SCÈNE PREMIÈRE
Le rideau se lève sur l'arrivée du président de la Chambre. ,
I passant entre le piquet d'honneur qui fait la haie. Tambours et I clairons. Pais les soldats se retirent.
Premier journaliste
Eh bien? Ça va être « aux pommes », tout à l’heure?
Deuxième journaliste Oui, on pourra s’en payer des tranches,
Troisième journaliste Est-il vomi que Deschèquos interpellent?
Premier journaliste
On l’assure. Il est décidé à mettre carrément les pieds dans £ le plat.
Deuxième journaliste
Des pieds qui ne sont guère propres, dans un plat qni est bou- K groment sale.
Premier journaliste
Oh ! nous n’avons pas à faire les dégoûtés...
Troisième journaliste
N’importe. Le parlementarisme rend parfois notre métier bien «t- pénible-
Premier journaliste
Un métier? Dites donc une profession. Nous sommes les prov fessionnols de la corruption parlementaire. O’est la putréfaction
■ bourgeoise qui beurre nos tartinas.
Deuxième journaliste Si encore elle les beurrait copietisemeul!
Premier- journaliste
s . Sachons être philosophes. No sommes nous pas des artistes ? Deuxième journaliste
Parfaitement. Le journalisme est un art. Et l’art n’a pas d'odeur S — oomme l'argent.
Troisième journaliste
Moi, je lui trouve au contraire une étrange odeur, à l’argent
■ qu’ou glane ici.
Deuxième journaliste.
Qtjestiqn d'habitude! Vqus êtes jouit®. .Yqns vous y fore/,. Troisième journaliste
' Je l’espère bien.
Premier journaliste
El vous savez, il y a gros à gagner, par ces toiups de pana- B inisme.
Troisième journaliste (avec enthousiasme)
’ Vraiment ?
Deuxième journaliste
f Oui. Nous vous apprendrons le truc. C’est 1’alïaire de quelques B jours. Ah ! mon cher confrère ! Vous arrivez en temps heureux. Si H vous aimez la nooe, vous n’avez qu’à parler. On a mis des chèques partout.
Troisième journaliste
B Je croyais, an oontrairo, que la prodigalité panamiste était à Deuxiemi journaliste
Sans doute. 'Mais les chéquards demeurent. Avez-vous besoin de
■ cinq louis ?
Troisième journaliste
Ma foi...
, Deuxième journaliste
Rien de pins facile, alors. Abordez, an hasard, dans le salon de la Paix, un des membres de la majorité. . Abordez-lo carrément, familièrement, par exemple. Ces gous-là aiment à être tutoyés; ils ont des âmes de domestiques. Et tapez lui sur le ventre, comme si vous aviez gardé Reinacb avec lui. Tout de suite vous le verrez se troubler, rougir et pftür, tells une fillette priso en flagrant délit de gourmandise. « Ah ! lui direz-vous, je voqs vois joli! En avezvous fait, do ces accrocs, à votre mandat législatif ! Vrai, mon vieux, je ne vous aurais jamais cru capable de commettre pareilles imprudences. C’est bien maladroit ». Dites lui cela, ot vous trouverez immédiatement, comine par miracle, un billet bleu au fond de votre poche. Et n’ayez aucune crainte. A foreo de recevoir publiquement do l’argont, ces gens là sont devenus habiles eu l’art d’en discrètement donner.
Troisième journaliste (riant)
Ah bien ! Je croyais connaître le Parlement. Je m’aperçois que je m’abuse.
Deuxième journaliste
Connaître lo Parlement ? L’étrange prétention ! Le Parlornont, c’est l’abîme. Demandez donc aux Marseillais s’ils connaissent leur port, et sa profondeur de merdo.
Premier journaliste
Oui. C’est le grand water-closct de la politique. On s'y assied et l’on y digère.
Troisième journaliste Et s’y essuie-t-on, quelquefois?
Deuxième journaliste
Avec sa profession de foi, quand ça manque de chèques.
Troisième journaliste (rigolant)
Ab ah !
Deuxième journaliste
Pourquoi faites vous <t ah ah ! » ? Gardez vos rires et vos étonnements pour tout à l’heure. Vous allez assister à la glorification d’uu panamiste.
Troisième journaliste Deschôques? Mais c’est une canaille!
