‹ Le chambard socialisteChapitre 70 sur 412 · COMÉDIE · texte numérisé non relu

COMÉDIE

La noble duchesse d’Uzès, par le canal du noble Arthur Meyer, demande qu’on lui remette la lille de Vaillant.

« Je l’élèverai, dit-elle, comme une fille de sa condition. « Je lui donnerai à boire, à manger, je l’habillerai, je lui » assurerai un abri, pour qu’elle ne puisse pas, à l’instar « de son père , se plaindre d'avoir été abandonnée sur la « grand’route de la vie. »

Tout le monde s’incline, admire et célèbre la grandeur d’âme de la millionnaire duchesse. Il se rencontre même des socialistes parmi ses thuriféraires.

Ah ! çà, ils ont donc perdu le sens commun !

Que M. Arthur Meyer se fasse l’intermédiaire des charités de la duchesse, nous n’y voyons rien d’anormal. C’est un métier qu’il pratiquait dès l’âge de puberté poulie compte d’une tille à particule, d’une noblesse de demimonde. Maintenant, il monte en grade ; il s’approche du trône. Une noblesse du grand monde l’emploie. Tant mieux pour lui ! Mais tant pis pour les honnêtes gens qui couvrent de leurs louanges ce trafic sentimental.

11 serait trop facile vraiment d'excuser les crimes sociauxquiont rendu la petite Sidonie Vaillant orpheline, et tant d’autres avec elles, s’il suffisait aux parasites de jeter un morceau de pain à leurs victimes.

Comme ses comparses, la duchesse de Meyer est responsable des iniquités qui provoquent, jusque dans les profondeurs populaires, les actes de révolte et qui poussent les desespérés à des actes de vengeance.

Comme toutes les richesses, la sienne est faite de la misère des travailleurs et ce n’est pas les aumônes dédaigneuses qu’elle prodigue qui peuvent lui valoir même une excuse, à défaut du pardon.

Voyez . d’ailleurs, en quels termes elle propose son concours, quel mépris elle met dans son prétendu élan de cœur, combien amer est son ressentiment contre la petite misérable qu’elle veut écraser de sa haute protection et qu’elle rend responsable, malgré ses efforts pour dissimuler ce sentiment, de l’acte dé son père.

Eh bien ! il ne faut pas que nous ayons l’air de vendre la plus mince parcelle de nos revendications et de nos haines, pour quelques sous tombés des mains qui nous pressurent.

Cet argent est le nôtre. On nous i’a volé!

Nous n’en demandons point le partage ; nous ne demandons point que nos spoliateurs nous en restituent une faible part.

Nous voulons rentrer en possession du bien-être ravi aux travailleurs, et détenu injustement parla classe capitaliste.

La duchesse ue nous fermera la bouche avec ses aumônes, pas plus que les suppôts de la société bourgeoise ne feront taire les clameurs des exploités, à coups de lois réactionnaires.

Celle-là peut adoucir les plaintes des complaisants avec des secours; ceux-ci peuvent étouffer la voix 'des journaux avec leurs perquisitions et leurs procès.

Ni les uns ni l'autre n’imposeront silence aux affamés et n’arrêteront le torrent d’indignations et de colères qui les doit submerger.

Page 1