ne fallait pas laisser entendre.

Trois députés se firent remarquer par leur vaillance à frapper l’acajou parlementaire : Gamard, Deschanel et de Reinaeli, celui qui lie s’esf pas encore suicidé. Oe trio vaut d’être connü des lecteurs du Chdmbard , car il est bon de noter le signalement de ses ennemis. Je vais lo leur présenter :

LAM t It 1> (député de. la Mayenne)

L'honneur ait plus gros. Un ventre de vieille matrone, des jambes courbes mal articulées comme celles de Doth Pourceau, dos bras démesurés, dos mains énormes inévitablement engoncées dans les poches d’uno houppelande fourrée dont lo col sert d'encadrement à la tête la plus répulsive qu’on puisse imaginer. D’abord deux favoris, an milieu un nez épouvantable, tonaut du bec d'oisoau do proie et tle l’étoignoir, les narines non arquées .s’arrêtant au dessus de la membrane centrale ; tout l’organe semble confectionné aveo une Couenne dure, insensible aux attouchements qui seraient dangereux, aux odeurs qui seraient néfastes à d’autres. Un nez de notaire, surtout d’un notaire counhe Gamard, doit pouvoir affronter los pires contacts.

Des oreilles pointues de hyène. Pas de front. Uno mince ligite jaunâtre sépare à peine les soies capitales, épaisses et hérissées, do la broussaille ininterrompue des sourcils. Là-dessous, oaoliés derrière nn lorgnon à monture d’or, clignotent doux yeux petits, petits, potils, sans couleur, mais ombrés au coin do la prunelle de jets sanguinolents.

La caractéristique de l’individu, c’est l’égoïsme férooe. La bouche montre parfois dos dents longues qui font d’un souriré, la grimace de l'affreux loup dévorant l’infortuné et trop confiant Chaperon Rouge. Gainard eut été un cannibale présentable, si les hasards de la nature ne l’avaient créé tabellion.

Gamard n’a qu’un sentiment : la haine de tout ce qui peut troubler sa digestion, déranger l’azur délicat des spirales de fumée qu’il tire d’un havane très cher, perpétuellement lenouvelé. Au lendemain do l’attentat de Vaillant, il hurlait l’éoume aux lèvres, dans les couloirs : les vrais coupables sont los socialistes ; il faut les traiter sans merci!

Sa férocité n'a d'égale que sim indicible poltronnerie. Il s’écroule ainsi qu’une limace sitôt qu’on prononce devant lui le mot de révolution. Que sera-t-oe quand la chose arrivera? Il simplifiera sans doute notre besogne en prenant les devants. 1

DEM1M.U1 Kl » (député d' Eure-et-Loir)

Cornichon très bien conservé malgré ses trente-oinq ans. Car je no crois pas un mot de ce que racontent ses biograpliies écrites par les dames âgées qui l’ont élevé an bocal.

Dosclianel, si le dieu Plutus prête vie à la société bourgeoise, est destiné à l’Académie. On l’appelle déjà l’Eliaserin des salons académiquos. Lo pire malheur qui puisse lui arriver c’est l’embonpoint. Un gros ventre détruirait la joliesse de ce polit être, et sa joliesse c’est son entière valeur.

Deschanel ignore tout et même autre ohose. Ses antiques protectrices savent pour lui. Une armoire à glace lui tient lieu do bibliolhèqne. Grèce à elle il apprend à s’admirer, il étudie ses gestes, ses mines et sa raie, il nourrit son menu cerveau de l’admiration do sa propre personne.

Sa coiffure, son gilet, ses escarpins vernis, son râtelier, voilà les titres de Deschanel aux honneurs qu’il postule. On lui a enseigné qu’avec du talent, rien qne du talent, ou ne fait pas pins son chemin à la Chambre qu’au foyer de la danse de l’Opéra. Il s’en est consolé tout de suite; le contraire eût, d’ailleurs, anéanti ses espérances.

Ces détails fournis, je n’ose plus révéler le soupçon quo m’inspirent la symétrie jamais dérangée, l’ordonnancement irréprochable de ses cheveux, la rectitude géométrique do sa raie. Je craiudrais, eu effet, do briser sa carrière on disant qu'il porte perruque. Il porte également sur les nerfs de beaucoup do gens. Il l’apprendra sans doute un jour ou l’autre à ses dépens. O’ost la seule connaissance qu’il aura acquise dans la vie.

Patriote intègre, il n’est pas de ceux qni vendront chèrement leur vie, et plutôt que de s’exposer à cette tentation, Deschanel se tiendra à distance respectueuse des ennemis. Personne ne récite aussi bien que lui les rengaines sur la patrie, le patriotisme et la gloire. Son éloquence est prisée dos liâmes dont la tabatière so trouve à sec.

Deschanel quoique blond, est méchant, comme un âne rouge, quand il se met à braire dans le présomptueux espoir d’eft’rayor les socialistes.

OE REIVACH (député des liasses-Alpes)

S’il existait sur la carte de Franco des Alpes plus basses, Reinach les représenterait au Parlement, car il est au-dossous do

La renommée conquise par son illustre boau-père, celui-là même dont j’ai déjà dit qu’il était mort quelques jours avant son entrée à Mazas, dispense Joseph de Reinach il'uno biographie prolongée. Juif de naissance, il se pare aujourd’hui, grâce aux millions gagnée par ses ancêtres dans un commerce que la crainte des tribunaux implacables îteompcclie do nommer, du titre d’israélite. Ou sait que les israélites sont des juifs enrichis.

Lorsque de Reinach embrassa la carrière politique co fut aveo l’idée, mieux arrêtée qne ne le fut son beau-père, d'en extraire des profits. Il a édité les (ouvres de Gambetta. 11 est colonel d’étatmajor do Galliftet, il dirigea la République française , il siège au Parlement qui met ainsi à la disposition dos échappés de prétoire pas mal de bancs d’infâmie.

De Reinach abhorre les socialistes et le socialisme. Leur avènement lui apparaît comme l’abomination do la désolation prédite parles prophètes. Il professe la même opinion que son coreligionnaire et presque homonyme Raynal sur nos théories; il les appelle « le droit au vol ». Cette erreur ne peut provenir que de la plus épaisse mauvaise foi J car Raynal et Reinach possèdent sur ce point une science on ne peut pins expérimentale.

La vérité est que Bonle-do-Juif, comme son ami, trouve mesquin un idéal de société qui réprouve l’agio, les jeux de banque, la Bourse, les marchés financiers, les grandes entreprises. U nourrit des principes sociaux plus larges, et coux-ci lo lui rendent avec

Le dieu Sabooth disait à Moïse : « Jo suis celui qui est. » Raynal et de Reinach ont corrigé co passage de la Bible. Us disent : « Je suis celui qui a. » Question de verbe auxiliaire et d’impunité. D’ailleurs il y a beau temps qne le gendre dn suicidé de Noisiolles s’est posé en protecteur du clergé catholique. Il trinque avec les évêques, il facilite leur avancement, il tient des nouveaux nés sur les fonds baptismaux en réparation, sans doute, de ceux que sa famille a chapardés aux bons gogos.

Los trente deniers de Judas ont fait des petits grâce à d’heureuses spéculations et les descendants de l’Iscariote se sont réconciliés autour des sacs d’écus avec les disciples du crucifié. L’argent ne garde point d’odeur, même celle du sang.

Signes particuliers : de Reinach a renoncé à la succession de son bqau-père. Il compte bien ne pas se suicider. Ça fait aussi notre compte.

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