AU PAYS DU SOUS-MUFLE
— ItonjoUr, père Vireloque.
— Tiens, c’est toi, Toto. Qu’ost-co-que lu me veux?
Eh ! causer un brin donc. Avec vous, y u toujours quoique chose à apprendre...
— Bien honnête. Qu’est-ce que tu deviens?
- oh ! pas grand chos
- . que je. poux,
g ça, JO-peux a peine joindre les doit:
démolir les os, e bouts... c’est rlnr toi
— Qu’es t-cb que tu veux! la sttcicié est licbno oomrno ça. Lo
bourgeois place sou argent à gros intérêts, le commercant s’arrange pour, donner le moins possible pour le plus cher possible. Seul 1 ouvrier donne sa peau, sa chair et sa vie pour moins quolo prix coûtant. Une travaille pas jio'ur gagner sa vio mais pour gagner la mort. . ’ 1
— ' '’est bien vrai, eé que vous dites là. Mais ça ne durera pas ot justement je voulais ' "us dire quelque chose à ce sillet là. J’ai uno satisfaction...
— Bah! t’as de la chance, mon gars. Et ce contentement...
— C’est que les bonnes idées gagnent du terrain. Mais oui. A chïosVetqdes 'huppés même y " j™ ‘‘“f® •>?“"•* Euns — ot des fond. Chouettes, ces gens-là. Y a dos poêles, Iles écrivains do romans. Oh . ce qu ils vous la secouent, c’te pourrio de société
Faudra bien qu’elle dégringole.'..
Le père Virloquo a levé lo nez bt il fixe stir lo brave Toto — il 1 appelle comme ça parce qu’il l’a connu tout petit — son ô;il unique qui se fait rond comme celui d’un hibou.
— Ab ! reprend il. Tu dis donc...
— Je dis — et vous allez mo donner raison — que o’est bonne chose pour nous qu’il y ait. des bourgeois qui comprenueut nos idées ot qui se molteht a nous aider. . . Vevaz vous, pero Virloqu.nous avons beau gueuler comme des baleines, on ne nous écouté pas, parce que nous disons les choses à la boiuie franquette, sans élégance, pvec des mots qui quelquefois sont pas très... comment oiiai jejr convenables... Alors on nous tourne le dos, tandis que voyez vous, ceux qui parlent, là, la vraie langue des. gens bien.,’ ça fora de 1 effet. Il y en a meme qui font des vers...
— Ouais! Continue, mon petit, tu m’intéresses...
— Et tenez, y a eu là un vrai malheur... un des bous, un dos .meilleurs, a-t-tl pas eeope dans l’histoire du restaurant Foyot? Si e est pas uno dérisiou !.. taper sur un ami... je sais bien qu’m, l’a pus tait exprès... c’est tout de même guignolant.
L’œil de 'Thomas s'arrondit do plus on plus. II y passe dos lueurs.
— Et c’ t’ami là, comment que tu l'appelles?
— Attendez donc... un nom... comme eelui d’un acteur d’un
bon qui faisait lo tortillard dans les De ne orphelines... Al j’y suis... taillade... Seulement je crois qu’il mot un /* quelque pari Laurent Tliailhadb... . jy
— Père Vireloque..-.,
— Va-t-on dans Tint
- Va-t-en dans l'impasse... je ino suis arrêté lotit à' l’heure dans le -coin à gaucho... C’est là que je lis, en m’occupant, les journaux des bourgeois... t’en trouveras un bon morceau, par terre, a coté.,, ramasse-le... et apporte-lo moi... as pas peur je n’use que des articles politiques.
Toto s'eselafte, maïs il sort et il revient un instant après, avec un bon morceau du Gaulois.
— >rl.®7»to*f* 5? 'fiMj’ai trouvé,., le reste... dame, lo reste !..
El il rit plus fort.
- Le reste.,, c’était do I’Ariluir Mevor... tn ne te fièuros nas comme c'est doux à l’usage. Voyous... Ab! c’est bien Va! Alors, comme ça, t». me disais que ça lofait plaisir que ces lils-do liour-
S occupent de nos aflaires...
>rs, ça fuit du bion
-Oui.
- Que ces phrases bien faites, près
— O’et
h idée
— Tu es uno foutue bête !
Père Vireloque !
— Eue fuutne bête, que je te dis. AJi ! misêce ot ci do crétin, ! c’est bien la peine que' je t’aie pris ai] soin uu m eau vre mère crevée de misère après aioir été violée par un bourgeois i|Ui I a plaquée^ comme une roulouse, pour que ,tu sois devenu plus
•rde! bougre
s tachez ! -j« vous ai rien dit
b tu i e que la plus brute dos b
— Mais, père Vireloqui d’oIVensant...
— Tu m’as dit Une ânorie, cl le pire, c’est que tu la penses ! Nom ilo dteu! c’est a te casser la gueule !
