VENTRE J!T CERVEAU
Mon collaborateur et ami Jules Lerminu — notre terrible Thomas Vircloque — a. publié récemment une brochure très instructive sur cette question primordiale : Ventre et cerveau.
C'est une réponse décisive à toutes les phrases trompeuses et sonores îles rassasiés sur le bonheur assure a, u peuple grâce à quelques misérables concessions purement politiques ou morales qu'ils se disposent d’ailleurs à lui reprendre.
L’ouvrage, édité arec beaucoup de soin, est vendu en librairie au prix de 0 fr. 50. Il a été tiré à un petit nombre d’exemplaires et il ne tardera pas à devenir excessivement rare.
termina a voulu en faire profiter les camarades du Ghambard, qui pourront se le procurer, dans nos bureaux , au prix de O fr. 20 c., et franco à domicile au prix de 25 c.
Nous en tenons juste 200 à leur disposition. Avis aux studieux.
V Imprimeur-gérant .- G èha ü r.T-R uihard, 123, r. Montmartre.
PRIX DE FABRIQUE - CHOIX CONSIDERABLE
~K Comptoir Général
et ameublement a BoDLd POISSONNIÈRE (Coin de t.a rue du Sentier) PABIS. Marbres
— ENVOI FRANCO du TARIF-ALBUM.
Bijouterie
JOAILLERIE
Orfèvrerie
Coutellerie
BORLOÜEMB
épopée inconnue, étouffée à la fois sous la haine, le dédain et la peur.
Le 13 mai, Vanves n'était plus qu'un gigantesque charnier. Les casemates depuis longtemps étaient éventréos. Les casernes incendiées et écroulées. Les canons seuls vivaient encore, aboyant et râlant. Comment chargeaient-ils, ces héros do la dernière heure, ces pièces dont les affûts ne tenaient plus en place, dont les gueules écornées rasaient la terre? Les blessés emplissaient les cours et les fossés à demi comblés. Et cependant, ou trouvait toujours un brave pour aller replanter ce drapeau rouge qu'un obus venait bientôt labourer. On se batlait avec la rage du désespoir. Enfin, il fallu! partir. . .
— Ce fut pondant la nuit du samedi au dimanche — me racontait l'ancien défenseur do Vanves — que nous quittâmes le forl. 11 ne fallait pas songer à filer par la campagne. Les Versaillais nous entouraient. Une seule ressource resluil, les catacombes. C’est par les catacombes qu'il fut résolu d'opérer la retraite.
— Le fort communiquait donc avec les catacombes, demandai-je anxieusement ?
— Oui. reprit le fédéré. Par la poterne d'une des courtines, nous descendîmes dans une galerio souterraine que l’on nous (lit devoir communiquer avec des carrières dont l'entrée se trouvait sur la route de Paris à Chàtillon. Mais uons n'arrivâmes pas tous jusque là. Je fus de ceux qui s’égarèrent dans le dédale des catacombes, et nous y serions tous morts de faim . . .
— Vous n'étiez pas nombreux alors, dis-je au camarade, une centaine? Car, enfin, pour traverser ces galeries, à vous inconnues, sans indications... J'ai visité moi-mème les catacombes, et je sais combien il est dangereux de rester seulement quelques pas en arrière du groupe dont on fait partie. L’obscurité vous enveloppe subitement. Et alors, c’est l'isolement, la crainte d'ètre égaré, l'appel impuissnnl, et, si l’on n'ost pas retrouvé, le désespoir, la mort...
— Laissez-moi vous raconter. Nous avons été sauvés. Mais après quelles vicissitudes! Beaucoup d'entre nous, du reste, ne voulurent pas nous suivre. Ils disaient, eux aussi, que nous nous perdrions pour sûr, et qu’ils aimaient mieux encore ôlre faits prisonniers el fusillés que do mourir lentement de faim dans cette nuit effrayante. Et, de fait, ils furent faits prisonniers les malheureux. Dans l’aprèsmidi du dimanehe, les Versaillais, possesseurs du fort abandonné, craignant un retour offensif, firent couper la communication souterraine par la poterne, qu'ils connaissaient... Nos amis étaient là.
