NOTRE DRAPEAU
Le drapeau rouge ? pourquoi pas.’
Les gens à la trogne vermeille,
Qui font par jour quatre repas,
Ne veulent pas qu’il s’onsoieilie !
Ils ne veulent pas qu’en plein air 11 uargue tempête et tourmente,
Dans sa belle couleur de chair Où le sang des peuples fermente!
Ils no veulent pas qu’en avant,
11 se jette à travers la guerre,
Lui dont les plis claquent au vent.
Qui sur nos fronts soufflait naguère !
Ils ne veulent pas, les bourgeois!
Que l’on attise, au nez. du. juges,
Cette espèce de feu grégeois Qui se moque de lêurs déluges !
Prud’homme s’éloigne — bouffon Jouant au pédant philosophe ! —
De ce d’Aleinbert en chiffon,
De ce Didorot en étoffe I
Dans le bruit du peuple et des chars,
11 le fait, dans sa haine vile,
Saisir par de sales mouchards Tout chauds de la guerre civile!
Et pourtant, ce drapeau maudit,
N’a jamais traversé BhiétOire Aux poings défaillants du bandit Qui livra la France et sa gloire,
Jamais, par-dessus les murs blancs,
Où transparaît le crépuscule,
II n’a dit à quelques hulans:
u Arrêtez-vous ! Je capitule I »
Emblème des cœurs sans remords, Candide en l'affreuse mêlée,
I! n'a pas soulleté les morts,
Du bout de sa frange étoilée.
Il n’a pas fêté le corbeau Qui revenait, hideu£ convive.
Arracher un dernier lambeau De notre peau dans la chaux vive.
H n’a pas approuvé le cri Des férocités et des haines,
Quand les poteaux, à Satory,
Poussaient arec l’herbe des plaines,
Quand il vient, pourquoi fuyez- vous ?
Pourquoi vous cacher quand il bouge.’ A genoux, passants ! à genoux !
Ce n’est pas de sang qu'il est rouge !
Quand il tressaille au vent des cieux,
Le droit renaît, la paix se fonde,
La ju-tice arrive, et tant mieux Qu’il n’ait pas fait le tour du monde!
Polir le peuple et la liberté,
Pour la France meurtrie et pâle.
Tant mieux qu’il n’ait pas escorté Le vol de l’aigle impériale ?
Au temps des soleils d’Austerlitz Et des héroïques chimères,
Tant mieux qu’il n’ait pas dans ses plis Enseveli l’espoir des mères!
Pour être un jour en la cité,
Le eompliee banal (les sacres,
Tant mieux que nul ne l'ait plante Dans le sillon gras des massacres !
Lamartime, tu chantais faux.
Et ta loyauté fut trompée :
Ce n’est pas sur les échafauds Qu’il tressaille en notre épopée!
i. Montjoie et Saint-Denis ! debout ! »
Et l’on se jette «u la fournaise,
Car le drapeau rouge est au bout De la vieille hampe française.
Et si Jeanne, lasse à la lin D’être en son néant prisonnière,
Dans le troupeau des meurt-de-faim Surgissait avec sa bannière,
On verrait, poussant des clameurs.
Louches, hideux, faisant du zèle,
Nos maîtres, les agents des mœurs, Conduire au poste la Pucelle!
Clovis Hugues
Vous .qui êtes JWffllîlD ;S ;
Savez-vous pourquoi ;
Depuis qu’il présida la ministère où figurent Dubost, Marty, d’une part, Burdeau, Rayual, d’autre part, Casimir-Perier ne peut pas supporter qu’on dise devant lui : qui se ressemble s'assemble?
Les gendarmes coupent avec leurs sabres les citoyens avant même de savoir s'ils sont coupables?
La statue de Ilouvier sera de boue au lieu d'être équestre?
Il est moins dangereux de lier un fou furieux que des relations avec Turrel?
Les innocents s'aperçoivent qu'il y a au moins uutant de juges en France qu'a Berlin ?