— Mais... mais... ditos-moi au moins! je ne ' demande qu’à
m’msl î un-e... , , 1
Peu à peu le père Vireloque se câliné.- Dressé dans uu élan de colore, il s'adosse au mur, d’uplomli, sa trique sons lu liras louai l
S ,i0?“ V “”™ - 1- mmSm i, jo'»r-
nal, et u dit do sa voix grondante de fureurs...
— - Les bouvgoois, mou petit,
, iiuin petit, ce qu’ils se fout, la séquelle des agonisants du
iêt. de
Mais
... ..» -'--i-— "»u. .u ne vois donc pas que cos mirlifiors rfso lont du socialisme une pose, un clnc et voilà tout. Quand ilparlent de chambarder la société, c'est ponr faire roucouler d'uni jolie peur leurs punaises et leurs cocottes, qui poussent dos petits cris... oh. m gentils! Corabia» suggostifsdu oochonnorio !
« Lo peuple . onats . qu il se fie à leurs déclamations, ot alort t.| .verras comme ces ricaneurs de tour à l’heure grinceront dd dents, tju U bouge, le populo, aux excitations ile ces tartufes oipoinmaelos... et il iera connaissance avec les Lebel et- la pmidiv sans fnrnee... Le bouïgeoi s soldat te tuera,, le bourgeois ma-isml » l’enverra au bagrio,. tandis que, les fasses à la cheminée le'lmugoms pooto dira des Sonnets sur lu viande do cochon., des aub- , biographies, quoi !..
, “ (Vfu d1,ton I*™»* Tai.Ihade ipia tu me parlais!... oh! ou, je nie rappelle... a 1 alhvtre VaiÜhint, il a fait, un mot.. : que ,n w faisait rien de démolir de vagues humanités si lo geste était boa ! Je t’en fonterai, du geste... dcioute de jarret quéque part...
" , ". ' n 1 es lmftSînc ’l'i? ces bougres là s'occupent du peuple, qu’ls piaideut sa cause, qu’ils sont prêts à l’ai.der dans ses revendin-
• ïc» méTsaiis zÆs
— Tiens, lis ça... et tout haut, là, d’attaque...
— L’article... là ?... ah ouï !... t/. /.aurait Tailhadé et l’una- . chie .. Il manque h- ci.mm.incemont do la colonno...
- Lo popier du Gaulois a dos qualités... il en «tssez. Lis, jô l’écoute...
— « Je suis, moi, un arlisto, un dégustateur, un spoetatotir ; plu» souvent nidifieront aux extériorités... Je cherche avant toi des satisfactions esthétiques » (Oh ! c’galimatias !)
— Va, va, ça va devenir clair !...
— « Je prends dans l'anarchie oo qui mo distrait, ce qui s’ilcorde avec mes théories, ce qui favorise mon égoïsme d’inteUé-
. tuel ..lo regarde la vie de haut comme un monsieur rogardea . rueido son balcon... Qhaut a l'ainour du peuple!... l’amour u peuple qui remplace a presont sur lés pancartes cette inscrfplb penmee des bals publics d’autrefois : '« ifaoject aux dames •llouueur aux Polonais ! » Mais, je vais vous dire monsieur h- r rMnMSl8 <l’Ivr,,Snes- d’êtres^ médiocre^’ et C-
ï'oto s’interrompt avec un soubresaut:
— OU ! lo veau ! fait-il avoo conviction.
•- — Oontinue, mon petit !...
— « Le peuple ! .Te suis convaincu d’avance de l’irtanité do tous ses efforts, do l'imbécillité aveugle do tous ses mouvements.' Le
. peuple n’a rien à faire avec les lois, sinon louv obéir ! Toute révolution, d’ailleurs, commence et Unit par le poehard !... »
Nouvelle interruption. Toto répète : — Lu veau ! le veau ! — Pourquoi insulo-t-il les veaux? Mystère!
Thomas Viroloquo, rit sileucieusemeut. Il pose le doigt sur le papier... Tiens, il y a là un trou.
— Oui, je mo suis servi particulièrement de ce morceau-lit . . . Voila ce qu’il y avait dessus :
« S’intéresser aux malheureux ! Chercher à guérir la misère ! Ceci, je m’en fous ! .le vous avouorai que le bonheur de mon bottier ne me touolto guère !... »
— Y avait ça?
— St t.u veux aller vérifier dans l’impasse !... »
— Pas besoin, père Vireloqüe. .Te sais que vous no mentez jamais !... Alors... mais c’est ignoble ! c’est honteux ! c’est...
— C'est bourgeois, voilà tout ! Ah ! tu t'imagines quo ces bavards, cos blagueurs sont avec toi ! Tu leur sors do mannequin, do pantin, et rien do plus... 11 faut que tu crèves de laim pour qu’ils puissent dînor chez Foyot et te voler tes filles.
— Oh ! celui-là, si jamais je lo rencontre...
— .lu vais to dire oit on le trouve... Au pays du’Sous-Mullo, sa patrie !... et colle do ses amis !
Jules Lermina.