‹ Le chambard socialisteChapitre 173 sur 412 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Le rideau se lève sur l'arrivée du président de la Chambre. ,

I passant entre le piquet d'honneur qui fait la haie. Tambours et I clairons. Pais les soldats se retirent.

Premier journaliste

Eh bien? Ça va être « aux pommes », tout à l’heure?

Deuxième journaliste Oui, on pourra s’en payer des tranches,

Troisième journaliste Est-il vomi que Deschèquos interpellent?

Premier journaliste

On l’assure. Il est décidé à mettre carrément les pieds dans £ le plat.

Deuxième journaliste

Des pieds qui ne sont guère propres, dans un plat qni est bou- K groment sale.

Premier journaliste

Oh ! nous n’avons pas à faire les dégoûtés...

Troisième journaliste

N’importe. Le parlementarisme rend parfois notre métier bien «t- pénible-

Premier journaliste

Un métier? Dites donc une profession. Nous sommes les prov fessionnols de la corruption parlementaire. O’est la putréfaction

■ bourgeoise qui beurre nos tartinas.

Deuxième journaliste Si encore elle les beurrait copietisemeul!

Premier- journaliste

s . Sachons être philosophes. No sommes nous pas des artistes ? Deuxième journaliste

Parfaitement. Le journalisme est un art. Et l’art n’a pas d'odeur S — oomme l'argent.

Troisième journaliste

Moi, je lui trouve au contraire une étrange odeur, à l’argent

■ qu’ou glane ici.

Deuxième journaliste.

Qtjestiqn d'habitude! Vqus êtes jouit®. .Yqns vous y fore/,. Troisième journaliste

' Je l’espère bien.

Premier journaliste

El vous savez, il y a gros à gagner, par ces toiups de pana- B inisme.

Troisième journaliste (avec enthousiasme)

’ Vraiment ?

Deuxième journaliste

f Oui. Nous vous apprendrons le truc. C’est 1’alïaire de quelques B jours. Ah ! mon cher confrère ! Vous arrivez en temps heureux. Si H vous aimez la nooe, vous n’avez qu’à parler. On a mis des chèques partout.

Troisième journaliste

B Je croyais, an oontrairo, que la prodigalité panamiste était à Deuxiemi journaliste

Sans doute. 'Mais les chéquards demeurent. Avez-vous besoin de

■ cinq louis ?

Troisième journaliste

Ma foi...

, Deuxième journaliste

Rien de pins facile, alors. Abordez, an hasard, dans le salon de la Paix, un des membres de la majorité. . Abordez-lo carrément, familièrement, par exemple. Ces gous-là aiment à être tutoyés; ils ont des âmes de domestiques. Et tapez lui sur le ventre, comme si vous aviez gardé Reinacb avec lui. Tout de suite vous le verrez se troubler, rougir et pftür, tells une fillette priso en flagrant délit de gourmandise. « Ah ! lui direz-vous, je voqs vois joli! En avezvous fait, do ces accrocs, à votre mandat législatif ! Vrai, mon vieux, je ne vous aurais jamais cru capable de commettre pareilles imprudences. C’est bien maladroit ». Dites lui cela, ot vous trouverez immédiatement, comine par miracle, un billet bleu au fond de votre poche. Et n’ayez aucune crainte. A foreo de recevoir publiquement do l’argont, ces gens là sont devenus habiles eu l’art d’en discrètement donner.

Troisième journaliste (riant)

Ah bien ! Je croyais connaître le Parlement. Je m’aperçois que je m’abuse.

Deuxième journaliste

Connaître lo Parlement ? L’étrange prétention ! Le Parlornont, c’est l’abîme. Demandez donc aux Marseillais s’ils connaissent leur port, et sa profondeur de merdo.

Premier journaliste

Oui. C’est le grand water-closct de la politique. On s'y assied et l’on y digère.

Troisième journaliste Et s’y essuie-t-on, quelquefois?

Deuxième journaliste

Avec sa profession de foi, quand ça manque de chèques.

Troisième journaliste (rigolant)

Ab ah !

Deuxième journaliste

Pourquoi faites vous <t ah ah ! » ? Gardez vos rires et vos étonnements pour tout à l’heure. Vous allez assister à la glorification d’uu panamiste.