Spuller le Bavarois, qui boit comme uti trou et digère indistinctement, tous les liquides, ne peut pas sentir la bière de sapin?
Hnynal disait l’autre jour on parlant des arrestations en tuasse d’honnêtes citoyens : si ou écoulait ces gens-IA, on n'emprisou-. nerait persoune ?
Ou dit de Locliroy, qui crache en parlant, qu'il tt l’éloquence pénétrante?
Lorsqu’un brave homme reste vingt-quatre heures absent de chez lui, par le temps qui court, tout le monde ce dit aussitôt : Il doit être en prison ?
La France a été. condamnée au ministère Casimir-Perier A temps? L’infortunée a donc obtenu des circonstances atténuantes?
On dit d'Arthur Meyer, tantôt bonapartiste, tantôt orléaniste qu’il nage enlre deux eaux?
M. Desulinnel, qui a ('baleine fort”, ne s'est pas fait cor-
N. B. — Ceux qui devineront n'auront quVi m’envoyer leurs réponses, s'ils veulent être bien vus du gouvernement et obtenir des sinécures.
Boîte à Mitraille
Les croix et les crachats tombent sur les boutonnières comme s'il en pleuvait. Parmi les journalistes dont le paletot vient d’êtretaehé du ruban rouge, ligure M. l'eyrouton, ancien communard, qui n’a jamais changé que trois ou quatre fois d’opinion dans sa vie.
llTi pris à tâche de crier bravo, dans l’ancien journal de Ferry, à toutes scélératesse» commises par les gouvernements quelsqu'ils soient. On le récompense en le déshonorant officiellement.
Rayual est satisfait do sa satisfaction. Quant aux autres ^publicistes», couverts des crachats ministériel”, personne ho les connaît dans la presse. Leur célébrité n’a sans doute pas encore franchi l’enceinte fortifiée de la sûreté générale.
Certains journaux avaient annoncé le retour dans la mère patrie, du général dUndlan, l’associé de Wilson et de la Limouzin dans le commerce des décorations (gros, détail, exportations.)
D’Andlau habite toujours MuetioS-Ayres où il dirige une maison de jeu. 11 ne songe nullement à revenir en Franco et s'en voudrait d’Jionorcr de sa présence un pays où Wilson ert député, ' Raynnl ministre.
On a de la dignité,' “ou on n’éïi a pas;-.
M. Roujon, directeur des Beaux-Art», est fort maltraité par les journaux, qui l’accusent de n’avoir rien fait.
r’est pourtant la meilleure façon, pour un homme en plaeo, de n t mécontenter personne.
D’ailleurs, que voulez-vous que fasse un simple directeur, puisque les ministres s'appliquent à no rien faire?
N'est-ce pas assez qu’il touche ses appointements? Les fonctionnaires n’ont jamais été créés et mis au monde pour autre chose.
M, Roujon m’apparaii comme une victime de l'envie aux lèvres jaunes. Pourvu qu’il n'y ait que ce jaune-là dans son
M. Magnard se déclare satisfait des élections sénatoriales. Il écrit dans le Figaro : « Le scrutin de dimanche ne Change pas l'assiette du Sénat ».
U aurait dû dire : « L’assielte au beurre -n’a pas changé dé mains ».
L’assiette du Sénat ? Comprend pas. Les . vieux du Luxembourg mangent donc tous dans la même? Ça doit être ragoûtant.
Les journaux reptiliens d’Italie o.uyrent une souscription en faveur de leurs nationaux victimes des troubles d’Algues- Mortes. Ils ne faut voir dans cet élan de charité qu'une provocation à la guerre.
S’il éiait sincère, il se serait manifeste avant les tueries qui servent de prétexte aux initiateurs. Avec cet argent, les ouvriers italiens auraient pu vivre dans leur pays et ne seraient point, venus en France se faire exploit r par des entrepreneurs sans vergogne, qui les embauchent à des prix inférieurs aux salaires exigés par les ouvriers de notre pays. ÿ
Comme pendant aux innombrables décorations qui se sont abattues sur les basses cours ministérielles, nousavons eu l'incendie des décors de l’Opéra.
