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CHAPITRE IV Funérailles civiques

WcnrtcUe ta jolie cantinière du •>■18’. — La mort dn capitaine Slaub. — L in citat ion lie lu Commune. — Les femmes au combat. — Celles de Versailles . — Les cadavres de la place Sl-Miehel.— L'hécatombe de la rue de la Hachette. — Le portail de l’ hôpital llcaujon. — L’umphilèùlre et la mise en cercueils. — Le vieil insurgé. — Les en tuf aigu es. — Les membres de la Commune. — .1 bas le chapeau. — Pleurs et sanglots. — La place delà Pastille. — Un bataillon gui- pari. — Au Père-Lachaise. — K Patrie al Vérité. — L'ensevelissement de Fleurent.

... — Lieutenant, lieutenant!

Je n’eus pas besoin de me retourner pour m’assüref qnela voLx .jeune et fraîche qui m'apostrophait ainsi en plein boulevard Ilaussmaun, était celle de la charmante et vaillante mademoiselle Henriette, cantinière à l’une des compagnies dn 218' bataillon -‘fédéré, que commandait le fils de Régère.

! — Eli bien! lui dis-je lorsqu’elle m’eut rejoint et pris familièrement le bras, c’est à toi que je dois demander co que tu fais ici. Tu as donc quitté le bataillon...

— Quitter le bataillon ! Ah ! jamais. Si je suis à Paris, c’est J nous sommes revenus avant-hier de Vanvos, rapportant notre ivre capitaine de la 5e, tu sais, Staub. Les Versaillais nous il tué, notre bravo Staub, dans la nuit du 1 au 5, et noué l’avons erré à Montparnasse. Mémo que notre petit commandant nous a prononcé un discours très bien. J’en avais comme la chair de

— Mais enfin, où vas-tu ainsi, t oser un brin avant do repartir?

- Mo reposer ? Est-ce quo j’ai bei m quartier depuis mardi soir. Le temps d’aller voir mon liomini

— Tir as donc un homme maintenant? lui dis-je en riant.

J — Est-eo que jè n’en ai pas toujours au moins un ? reprit pelle fille. Sur, j’ai un homme, et c’est lui que je vais voir en moment à Boaujon.

Et se rengorgeant à faire éclater son joli petit corsage s Iboulous soigneusement astiqués :

— 11 est major d’un bataillon qui est là-bas avec nous. Car,

t pourquoi n’es n de cela? Nous s

ne te l’ai pas dit, nous repartons ce soir pour Vanvos., où çà chauffe. . . Viens donc nous y voir uu jour.

Nous nous dirigeâmes vers Beuujtm, oii avaiont été apportés los cailavros ramassés sur los champs do bataille du Monl-Yalérien. Co jour là, qui était lo jeudi (! avril, trois jours donc après la terrible déroute du 3, ou devait procéder aux funérailles solennelles de trente fédérés. A Ptingle d’une rue un groupe lisait une affiche blanche fraîchement oollée. O’étaitl’invitation delà Commune, don t lo laconisme me serra le Cœur.

— Citoyens, disait simplement l’affiche, la Commune de Paris vous convie à l’enterrement do nos frères assassinés par les ennemis de la République, datis les journées des 3, 1 et 5 Avril. Rendez-vous à deux heures, aujourd'hui 6 avril 1871, à Pbèpital Beaujou. L’inhumation aura lieu au Père-Lachaise.

11 n’était pas encore midi. Je rendis à Henriette sa liberté, et lui donnai rendez- vous à l’hôpitàl à doux heures.

— J’espère bien que tu laisseras un pou ton major tranquille aujourd'hui, et qne tu suivras avec nous le convoi jusqu’au Père- Lachaise...

La belle fille eut comme un moment de révolte. Comment avais-je pu penser qu’elle manquerait à ses devoirs de cantinière fédérée et de ci toyenne !

— Tu ne vois donc pas que je suis sur mou trente et un, me cria-t-elle avant de me quitter.

Curieux type quo cotte Honriotte — nous no lui connaissions pas d’autre nom — qui s’était jetée, comme bien des femmes, et do jeunes et jolies femmes, à corps perdu dans lo combat, hardies comme des hommes, et même davantage, braves comme dos lionnes, courant à travers les balles et los éclats d’obus avec la même désinvolture que lorsqu’elles trottaient à travers les bosqnets du père Bullier, allant verser l’oau-do-vie aux blessés sans peur do la mitraille, avec un sourire d’une ineffable gentillesse, ou uh dernier baiser d’ami, pour ceux qui allaient mourir. .

Pauvres filles ! Lorsqu’on en prenait quelqu’une Sur le champ do bataille, blessée ou cornée, quelle aubaine pour les aristocratiques dames de Versailles !

— Yoyez-vousla prostituée ! hurlait-on sur son passage.

On'l’assommait à coup d’ombrelle, on lui crachait à la figure.

La pauvrette n’avait souvent plus forme humaine, lorsqu'elle arrivait à l'antre de saint, au noir et puant souterrain de l’Orangerie dans lequel ou la poussait ù coups de crosse.

