‹ Le chambard socialisteChapitre 170 sur 412 · DE L’AN DE GRACE · texte numérisé non relu

DE L’AN DE GRACE

Lundi. — La police continue, d’accord &vac la Parquet, à traquer les anarohistos ou les individus soupçonnés d’être ep rapport avec eux. Hier matin, les commissaires des vingt quartiers do Paris et de la banlieue ont opéré des perquisitions chou une cinquantaine d’ouvriers. Quarante-cinq ont été arrêtés et conduits au Dépôt. On avait saisi chez la plupart des numéros de la Révolte , du Rire Veinard. .

De graves soppçous pèsent sur le sieur X..., qu'on a trouve porteur d’une ceinture rouge,

Mardi. — Les opérations continuent. Trente individus viennent d’ètre arrêtés dans diverses villes de province. On a découvert chez eux des couteaux, des ciseaux, du vieux pistolets.

Mercredi. — De nouvelles arrestations ont été opérées dans la nuit. Les individus arrêtés ont été écrçmés à Mazas,

Jeudi. — - Vingt-neuf arrestations nouvelles à signaler, l'ngraml nombre d’individus protestent qu'ils n’oiu jamais appartenu à uu groupe anarchiste. Ils avaient eu Soin, sans douto en prévision de leur arrestation, do fairo disparaître les brochures subversives qu’ils possédaient.

Vendredi. — Lo gouvernement est pleinement, décidé à poursuivre son œuvre de salubrité sociale. Aussi, mille perquisitions ont eu lieu la nuit dorniére, suivies d’arrustations.

Samedi. — A force d'énergie, le ministère se Batte de ramener lo calme dans les esprits. Actuellement il n’y a pas moins de cinquante mille individus sous les verroux, Bieu qu'aucune charge précise n’ait été relevée contre oux, ils seront impliqués dans les poursuites que l’on prépare. On les accuse do faire partie d’nue association de malfaiteurs. Détail caractéristiques : la plupart des prévenus sodéfeudent de professer des opinions anarchistes. Les renseignements recueillis semblent leur donner raison, mais le gou- ' vernemont ne saurait s’arrêter à ces vains palliatifs.

Dimanche. — Les arrestations continuent. D’autres vont avoir lieu. Bien quelo parquet se plaigne du trop grand nombre de prévenus amenés devaut lui sans que les délits qui leur sont imputés soient suffisamment précisés, laPréfecturo de police n'en persistera pas moins à déployer la plus grande vigueur. Déjà, elle a pu s’assurer que sou attitude donne de bons résultats. C'est par centaines que Les habitants de certaines villes émigrent et passent la frontière. Encore quelques efforts et la sécurité publique sera

Lundi. — On compte actuellement quiuze cent mille arrestations. Détail caractéristique : Quinze pour cent dos prévenus portent des chemises à raies' rouges , quelqoos-uus eut été trouvés porteurs do sommes variant entré 75 centimes et 3 fr. 50. Le complot se dessine.

Mardi. — Les prisons regorgent de pensionnaires. Le gouvernement demande aux Chambres les crédits néoccssaires à la construction de nouveaux bâtiments pénitentiaires. Deux cent mille hommes de troupe ont été incorporés dans le service dos prisons,

Mercredi. — A Paris seulement, huit cent mille individus ont été incarcérés. Lo gouvernement se félicite de plus en plus de la tactique qu’il a adoptée. C’est ainsi que les rues jouissent d'une tranquillité inconnue jusqu’à ce jour. Les passants devieuneut rares. 11 ne se produit plus un seul encombrement de voitures.

Jeudi. — Le gouvernement est décidé; à aller jusqu’au bout... Le Czar vient de se rallier officiellement à la République. C’est une éloquente réponse à ceux qui auraient ou l’ic|éo bizarre de protester contre les mesures prises par le ministère Casimir Péfier.

Vendredi. - L’ordre rogne. Los honnêtes gens sont rassures flencmiluiu on remarque une forte diminution dans (^production nationale. On craint la famine. Le gouvernement se prépare a sévir aven la dernière rigueur eoutre les mauvais citoyens coupables'l’entraver, ainsi, l’essor des affaires. De nouvelles nrrostations sont imminentes... Les trois millions d’individus logos dans les prisons, vont être évacués sur la Nouvelle-Calédonie, pour faciliter jus prochaines incarcérations, Guillaume If, empereur d'Allemagne, doit envoyer prochainement une mission en 1- rance, chargée d'y étudier le système dp gouvernement républicain pratiqué aÿncftuU de bonheur par AJ, Casimir Pener.

Samedi- - Une erreur regrettable, -mais qui s’explique par le surmenage de la police, s’est produite hier. M. le baron V îuo- Gousset, directeur de la Banque d’Empoigne, dont le récent krach do 1,20(1 millions a causé quoique bruit, a ete arrêté au moment ou il prenait l’express de Belgique. Sur l’ordre de M. le ministre do l’intérieur Raynal, il a été rülàullé presque aussitôt, Lo cabinet tout uiiljpf loi a adressé ses excuses. Celles do M. Carnot lui ont été transmises par le gépéral commandant la maison jpili taire.

Dimanche. — La police est sur les dents. Elle prendra aujourd’hui un repos bien mérité.

Lundi. — M. Carnot vient de prendre le titre de geôlier des Français. M. Raynal a reçu celui do garde-chiourme e L’ordre national de la Légiott d’honneur est remplace par < verrou national. , ,

Et cætera ! '

Se frapper la poitrine, en pleurant qorptpe un vpqu, Solliciter du Pape indulgence plénière :

Voilà ce que Spuller, bon Français de Bavière Nomme l’esprit nouveau.

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