Malgré le dévouement des pompiers, rien n’a pu dire sauvé.
C 'pendant les pompes ne doivent pas manquer dans la rue Richer. Sentez-vous le calembour ?
A ce. propos on annonce le dépôt prochain d’une demande de crédits. Il s’agit de quelques millions — un rien, vous voyez — que l’on consacrerait à la confection de nouveaux décors.
L’art national l’exige, ajoutent sentencieusement les pontifes du snobisme journalistique.
Pendant que les peintres brosseront des c.befs-d’i ouvre, les pauvres gens se brosseront le ventre. Mais l’art sera satisfait... et les vieux messieurs de l’orchestre aussi.
Le Temps, dont la perspicacité est en raison inverse de son format, a déjà découvert que le sinistre était dû à la malveillance.
Inutile d’ajouter que dans quelques jours le même journal, de pius en plus perspicace, aura nettement établi que les coupables professent des opinions anti-opportunistes.
M. Arthur de Rothschild s’est aperçu en gare de Toulon qu’un pick-pocket lui avait dérobé son portefeuille contenant 15.Û0Û francs. Il a porté plainte lui-même. Sage précauiion car personne n’eût songé à le plaindre.
Les journaux de Lyon nous annoncent que le ploutoréphale Aynard, député du Rhône, a été réélu président de la Chambre de commerce de cette ville pour 189/i.
Ça n’est pas précisément que ses remarquables facultés le désignent plus qu’un autre a celte haute situation. Mais il est si riche, si millionnaire, et sa fortune a été si honnêtement gagnée ! Pensez donc un banquier !
A propos, saviez-vous que Mercure, dieu du commerce, était on même temps dieu des voleurs !... Non ! Eh bien ! profitez de l’occasion pour l’apprendre.
Le Temps blague l’ami Clovis Hugues avec la 1 gCreté d’esprit qu’on lui connaît, au sujet du discours qu’il a prononcé sur la tombe de Blanqui.
L’énorme journal croit faire à Clovis une grosse injure en le tranani de poète 1
C'est l’histoire de Raynal qui, quand il est veut vexer quelqu'un, lui crie : Va donc I Eh ! sâns-le-suu !
Henri UoChefort a écrit, un éloquent plaidoyer en faveur des pêcheurs d’Islande, qui partent chaque année, pour des mers lointaines et trop souvent hélas ! pour « le pays d’où l'on ne revient jamais. «
u Quand ils reviennent, c’est la joie et l’aisance; mais « quand ils restent là-bas,
Sous l'aveugle Océan a jamais enfouis,
« c’est la misère et la mendicité pour leurs femmes et leurs .. enfants qui les attendent au pays. Eh bien! pour que « l'image do leurs familles, désormais sans pain et sans « asile, ne vienne pas rendre leur agonie plus atroce, il n’y ii aurait qu'à obliger par une loi les armateurs qui les eraii brigadent à assurer la vie de leur équipage, comme ils h assurent leurs navires, leurs filets, leur poisson et jusqu'à « leur sel. »
Renvoyé à Félix Faure et àülres députés armateurs qui ne manqueront pas de le renvoyer aux calendes grecques. Ne veulent-ils pas une République athénienne?
On vient d lâche ver l’impression des mémoires de Bismarck, qui a reçu des éditeurs la jolie somme île 600 . (XK) maicks.
L’auteur exige qu’on atlende sa mort pour les publier. Comme Avinain, il ne veut rien avouer de son vivant.
600.000 marks! Quel imbécile disait donc que les mauvaises actions ne profitaient à personne? Il aura voulu parler, sans doute, des actions du -Siècle.
Avis aux collectionneurs
II a -Hé tiré du dessin La Misère sous la neiuu cent épreuves lithographiques , hors texte, sur papier de luxe , numérotées de I à 100. — Prix : 2 francs en noir; 2 fr. 25 en
S'adresser à M. Kleinrnann, marchand de dessins et d'eslampeS, 8, rue de la Victoire.