SCÈNE III
Poubelle, frappant à P Hôtel-de-Ville Monsieur lo syndic ! !
Le Syndic; ouvrant Qui êtes vous, et qne voulez-vous ?
Poubelle
Je suis Poubelle.
Le Syndic
Lequel ? Ma boîte, ou mon préfet ?
Poubelle
Jo suis Josoph. Mario m’accompagne. L’âne ost avec nous. L’Ane, protestant
Poubelle, indigné.
Cet âne doit être anarchiste. J’en parlerai à mon collègue do la police
Seul, un homme campé sur les marches de la Madeleine, garda sa coiffure, lin gardo se détacha du cortège, monta tranquillement les degrés, arriva en face de l’homme, et, sans mot dire, d’un solide revers de main, fil voler le chapeau qui roula jusqu’à la chaussée. Quelqu’un le ramassa d’un coup de bayonnette.
Le cortège, avant de s’engager sur -les boulevards, fit halte. Des ostafottes parcoururent les lianes de la colonne. J’eus tout le temps do voir, et lo souvenir que j’ai de celte journée est vivant, commo s’il datait d’hier.
En tète, formant avant-garde, le bataillon des jeunes volontaires do la République, avec leur costume gris ardoiso, qui pouvait les faire prendre pour dos chasseurs do Vineonnos. Derrière eux, deux bataillons fédérés, musique en tète, tambours voilés, drapeau rouge entouré du crêpe.
Puis, trois catafalques énormes, dont les tentures de deuil disparaissent sous un amoncellement de couronnes. Aux angles, des faisceaux de drapoaux rouges. Les chevaux sont caparaçonnés et recouverts d’uu long voile. A travers les couronnes, couché sur lu catafalque, dernier linceul do gloire, le drapeau de la Commune dont on voit briller les franges. Ils sont morts pour
Les inombres de la Commune conduisent le deuil. Ils sont' une dizaine. Je vois encore Félix Pyat, qui domine ses collègues du sa haute taille. Malon, Amouroux, tous morts, eux aussi, comme Vermorel ot Deleseluze.
Des bataillons suivaient, et encore des bataillons, ot dorriéroeux un (louve humain qui no faisait que grandir. Do chacune des voies qui coupent les boulevards se délachaiom des groupes de fédérés, qui venaient grossir le cortège. En passant dovant les chars funéraires, les officiers saluaient du sabre, les soldats so découvraient.
Du cotte énorme foule silenoiuuse, dominant le sourd toulement des tambours où les notes Ingubros des murclies funèbres, sortait comme un gigantesque sanglot.
Beaucoup pleuraient. D'autres, qui1 voulaient résister, essuyaient furtivement leurs paupières. La foule, plus simple ot plus vraie, laissait à dot couler sos larmes.
Jo regardai ma potito cantiniéro, qui marchait très fièro ou tête d’utio compagnie. La pauvrette ! Ses petits yeux gonflés brillaient
Le Syndic
Que venez-vous faire ici ?
Poubelle
Nous venons pour coucher.
Madame Poubelle, exubérante
Oui, coucher...
Le Syndic
Ah ! Très bien. Je vois ce que c’i Seine. Sachez dono que le Conseil et vous offrir un lit.
Poubelle, triomphant
Bravo ! Et lequel ?
Le Syndic
Un lit qui, à coup sùr, semble tout désigné pour un préfet de Poubelle
Que voulez-vous dire ?
Le Syndic fermant à Poubelle la porte a Lo lit de la Seine !
Poubelle s’exclame. Madame Poubelle s’évanouit. L’âne se lord ‘
RIDEAU
Le Théâtrophone.
' Chambard » en Province
Albi, 3 Avril.
I ne conférence socialiste ayant eu lieu dans notre ville, mardi dernier, on eut la malencontreuse idée d’en offrir la présidence à nn des rebuts vo- ' nus par le trop-plein opportuniste dans le réservoir radical. Ce cln pouvait qu'être funeste. Aussi dés les débuts de la séance, un citoyen libre ayant demande la parole, notre président - une façon de veau, soyons, V gentils, de dieu murin, au demeurant pharmacien fort paisible — ne trouva rien de mieux que de le fairo expulser par la police. Outre l’injure : taiio au conférencier, do lui enlever ainsi ses contradicteurs, il faudrait que ces messieurs sachent que quand nous leur faisons l'honneur de laisser présider nos réunions, c'est pour qu’ils Iaissenl à la porte leurs procédés ré- , actionnaires et non pour y mettre les citoyens. Nous voulons la liberté la -il.- „i„..i..„ pour tons, et si nos hommes ne sont ni les Berne-l^ard^ni ,
Que n
is ne voulons pas davantage do c os radicaux se le tiennent pour dit.