LA MANIFESTATION DES RÉCALCITRANTS
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un ami d® Chambard.
BIBLIOGRAPHIE
La Question sociale, revue économique, politique et littéraire, dirigée par P. Akgvrudès, qui avait suspendu pour quelquos mois sa publication, reprend aujourd'hui sa place de combat. Sa mission sera, comme par le passé, d'apporter des arguments scientifiques on faveur de la tranformation économique de " la société actuelle, de signaler toutes les tentatives ou réformes qui se produisent dans les
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L’ Imprimeur-gérant : Géraült-Richard, 123, r. Montmartre.
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SOCIALISTE , SATIRIQUE, ILLUSTRÉ
Mis en vente chez tous les marchands de Paris, de la Banlieue et i de la Province, le Samedi matin, très régulièrement.
RÉDACTION & ADMINISTRATION : 123, Rue Montmartre
Les 20 numéros parus sont en vente dans nos bureaux au prix de 2 francs net. - Les collectionneurs sont avertis que les numéros 1. 3, 5, 6, 12 et 15 sont presque épuisés.
Après quatre mois, LE CHAMBARD atteint un tirage de 30,000 exemplaires. De chacun de ses dessins, qui forment une collection précieuse, il est tiré, hors texte et sur papier de luxe, 100 épreuves lithographiques, numérotées.
PRIX : EN NOIR : 2 francs; EN COULEUR : 2 fr. as
S’adresser à M. KLEINMANN, marchand de dessins et d'estampes, S, rue de la Victoire, 8, Paris
Les bijoux sont restés dans le tiroir où ils avaient été déposés. Jamais nous n'eûmes pins de nouvelles ni de notre visiteuse, ni des bijoux, ni de bien d’autres choses que nous croyions cependant bien à l’abri dans notre petit bureau de la rue du Croissant.
Et, involontairement, on songeant h l’anonyme offrande de l’inconnue, ma pensée se reporta à ces orgueilleuses patriciennes, qui, après Trasimèno, venaient jeter, an pied de la tribune du Sénat, leurs parures sacrifiées à Rome vaincue.
Ce quû nous avons fait â Neuilly, continua le commandant, c'est
tout ce qu'il y a de plus simple. Comme je viens de te le dire, uons noue battons en plein dans les lilas. Jamais je n'avais va de ma vie autant do feuillage, de pelouses, do pièces d'eau. -J'ai couché trois nuits dans une serre merveilleuse, où des rangées de géraniums m'enveloppnient comme d'une étincelante et multicolore tapisserie. Un vrai lit de pachn des mille et une nuits. Ce fut seulement le quatrième jour qu'un obus vint bouleverser mon rêve, envoyer au diable géraniums et giroflées. J'ai manqué d’être éborgné par un cactus, qui vint s’aplatir sur ma joue gauche ou plutôt contre lequel je m'aplatis. Sur le coup, je croyais m’ètre frotté à une grenade, et je m’attendais à là voir éclater on mitraille à mes pieds. Quand j'eus reconnu mon cactus, je ne pus m'empêcher do rire. Mon planton, qui était accouru, ramassa « le légume », et, par-dossus la barricade, l’envoya avec un juron anx Versaillais...
— Vous êtes donc si voisins que cela?
— Si voisins. Mai's, ù vingt-cinq ou trente pas. Avec de la bonne volonté, nous pourrions, dans les moments de tranquillité, tailler ensemble quelques bavettes...
— Tn os resté longtemps rue Perronnet ?
— Pas tout ù fait rue Perronnet. Mais pas loin. Nous y sommes restés huit jours. Je vais te raconter cela. Au fait, nous étions avec le 85', que tu as rencontré anx Ternes. Lo commandant m'a dit ceia. Même que tu n'étais pas encore bien fait aux obus...
— Allons, allons, continue. Tu me feras des compliments plus tard, dis-je moitié content, moitié vexé.
— Eh ! parbleu! mes hommes aussi, ont eu' du mal à s'accoutumer.
Je n'al pas pour mon compte do gloire à me bien tenir. Les obns et les balles, il y a longtemps que nous avons fait connaissance ensemble, an Mexique, pour la première fois. Les balles, c'est comme pour tout, il faut savoir s’ontendre avec elles, ne pas faire comme ce brave caporal que j'ai perdu à la barricade, doux jours après notre arrivée, ut qui s'était avisé de passer la têteau-dessus des créneaux... Sitôt vu, sitôt tué. Je n’avais pas eu lo temps de lui crier gare, qu’il tombait, 1, Iran, JW*.. x
Le commandant resta un moment silencieux, puis reprenant son récit •
— A propos, nous étions là quand les francs-maçons sont venus pour l'armistice, il y a trois jours, samedi. Pendant, tonte la matinée, nos hommes avaient creusé une nouvelle tranchée à vingt mètres en avant de la barricade. Des fenêtres des maisons avoisinantes, ils avaient jeté meubles, sacs de terre, tout ce qu’il faut pour un abri.