Deuxième journaliste
Dites une crapule, et que se soit fini. Mais vraiment, vous êtes bien jeune en journalisme. Venez vous ici pour y célébrer les honnêtes gens? Non, u’est-ce pas? Je l’espère pour vous, qui êtos sympathique. Sinon, dansez la gigue devant le buffet, et serrezvous la sous-vontrièro. Honnête homme no rime pas à majorité.
Troisième journaliste Et qu’est-ce qui rime?
Deuxième journaliste
Eli mais! Les rimes abondent ! Vouspouvez, en tout cas, choisir ontre fausseté, rapacité, imcapaeité et malpropreté. Ces diverses vertus se trouvent parfois réunies. Elles le sont toujours en conseil des ministres.
Quatrième journaliste (accourant)
Voici Desohèquos avec sa bande I
Premier journaliste
Et voici également Dumesnil, du Petit Chantage. Allons, amusons- SOÈNE II
Deschèques "t Fores! de Bondi/
Promenons nous un instant, afin do connaître l'impression des couloirs.
Fur est de Bond g
O’est çà promenons-nous. (Le Croupier , Vénal et Bicloquet s'arrêtent dans le groupe des journalistes).
Premier journaliste
Croyez vous aux menaces du Petit Chantage, monsieur Bicloquot?
Biclot/uel (se gonflant)
Je n’ai pas à croire, mossieu ! U» représentant du peuplo ne saurait faillir. Jusqu’à plus ample informé, je réponds de Deschèques comme de moi-même.
Le Croupier
Bien dit. Les calomnies, nous nous ou foutons !
Vénal
Et quand aux calomniateurs, qu’ils prennent garde! Il y a encore des juges à Paris — et des juges qui savent faire bonne besogne.
Premier et deuxième journaliste Bravo ! (Rumeur dans plusieurs groupes).
Deschèques (campé en orateur)
Oui, messieurs, bonne et prompte besogne. C’en est trop, à la fin. Oser s’attaquer à des hommes qui, vouant leur vie à la République, ont tout sacrifié pour sa grandeur et sa prospérité !
Premier et deuxième journaliste Bravo ! bravo ! f Rumeur plus grande).
Foresl de Bondy
.Mais vous allez voir, monsieur, vous allez entendre comment un diffama défend son honneur. Il faut que la séance d'aujourd'hui oompto dans les fastes du parlementarisme. Il faut que nous nous séparions au cri de « vivent les honnêtes gens! ».
Premier et deuxième journaliste Bravo ! bravo ! bis ! bis! (Murmures d'Jioslüilè) .
Quatrième journaliste (à Dumesnil).
Alors, c’est à Deschèques que vous en avez ?
Dumesnil
A tous. Puisqu’il est entendu que je suis un iufiîme, n’est-il pas naturel que je cherche à rao constituer nue famille ?
Premier journaliste
Tiens ! Voici cette bonne vieille saloperie de père Freyciponet. Demandons lui donc ce qu’il lieuse.
Deuxième journaliste
A’ rai ? A'ous le croyez capable de penser? (l’abordant) Bonjour, monsieur lo ministre.
Freyciponet
Bonjour, mon cher monsieur. Et que dit-on? Quelle est la diffamation du jour? Ali! mes trente années de dévouement à la République trouveront-elles grâce devant l’audace des diffamateurs?
Foresl de Bondy
Je salue notre grand Freyciponet, l’incomparable généralissime !
L’intègre vulgarisateur de la turpinite !
Le Croupier
L’organisateur des prochaines victoires !
Premier el deuxième journaliste
Hourali !!
Freyciponet (feignant l'émotion )
Merci, mes amis, merci.
Premier journaliste Il se tient bien, le vieux cynique.
Deuxième journaliste
J’te crois ! O’est Forbans qui lui a donné des leçons.
Prem ier journaliste
Desohèques n’est pas mal non plus. Qui croirait que col homme est à doux doigts de sa perte ?
Quatrième journaliste
Et de Mazas.
Deuxième journaliste
Mazas ou le Capitole. Si Deselièques n’est pas à terre ce soir, il sera portefeuillard dans huit jours.
Premier journaliste
Bon ! Voilà Joseph !
Troisième journaliste
Lequel ?