— Vous ne savez pas ce qu’ils sont devenus?
— Jamais je n'entendis pins parler d’aucun d'eux. Pris les armes à la main, leurs cadavres doivent aujourd'hui dormir dans les tranchées du forl.
— Nous descendîmes tous vers neuf heures, continua le témoin de cette lugubre retraite. Nous étions bien cinq ou six cents. Il y avait au fort quatre bataillons, le 103”, le 105", le 187" et le 202". Le bon tiers avait été tué. On se divisa on trois groupes. Je faisais partie du troisième. Six de nous remontèrent pour prendre des torches, que l’on se distribua. La canonnade faisait toujours rage, et nous
entendions le bruit étouffé dos explosions qui frappaient encore le fort abandonné. L'un de nous, déjà blessé, voulut nous accompagner. Son frère était là-haut, agonisant, il ne voulait pas partir sans lui.
« Nous rapportions des torches, quelques vivres. A peine au fond du puits, nous entendîmes des cris. C'était les Versaillais qui envti-
vitc en marche. Une cinquantaine restèrent, comme je viens devons
pendant celle fuilo dans la nuit et l'inconnu...
« Nous étions bien deux cenls dans le groupe dont je faisais parût*. Par où nous diriger? Un terrassier nous dit qu'il avait déjà travaillé dans les carrières, qu'il y avait au loil. marquées en noir, des indications qui permettaient de se reconnaître dans ce dédale... Du reste, il n'y avait pas à hésiter. Nous pouvions être poursuivis, découverts, massacrés. Bien sûr, si l'on nous trouvait, on no s’amuserait pas à nous remonter. Le cimetière était trop bien préparé pour qu'on ne
c Enfin, on se quitta. Une compagnie s'engagea à droite, une autre à gauche. Bientôt nous perdîmes de vue la lueur des torches, qui allait en s'éloignant peu à peu. à chaque tournant des galeries. Lu dernière rumeur s'avanouit. Nous étions seuls. Je complais mes compagnons. Cent troute sept! Neuf femmes, cantinières et ambulancières. Nous n’étions qu'à une centaine de mètres du puits. Nous sentions encore la fraîcheur de l'air extérieur...
u Mais voici que des voix arrivent jusqu'il nous. Certainement on va se mettre à notre recherche...
« Fuyons! fuyons!
« Et nous fuyons tous en désordre, nous ralliant de notre mieux autour des quelques torches plantées nu bout des fusils. Oht cette
entrait jusqu'à mi-jambes, à travers les blocs de pierre qui vous écrasaient les chevilles... Un gros oiseau do nuit battait ses ailes contre le plafond, effaré... Combien de temps courûmes-nous ainsi? Je fixais toujours mes yeux sur les torchas, que je voyais disparaître
pas heurlé quelques corps, eenx d'cnlre nous que l'asphyxie avait terrasses... Quand nous nous arrêtâmes, une seule torche flambait encore... Je vois encore les visages qu'elle éclairait, sinistres, abattus. Nous étions dans un carrefour auquel abousissaient une dizaine de galeries. Autant de portes noires. Laquelle prendre? Nous étions là. adossés aux parois, silencieux. Peu à peu une invincible fatigue nous saisit, et nous nous laissâmes l’un après l’autre glisser sur le sol... Quand je me réveillai, la dernière torche était éteinte. Je fis quelques pas pour m'assurer que je n'étais point seul. Je tâtai autour do moi...
— Quelle mort! me dit à voix liasse un de mes compagnons. Ah! mieux encore ta fusillade! Mais la faim! la faim!
« Tout à coup, l’une des dix portos noires s’illumina faiblement, comme une fenêtre où l'aube apparaît. C'était bien l'aube, la résurrection, la vie. Une ombre lâche cette lumière, puis deux, puis d'autres encore. Sauvés! Nous sommes sauvés! Ab! je voudrais vous raconter loot cela mieux encore. Nous nous levons tous. Quelques-uns
pions envoyés à nos trousses?