Nous y avions roulé une pièco de 12, et, malgré la pluie do mitraille, nous nous étions solidement installés. J'avais bien gagné nne heure de repos. Je filai vers la villa qui nous servait do quartier général, et je m'étendis tranquillement snr une couverture, la tête appuyée sur un sac... Mais voilà que je m'entends appeler : «Commandant, com-
— Je me levai à la hâte, et je fus tout d'abord stupéfait du silence qui s'était fait subitement : « Eli bien ! on ne tire jilus ! criai-je ù mes hommes. »
— A peine, àvais-ja jeté mon exclamation, que je vis venir à moi un officier do la Commune, accompagné de deux personnages vêtus de noir. L'officier se nomma : « Nous venons des remparts, me dit-il. Ces deux citoyens sont francs-maçons. Ils ont été délégués par les loges pour aller â Versailles porter des offres de conciliation. Tout ù l’heure, ils ont planté sur les remparts les oriflammes maçonniques. Dix mille francs-maçons les ont accompagnés jusqu'à l'Arc-de- Triomphe. Los Versaillais ont cessé lo feu. »
Nous nous dirigeâmes vers la barricade. Le membre du Comité central escalada les pavés. Il ceignit son éclmrpo rouge. Le moment était solennel. En face de nous, nous voyons se grouper les soldats, la figure anxieuse. Pns un officier avec eux : « Je demande un officielsupérieur », cria le membre du Comité.
Un colonel, suivi de plusieurs capitaines, apparut. Il prit ft la main son mouchoir blanc,.le membre du Comité eu fit autant, et tous deux s'avancèrent de quelques pas : « Colonel, dit le membre du Comité, des francs-maçons sont ici, ils se proposent d'aller porter à Versailles des offres de conciliation. Us désirent que l'armistice dura ’usqu'ù leur retour. »
— Ces messieurs passeront librement, dit le colonel. Quant ft l'armistice, il ne rn’appartiont pns d’en décider.
Et tous deux se saluèrent.
— Vive la Commune ! crièrent nos hommes.
— Vive la France ! répondirent les soldats.
— Tu penses, continua le commandant, si nous mimes cette journée à profit. Les bonnes heures de promenade que nous passâmes à travers le merveilleux parc de Neuilly, tout plein de Heurs et de parfums. Les pelouses, jonchées d’éclats d'obus, laissaient pousser librement leur gazon tout constellé de marguerites et do coquelicots. Nons ne revînmes à la villa qu'à la nuit, tout chargés de lilas. De gais maraudeurs avaient trouvé bon de pêcher dans une pièce d'eau des carpes que nous trouvâmes excellentes. Nous nous endormîmes le soir dans la paix et dans le chant des oiseaux... Ce ne devait être qu'un rêve, et fort court. Le londemain, presque à la mémo heuro où, la veille, nous avions vu lo délégué du Comité central, un formidable coup de canon fendit l'air. Puis un antre. Et bientôt la sarabande recommençait. Les oiseaux se turent, et les hommes recommencèrent à se tuor... Ils continuent.
— Enfin, nous voilà au repos pour une huitaine, ajouta avec nn soupir mon commandant... Sais-tu où ils en sont à issy ?
A Versailles, les lilas fleurissaient aussi, mais pour fêter la défaite des Parisiens.
Quelqu’un qui fut en position de voir do près ces spectacles me raconta la journée d'allégresse qui suivit la prise du fort d'Issy. réduit on miettes par la colossale artillerie que l'armée avait établie sur les ouvrages laissés debout par les Allemands.
Infortuné fort d’Issy ! Ce qu’il se dépensa d'héroïsme derrière ses bastions ruinés ! Le courage y touchait à la folie. On a cité souvent cet artilleur fédéré qui. les jambes pendant vers le fossé à demi comblé par l’écroulement, restait assis des heures entières, face à la canonnade. Pendant do longs jours, les obus respectèrent cet lrnmblo héros. Enfin, il fut blessé et ramoné ù Paris.
Le fort tombé, ce fnt grande fête ù Versailles.
Le 11 mai, vers trois heures, â l'entrée de l'avenue do Paris, qui. depuis le commencement dos hostilités, avait vu se dérouler tant do lugubres cortèges, on entendit sonner joyeusement les clairons. Les tambours résonnaient La foule habituelle se précipita.
— Bravo, les vainqueurs !
El les régiments passèrent, tout verdoyants. Des lauriers, des aubépines aux fusils. Des lilas aux drapeaux. Des couronnes de feuillage et des fleurs aux tambours.
Les régiments avaient passé sous les acclamations. Quand on commença â voir les canons, ce fut du délire!
Tout enguirlandés aussi, ces pauvres canons. Nombre d'entre eux ont la gueule écornée. Les roues sont brisées. Les affûts ont été hâtivement consolidés. Autrement, il eût fallu, comme des blossés, les traîner sur des civières.
Après les canons, les drapeaux. En tout, trois, dont ceux des SW" et 99" bataillon fédérés, noircis, déchirés par les balles. L’un d'eux n’a plus, cloué ù sa hampe, qu’un mince liséré rouge.
Suivent une centaine de prisonniers. Go sont, pour la plupart, des Vengeurs de Paris, qui gardaient le fort.
— A mort les bandits !
Mais on n'a pns le temps de s'arrêter. Le convoi presse le pas. Les députés attendent au pied de la statue de Louis XIV. sur la place d’ Armes. Los voici qui descendent. Los fanfares éclatent. Les soldats sont félicités, embrassés. U y a là des députés de Paris...
Sur lo dos de l’un des canons, on lit ;