Troisième journaliste Deschôques? Mais c’est une canaille!

Deuxième journaliste

Dites une crapule, et que se soit fini. Mais vraiment, vous êtes bien jeune en journalisme. Venez vous ici pour y célébrer les honnêtes gens? Non, u’est-ce pas? Je l’espère pour vous, qui êtos sympathique. Sinon, dansez la gigue devant le buffet, et serrezvous la sous-vontrièro. Honnête homme no rime pas à majorité.

Troisième journaliste Et qu’est-ce qui rime?

Deuxième journaliste

Eli mais! Les rimes abondent ! Vouspouvez, en tout cas, choisir ontre fausseté, rapacité, imcapaeité et malpropreté. Ces diverses vertus se trouvent parfois réunies. Elles le sont toujours en conseil des ministres.

Quatrième journaliste (accourant)

Voici Desohèquos avec sa bande I

Premier journaliste

Et voici également Dumesnil, du Petit Chantage. Allons, amusons- SOÈNE II

Deschèques "t Fores! de Bondi/

Promenons nous un instant, afin do connaître l'impression des couloirs.

Fur est de Bond g

O’est çà promenons-nous. (Le Croupier , Vénal et Bicloquet s'arrêtent dans le groupe des journalistes).

Premier journaliste

Croyez vous aux menaces du Petit Chantage, monsieur Bicloquot?

Biclot/uel (se gonflant)

Je n’ai pas à croire, mossieu ! U» représentant du peuplo ne saurait faillir. Jusqu’à plus ample informé, je réponds de Deschèques comme de moi-même.

Le Croupier

Bien dit. Les calomnies, nous nous ou foutons !

Vénal

Et quand aux calomniateurs, qu’ils prennent garde! Il y a encore des juges à Paris — et des juges qui savent faire bonne besogne.

Premier et deuxième journaliste Bravo ! (Rumeur dans plusieurs groupes).

Deschèques (campé en orateur)

Oui, messieurs, bonne et prompte besogne. C’en est trop, à la fin. Oser s’attaquer à des hommes qui, vouant leur vie à la République, ont tout sacrifié pour sa grandeur et sa prospérité !

Premier et deuxième journaliste Bravo ! bravo ! f Rumeur plus grande).

Foresl de Bondy

.Mais vous allez voir, monsieur, vous allez entendre comment un diffama défend son honneur. Il faut que la séance d'aujourd'hui oompto dans les fastes du parlementarisme. Il faut que nous nous séparions au cri de « vivent les honnêtes gens! ».

Premier et deuxième journaliste Bravo ! bravo ! bis ! bis! (Murmures d'Jioslüilè) .

Quatrième journaliste (à Dumesnil).

Alors, c’est à Deschèques que vous en avez ?

Dumesnil

A tous. Puisqu’il est entendu que je suis un iufiîme, n’est-il pas naturel que je cherche à rao constituer nue famille ?

Premier journaliste

Tiens ! Voici cette bonne vieille saloperie de père Freyciponet. Demandons lui donc ce qu’il lieuse.

Deuxième journaliste

A’ rai ? A'ous le croyez capable de penser? (l’abordant) Bonjour, monsieur lo ministre.

Freyciponet

Bonjour, mon cher monsieur. Et que dit-on? Quelle est la diffamation du jour? Ali! mes trente années de dévouement à la République trouveront-elles grâce devant l’audace des diffamateurs?

Foresl de Bondy

Je salue notre grand Freyciponet, l’incomparable généralissime !

L’intègre vulgarisateur de la turpinite !

Le Croupier

L’organisateur des prochaines victoires !

Premier el deuxième journaliste

Hourali !!

Freyciponet (feignant l'émotion )

Merci, mes amis, merci.

Premier journaliste Il se tient bien, le vieux cynique.

Deuxième journaliste

J’te crois ! O’est Forbans qui lui a donné des leçons.

Prem ier journaliste

Desohèques n’est pas mal non plus. Qui croirait que col homme est à doux doigts de sa perte ?

Quatrième journaliste

Et de Mazas.

Deuxième journaliste

Mazas ou le Capitole. Si Deselièques n’est pas à terre ce soir, il sera portefeuillard dans huit jours.

Premier journaliste

Bon ! Voilà Joseph !

Troisième journaliste

Lequel ?

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