C’était peut-être la destiné qui l’attendait, la genlillo Henriette, si jamais elle s’aventurait un peu trop à l’avant. L’idée me vint do courir après elle, do lui conter mes appréhensions, de lui faire un peu do morale, et d’attiédir sou enthousiasme révolutionnaire. .Mais bah! Elle avait l'air si insouciante, elle so dandinait si joyeusement, sous son épaisse chevelure blonde, comme un bel oiseau au casque d’or; elle portait si crânement sa petite tunique

courte et sa culotte à largo bande ronge ! Je me dis que ce serait vraiment uu crime de lu réveiller de son joli rêve, le seul qu’elle ferait peut-être si brillant et si pur.

Dans la matinée du jeudi 25 mai, je me rappelai la jolie cantinicre. La rive gauche était prise depuis la veille, et j’errais sur le boulevard, plein do troupes qui. campaient sons les arbres. Arrivé à la fontaine Saint-Michel, un spectacle ^effroyable s’offrit â mes yeux. Couchés derrière la large barricade défoncée, qui fermait, la veille, la place Saint-André-des-Aris, la face horriblement convulsée, sanglants, écrasés sons les pavés aux coins rougis, une quinzaine do fédérés, dormant là leur dernier sommeil...

Détail horrible, et que je ne croirais pas si je ne l’eusse vu, do mes yeux vu, — entre les dents serrées par la mort, dos misérables avaiont enfoncé des goulots de bouteilles, do vieilles pipes...

T- n’appiochai des cadavres. Sur un képi souillé je lits lo

La belle petite cantinière avait-elle subi le même sort que ses amis les fédérés de son bataillon? Avait-elle pu, au contraire, gagner la rive droite et rejoindre la mairie du onzième arrondissement?

Je m’engageai ruo do la Hucliette. Mon vieil ami Benjamin Flotte habitait là. Si j’allais voir co qu’il est devenu ? Voici sa porto à quelques pas. Ï1 me faut seulement traverser la baie do soldats, qui sont plus occupés à manger la soupe qu’à considérer les passants...

Horreur! A la porte même de la maison où demeurait Flotto, dans le renfoncement que faisait à cette date uh immeuble encore dans lo vieil alignement, tout uu tas de cadavres. Des cadavres de femmos...

Je le jure, j’ai vu encore cela. 11 y avait bien quinze à vingt femmes, fusillées la veille ou la nuit. Et j’aurai toujours devant moi la face blanche de celle qui semblait dormir au sommet do cette terrifiante hécatombe, avec sou jupon rose qui cachait mal des jambes dont les bas avaiont été arrachés.

Notre pauvre petite cantinière élait-olle là, qnlouie sous le tas sanglant ? Depuis ce jour néfaste, personne n’eût jamais plus do ses nouvelles.

Avant deux heures, j’étais devant le grand portail de l’hôpital Beaujou.

Quand vous serez devant oe portail, rogardez-lo. Il se passa là, deux mois plus tard, des choses effroyables, dont nous parlerons. On arracha de leur lit d’hôpital les blessés fédérés, et on vint lo» agenouiller contre ce mur maudit, aujourd’hui remis à neuf, mais sur lequel reparaissent de petites taches blanches, qui sont les traces des balles, fl va comme cela, dans Paris, des angles do carrefours, des façades do monuments, îles cloîtres d’églises, qui •sont criblés de ces petits morceaux do tuf neuf, dont la tache claire tranche sur la grisaille de l’édifice. Là, on a fusillé comme.

Poubelle, religieuse me ni .Los latins disaient : Alléluia, jncla est.

Le valet de. Chambre Une lettre pour Madame !

Madame Puubelte

V oyons cola. Encore un factum. Ces journalistes sont d’une insolence I...

Madame Poubelle Tiens! ce sont des vers! (Lisant).

Poubelle

L'insolent !

Madame Poubelle flattée Mais non... pas tant que ça...

Partons !

Poubelle

Madame Poubelle peur, tout do môme.

Poubelle

Du courage, ma hobonuc. D’ailleurs, pourquoi n’irions nous pas loger à l’Hôtol-de-Ville? Nous n’étions pus bien sûrs, d’abord, d’avoir pour nous le bon droit, mais Spuller, qui ost un puits (l’esprit depuis que « le nouveau » est entré eu lui, a fini par éolairor nos consciences et vainoro nos scrupules. Fiez-vous au Christ, nous a-t-il déclaré. Or, le Christ a dit : Ta dormiras dans ta maison des Pharisiens.

Madame Poubelle, railleuse Vraiment, il a dit ça, le Christ?

Poubelle

Oui, ma chatte. El eu parlant des Pharisiens, ils prévoyait les Parisiens, cola va sans dire, Nous avons donc pour nous lit parole de Dieu. Nous obéissons simplement aux ordres du Seignour.

Madame Poubelle

Cola me rassure tout-â-fait !

Poubelle

Nous pouvons morne nous attendre à avoir prochainement des voisins. Tous les ministres se proposent, en effet, d’établir qu’ils peuvent habiter l’Hôtol-de-A’ille. Et dans quelques jours, pour commencer, l’amiral Lefèvro viendra retenir sos appartements.

Madame Poubelle, ahurie

Quoi? L’amiral ?

Poubelle

Hé oui, Il n’a pas eu do peine à prouver que le vaisseau -symbolisant Paris, et la devise : Je flotte, mais ne sombre pas, indiquait suffisamment que l’Hôtol-de-Viile devait être attribué à la marine. Lefèvre aura, dés avril, sa chambre à coucher auprès do

Madame Poubelle, inquiète

Mais, ils viennent tous !

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