« Mais non. J'ai reconnu, moi, une figure de bravo homme, un surveillant des carrières qui s'était mis à noire recherche... Par exemple, il ne faut pas traîner... Jlarchons vite... En roule, il nous raconte qu'il a déjà découvert nos compagnons, ils sont libres sous ces étoiles, qu'ils no croyaient jamais revoir. »
la chaussée du Maine, à la revue (le la H* légion. EL ce qu'on nous
... Ce même jour do la reddition du forl do Vanves. dimanche H mai, je ne sais plus quelle visite m'avait conduit à l’Hôtel-de- Ville dans les dernières heures de l'après-midi. Le spectacle qui m'y attendait est do coux qui serrent le cœur de tristesse, et que Ton n'oublie
Cinq ou six grandes voitures tapissières étaient rangées sur la place, toutes ornées de drapeaux' rouges, sur lesquels on avait piqué des fleurs. De gros bouquets avaient élé laissés sur les banquettes. Les voitures étaient vides. Sur l'une d’elles, je lus : « Enfants de la Commune, 11“ arrondissement. »
Après avoir passé la porte deTHôtel-de-Ville. jo m'engageai dans le grand escalier qui conduisait au premier étage. A peine avais-je poussé la porte de la grande salle, qu'une troupe joyeuse se précipita ' pour sortir, chantant et gazouillant. Us étaient bien une centaine, filles el garçons do huit à douze ans. qui, sous la conduite do leurs
Pauvres enfants! leurs pères avaient été tués aux avant-postes. X.a Commune les élevait à ses frais. Ce jour-là. on les avait menés au bois de Yincennos, et les bouquets que j’avais vus en bas avaient clé
Jo me suis souvent demandé depuis si ces enfanls que j'avais rencontrés si joyeux, huit jours avant la défaite, n'étaient pas ceux qui. pendant l'épouvantable semaine, furent conduits aux cours martiales, jugés comme des insurgés, emmenés à Versailles, peut-être, hélas ! fusillés eux aussi... Qui sait?
Dans l'après-midi du jeudi 25 mai. dans cotte salle liasse du Luxembourg où je passai devaut le dur regard du colonel de gendarmerie qui présidait la cour martiale, je vis, accroupis dans des coins, les joues creusées (le larmes, hâves et déchirés, trois enfants que personne n’accompagnait. Etait-ce dos orphelins, les mêmes que j'avais vus, les bras pleins de Heurs et la bouche pleine do rires et de chansons, dans la grande salle de l'Hôtel-de- Ville ?
Oh ! cotte salle du Luxembourg ! Cette corn- derrière laquelle verdissent aujourd’hui les bosquets, je l'ai vue encombrée do prisonniers qui allaient mourir. Je me demande toujours, quand je passe devant ses fenêtres aux barreaux rouillés, ce que sont devenus ces trois pauvres petits prisonniers. . .
Un vieil insurgé.
lO Centimes
SAMEDI 2g MAI 18<)4
«™»« SOCIALISTE ABONNEMENTS
123, me Montmartre < Satirique — glustré — garnissant tcas les Samedis VL.
° TROIS MOIS 3 fr.
PARIS Rédacteur en Chef : GÉRAULT-RICHARD ÉTRANGER LE PORT EN SUS
CECS TUE CELA
Non, elle xf est pas morte, la Commune ; non, elle n’a p is rendu son dernier souffle dans la dernière hécatombe; n ni, les massacreurs de Versailles ne tuèrent pas dans 1 1 poitrine ;du peuple héroïque de Paris l’âme révolutionnaire de la France ; non, les tertres du Père-Lachaise, de Montparnasse, du square Saint-Jacques, des Mouliueaux ne recouvrent pas à jamais l’idée qui sauvera le prolétariat : non, les pavés rougis par le sang des ouvriers qui tombèrent sous les balles épargnées à l’envahisseur ne scellent point le sépulcre où dormiraient d'un éternel sommeil nos suprêmes espérances : non. il ne suffit pas d'une
saignée pour épuiser les veines du peuple de la Révo- , . .. 1 Oroit, l'Avenir ne sont pas à
lution : non, la Justice, le Dro la merci de la force brutale et hideuse : non, le plomb ni les baïonnettes ne peuvent tuer ce qui est la vie, pas plus qu’un cataclysme ne peut anéantir la nature...
