DES VITESSES DES PROJECTILES
58. Bases de la méthode. — Peu de temps après que la théorie du champ acoustique eut été dotée de son premier théorème par le capitaine de Labouret, et dès qu'on sut, par suite, exactement de quelle direction émanait le bruit entendu par un observateur, une application aussi hardie qu'ingénieuse de ces résultats fut faite par le colonel Gossot, alors membre de la Commission de Gâvre.
Il suffira d'indiquer ici le principe de cette méthode qui consiste à enregistrer le passage de Tonde de tête.
59. Interrupteurs électro-acoustiques. — Les appareils récepteurs de l'onde de tête sont des paraboloïdes en
laiton fermés par une mera- "^^e^c ^ ^^^~ brane m en fer-blanc (fig.
Un pendule métallique p s'appuie contre celle-ci au repos, formant ainsi un circuit électrique qui va à un Fi 4a chronographe. La rupture
de ce circuit, au moment où l'onde de tête vient choquer la membrane, fait fonctionner le chronographe.
Avec les gros projectiles, il faut éviter d'approcher le paraboloïde trop près de la trajectoire, car la membrane peut être faussée. Ce fait est bien d'accord avec le calcul du n° 35, qui montre avec quelle intensité Tonde de tête peut venir frapper la membrane.
D'ailleurs, Tonde produite par une balle de fusil suffit pour assurer le fonctionnement de l'interrupteur.
60. Principe de la méthode. — Plaçons dans le plan de tir deux interrupteurs électro-acoustiques P, et P a (fig. 43) au même niveau et à une petite distance l'un de l'autre.
La vitesse du projectile est supposée constante et la trajectoire rectiligne sur le très petit parcours AB.
Les points A et B étant les centres des cônes sonores passant par P, et P 2 , l'angle ty des génératrices avec la trajectoire est tel que
(i) COS+ = y.
Or, l'onde de tête se propage normalement à la direction des droites AP^ et BP 2 et avec la vitesse du son.
Donc, quand le premier interrupteur P, sera actionné par l'onde de tête, cette onde coupera le plan de la figure suivant la droite Pj/) perpendiculaire surBP 2 . Le second interrupteur P 2 sera actionné à son tour par la même onde quand elle sera parvenue en P 2 .
Donc le temps t enregistré par le chronographe relié
aux interrupteurs P x et P 2 correspond au parcours />P 2
avec la vitesse du son «.
Or, on a
/>P â se d cos a,
d'OÙ />Pa fifcOSot
Or, le chronographe fait connaître directement une vitesse V, telle que
On peut donc écrire :
(2) C0Sa= --.
Cette équation détermine l'angle a, c'est-à-dire la direction PA (fig. 44)-
Si maintenant on connaît, soit par un calcul, sbit par une mesure directe, l'angle t que fait l'élément de trajectoire TT' avec l'horizontale, Fig . 44. on a évidemment ^ = a + t,
de sorte que le problème se trouve complètement résolu au moyen des trois équations suivantes
cosa
COS'j»
V est la vitesse au point de la trajectoire.
C'est l'inconnue du problème.
61. Valeur de cette méthode. — La discussion de la méthode du colonel Gossot et son application à la pratique du tir sortiraient évidemment du cadre de cette étude.
Nous ajouterons seulement ceci :
i° L'exactitude de cette méthode étant liée d'une manière intime à l'exactitude de la théorie des ondes sonores, le fait qu'elle donne d'excellents résultats est une preuve expérimentale directe à l'appui de la théorie ;
2° La discussion des erreurs qu'on peut commettre dans la détermination des quantités qui entrent dans les formules fait voir, et l'expérience démontre, que sa précision sera, en général, bien suffisante pour le but cherché ;
3° Après des essais multiples et des études approfondies, cette méthode est en service depuis dix ans dans l'artillerie de la marine ; elle rend, on peut dire journellement, les plus grands services et permet d'aborder expérimentalement plusieurs questions de balistique d'un haut intérêt pratique.