LEUR BÉNÉFICE
L'homme d’Anzin a parlé. Le bâton de cosmétique qui préside aux destinées de la France en môme temps qu'aux délibérations du Conseil de Régie d’Anzin, a donné son opinion sur le socialisme. C’est h peine si, clans ses déclamations préméditées, cet histrion du pouvoir a déguisé sa haine de la démocratie, sa peur du socialisme et son désir de digérer en paix à la table où il est assis.
L’honnôte homme qui, chargé de recruter un ministère, a tait appel à ces chevaux de retour qui s'appellent Burdeau et Raynal, a eu l’audace de calomnier les députes socialistes. L’actionnaire d’Anzin qui pâlit à la pensée que sa fortune extorquée aux misérables peut décroître, a reproché aux élus du peuple d’aller partout remplir leur devoir — et de se mettre entre le prolétariat volé et ceux qui, comme lui, le volent et le dépouillent.
Seulement, sous la peau à peine nettoyée du ministre, l’actionnaire âpre au gain immoral et illicite a paru. L’homme a eu des mots qui feront époque. Il a parlé des députés socialistes, qui vont dans les grèves « sans connaître rien, sans pouvoir mesurer le salaire des uns et le bénéfice des autres. »
C’était à son bénéfice menacé que pensait , en parlant, l’exploiteur qui retire quatre cent mille francs de renie des misères humaines. Pensez-vous qu'on ait eu l’audace d’aller mettre en péril son magot, en apprenant aux travailleurs qu’ils ne doivent pas toujours vivre sous la férule d’un maître — fut-il le petit-fils enrichi des déprédations du grand-père.
« Le bénéfice » ! C/est le seul mot qui monte aux levres de ces repus dans un hoquet de digestion laborieuse. Leur or, leur argent, leurs rentes, — tous les trésors que le travail humain a accumulés et sur lequel s’étendent leurs mains rapaces ! Et. à ce mot magique, il faut voir leurs faces convulsées, leurs contorsions, leur appétit, leur peur. Rouvier devient inquiet, Burdeau pâlit, Jormart jaunit, et chacun serre d’une main son portefeuille — en laissant l'autre s'égarer dans la poche entr’ouverte et garnie du voisin.
Ce n’est rien cela. Que des bandits de gouvernement conservent par ces moyens leur fortune mal acquise, c est l’histoire de tous les régimes ; des régimes d’hier, qui sont déchus, de celui d’aujourd’hui, qui est dégrade. Mais il faut encore les voir nous spolier au nom du patriotisme . Il faut entendre leur voix aïgue d'eunuques pervertis, invoquer la patrie ! Pauvre patrie que d’ignominies on commet en ton nom !
C’est au nom de la patrie que Rouvier fut se promener au Palais-Royal, qu’il s’égara plus tard, honteux desjarctins trop surveillés, dans l'impasse boueuse de Panama ! L est au nom de la patrie que Poricr retire sa vie et son luxe des mines d’Anzin, petit-fils méprisé du massacreur de 1881 et de l’agioteur qui s’opposa H l'annexion de la Belgique pour laisser un plus grand rapport aux mines d’Anzin. G est au nom de la patrie que tous les compromis et tous les corrompus vivent dans notre France qui esllepâturagejue i Europe le caravensérailoù gîte la Haute-Banque cosmopolite - et que toute cette canaille ferait demain descendre au ro.ngr<tc»-nationo-déelnies. si ce peuple armé du fouet ne pénétrait bientôt dans le Temple souillé...
GÉRAULT-RICHARD
Souscription Publique