La Commune, qu’ils croyaient morte, ressuscite ; l'àme révolutionnaire est plus que jamais vibrante et riche ; l’idée refleurit dans les cerveaux et l’espérance dans les cœurs; le sang boût toujours <■ impétueux dans nos veines »; Favenir est à nous, parce que le socialisme ne s’inspire que du Droit et de la Justice. : nous sommes la vie, -demain le monde sera nôtre.
Le sang des martyrs de Mai 1871 féconda plusieurs générations: il lit davantage encore: ceux qui le versèrent et le burent à rasades sacrilèges en meurent aujourd’hui.
Vingt trois aus out passé sans amoindrir sa vertu génératrice de saintes révoltes en même temps que destructive des iniquités sociales.
Le cléricalisme relevait la tète et dardait sa langue venimeuse : la réaction capitaliste se promettait victoire sur le Parti socialiste ; certains politiciens à courte vue et aux dents longues croyaient l’heure venue des ripailles tranquilles ; une majorité imbécile avait honni la Commune... Où sont-ils maintenant ? Les sifflements de la vipère noire se taisent : les arrogances réactionnaires rampent, au milieu des débris du ministère d’Anzin.
N’aiguisez plus vos appétits, misérables parasites, la table du banquet gît sens dessus dessous. L’éternel trouble-fête, le socialisme, est venu et, brutalement, a jeté bas convives et victuailles.
Vous le croyiez anéanti, il était à votre porte; vous comptiez sans cet hôte, sûrs, de l’impunité. Il s’est rappelé
Vous le reverrez souvent, jusqu’à ce qu'il vous chasse de l'infâme paradis terrestre où vous savourez les jouissances arrachées aux entrailles du Prolétariat que la Commune voulut affranchir.
GÉRAULT-RICHARD
CE unis VONT DEVENIR
Los renseignements parli&iliors du Chambord, admirablement place pour connaître les plus secrets desseins du momie gouverne-
S,ii mh permettent- de rassurer les amis du ministère détunl è"S.)i i UiTSes membres :
islinnlion de l'Amérique du Sud. où il se propose d'acheter un Irène. . . d'aventure, il ne trouvait aucun trône vacant, i! se rabattrait sur présidence d'une des innombrables républiques qui pullulent dans s régions lointaines ol troublées.
vnal va fonder
de l'Afrique fassent app
comptoir de lorgnettes sur lu Cùtc-d'l voire, ires compagnies de chemins de 1er du rentée si à sa science eoiiventionniilln cl scélérate-.
Jonnarl entre chez son beau-père, service dos coupons, son art do pratiquer des coupures dans les articles de journaux socialistes ayant révélé en lui. un decoupeur. émérite. Certains prétondont qu'il serait prochainement embauché dans une synagogue, eu qualité de sécateur titulaire. Mais nous pouvons démentir ce bruit. La fréquentation de lîaynal ayant dégoûté l'ancien ministre des faux publics de • la religion hébraïque.
Marty va s'occuper do caser son fils. 11 en a pour jusqu'il la lin de
Rurdoau s'établit banquier. 11 profilera do ses relations pour souffler son privilège à la Banque de France.
Dubos t. . . voyez le dictionnaire X-arousse. à la lettre C.
Vigur ne' quitte pas le râtelier ministériel.
Los autres ? qu'ils aillent se faire f . . . . .
«E55K8KSÎK HEURE
Trois individus à mine suspecte ont été arrêtés dans les environs de l'Elysée ; ils rôdaient devant In porto et paraissaient animés de
Renseignements pris, M. Puyburaud a reconnu dans ces trois personnages à mine patibulaire, des délégués carcassounais venus pour inviter des ministres il une inauguration de la Caisse d’Epargne.
Ils attendaient que le futur président du Conseil sortit pour lui sauter à la gorge et loi crier : « T. 'inauguration ou la vie ! » Ou les a cependant relâchés sur les supplications de Marty.