L'ESDRIT NOUVEAU DANS L’ARMÉE
Las de courir la prétantaine A travers le gouffre éthéré.
Le bon Dieu s'est fait capitaine, N'osant pas se faire curé.
Ii a dit : — Au diable mes anges,
Mes trônes, mes séraphins blonds !
Puis autour de sa robe à franges Il s’est cousu quelques galons.
Et, comme il faut bien un peu rire,
Il s’est glissé commodément.
Sans se faire voir, sans rien dire,
Dans le trou du saint sacrement.
Et c’est ce qui fait (les mystères Ne se discutant pas, corbleu !)
Qu’à celte heure nos militaires Portent -les armes au bon Dieu.
Quoi, ce troupeau fait la grimace !
Ce protestant n’est pas content?
Alignement* fixe! Et qu’on fasse Conduire au clou ce protestant !
Quoi ! ce sergent qui lit Voltaire N’a pas plus remué qu’un bloc ?
Jésus-Christ passe : genou terre!
Et fourrez le sergent au bloc !
O loi militaire! ô justice!
Nos généraux, chrétiens aigris.
Font, par la salle de police,
Venger les curés incompris.
Nos commandants de sacristie Reçoivent ce dogme en dépôt, L’adoration fait partie De l’exercice au chassepot.
Nos officiers au menton glabre.
Par les prélats catéchisés,
Brandissent, en guise de sabre,
Les goupillons vert-de-grisés.
Quelle éblouissante équipée!
Quel chaos dans le genre humain !
Nos Bossuet ceignent l’épée,
Nps Kléber ont la crosse en main.
Dumanet jeûne chez les carmes Un cardinal, à pleins poumons.
Vocifère : « Présentez armes I »
Les caporaux font des sermons.
Un sous-lieutenant exorcise.
Les yeux dans l’extase noyés ;
Les canons écrits de l’Eglise Se changent en canons rayés.
La poudre attire les ermites :
Les sentinelles à genoux Se confessent dans les guérites,
Le dos penché, l’œil en dessous.
Un moine par son sabre jure,
Et l'on entend près de l’autel Un tambour-major qui murmure :
— Bénissez-moi, mon colonel !
Clovis Hugues.