‹ Le Chancre Syphilitique Du Cuir CheveluChapitre 3 sur 31 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le chancre syphilitique du cuir chevelu est une lésion très rare, mais qui doit être bien connue, afin d'éviter certaines erreurs de diagnostic qu’il est possible de commettre à ce sujet.

Un premier travail d’ensemble sur ce sujet parut en 1912 : c’est la thèse du Docteur Rabourdin, contenant 35 cas de chancres du cuir chevelu. Deux ans plus tard, un auteur allemand, Müller porte dans un travail important,

à 56 le nombre de ces mêmes chancres. Depuis cette date, il a paru un certain noinbre de nouvelles observations qu’il nous a semblé intéressant de réunir dans un travail d'ensemble et nous présentons ainsi 100 cas de chancre syphilitique du cuir chevelu que nous avons pu trouver dans toute la littérature médicale.

Nous remercions le Docteur Druelle de nous avoir communiqué une observation inédite de chancre syphilitique du cuir chevelu. Nous remercions de même M. le Profes- : seur Nicolas, qui nous a obligeamment communiqué la photographie que nous publions au cours de cet ouvrage, et qui a bien voulu accepter de présider notre thèse.

er

Fréquence.

La localisation du chancre syphilitique au cuir chevelu peut être considérée comme une des plus rares que l’on puisse trouver. Toutes les statistiques sont d’accord sur

ce point.

Dans son livre consacré aux chancres extragénitaux, le

professeur FOURNIER donne la statistique suivante :

Chancres extra-génitaux ............ 1.124 Chäneres icéphatiques. 2, ui 5 849 Chanéres-du cuir chevelu." 1.2 8

soit une proportion de 0, 26 % pour les chancres du cuir chevelu par rapport au total des chancres extra-génitaux.

Plus récemment, dans un article consacré aux chancres extra-génitaux de la femme (Annales des maladies vénériennes, 1914, page 31), BOBRIE donne la statistique concernant les 24.097 observations du service du Profes-

seur GAUCHER à l’hôpital Saint-Louis.

Sur 1.196 malades, chez qui on a pu préciser le siège

de l’accident primitif, on a noté :

834 chancres vulvaires, soit 70, 55 %, 35 chancres périgénitaux, soit 2,95 %, 326 chancres extragénitaux, soit 26,50 %, 1 chancre du cuir chevelu, soit 0.084 % par rapport au nombre total des chancres, et 0,30 % par TAPROEÉ à

celui des chancres extragénitaux.

La statistique de RupoLr KREFTING, de Christiania, relate, de 1867 à 1891, 2.916 chancres, dont 539 extragénitaux, parmi lesquels 2, localisés au cuir chevelu, soit

une proportion de 0,37 %.

Nous voyons que la proportion des chancres du cuir chevelu par rapport aux chancres extra-génitaux, est sensiblement la même dans les 3 statistiques de FOURNIER,

de GAUCHER et de KREFTING.

Les statistiques réunies de BuLKLEY, de MUNCHEIMER et de SCHEUER donnent 52 chancres du cuir chevelu et de l'oreille pour un total de 12.204 chancres extra-génitaux. Malheureusemént, cette statistique ne donne pas séparément le nombre des accidents primaires de l'oreille et

ceux du cuir chevelu.

Par contre, nombreuses sont les statistiques qui n’enregistrent aucun chancre du cuir chevelu : Telles sont,

par exemple, les statistiques de :

CLERC, avec 404 chancres observés chez l’homme ;

MARTEN, avec 45 chancres observés chez la femme;

BUREAUX (service de CLERC, à Saint-Lazare), sur 126 chancres observés chez la femme.

BASSEREAU, avec 361 chancres ;

CARRIER (service de BONNARIC, à l’Antiquaille), avec 130 chancres chez la femme.

I en est de même de la statistique plus récente de Lévy-BinG et GERBAY Concernant 1.560 chancres spécifiques observés durant la guerre, parmi lesquels sont rap-

portés 58 chancres extra-génitaux.

Nous voyons par ce court aperçu que les chancres syphilitiques du cuir chevelu sont rares. La thèse du Docteur RABOURDIN (1912) en contient 38 cas. En 1914, Mut- LER en relate 56. Nos recherches nous ont presque permis de doubler ce dernier nombre, puisque nous avons réuni dans ce travail 100 cas de chancres du cuir chevelu, y

compris une observation inédite.

Localisation. — Nombre.

Le chancre syphilitique peut siéger à n’importe quel ‘ point du cuir chevelu. Notre statistique nous donne la

répartition suivante :

REDON CMDÉ SE En à 20 cas RON AE RS DA SEE 17 — EE ON RE RTE REA ON 13. — D RAMC IA NS Re Se ETES 11 — INUGIIC RS PEAR AR, as 2 — MAS D ele rt no and 6 — Ancune-indications =... 0.7. 26 —

I1 semble donc que la région antérieure du cuir chevelu soit la plus exposée à la contamination syphilitique.

Parmi les 100 cas de chancres du cuir chevelu, nous avons noté l’unicité du chancre dans 92 cas. Au contraire, dans les 8 autres cas, les auteurs ont noté plusieurs chan-

cres sur le même malade.

Ainsi, il existait deux chancres syphilitiques chez les malades de DRUELLE (obs. 1), GRANGE (obs. 46), WEIss (obs. 80), MULLER (obs. 82) et LomHozr (obs. 95).

La présence de 5 chancres sur le même malade a été notée deux fois : par LOMHOLT (obs. 94), et par DUMET (obs. 100). AS

Enfin, le plus grand nombre de chancres syphilitiques du cuir chevelu a été trouvé par GROEN (obs. 81), qui décrit 11 chancres sur le cuir chevelu d’un petit garçon de 2 mois contaminé pendant l’accouchement.

Il est remarquable de constater que c’est à la suite de la naissance que l’on trouve surtout la multiplicité du chancre syphilitique sur le même individu : Aïnsi la deuxième observation de LOMHOLT note 2 chancres ; la première du même auteur : 5 chancres : celle de DUMEr : 5 chancres ; et celle de GROEN : 11 chancres.

Cette constatation ne doit pas nous surprendre : au cours de l’accouchement, les lésions traumatiques sont multiples sur le cuir chevelu lorsque l’enfant se présente par la tête, et il n’est guère étonnant que plusieurs de ces lésions se transforment en accident primaire.

Nous verrons, en étudiant l’étiologie du chancre du cuir chevelu, qu’une des plus fréquentes contaminations est dûe aux instruments de coiffeur. Il n’est donc pas étonnant que ce soit chez les hommes que l’on ait surtout observé cette localisation primaire.

En effet, le sexe du malade est noté dans 67 observations, 45 concernent le sexe masculin, et 22 le sexe féminin : soit 2/3 d'hommes et 1/3 de femmes.

Etiologie.

Il semble difficile, au premier abord, de croire à la possibilité de l’existence d’un chancre syphilitique situé sur le cuir chevelu. En effet, on peut penser que la présence des cheveux y forme un revêtement protecteur, qui isole suffisamment la surface de la peau du stalp. Mais nous verrons que beaucoup de chancres du euir chevelu se sont formés en des points dépourvus de cheveux : soit chez les tout jeunes enfants, soit chez des hommes atteints

de calvitie.

Nous allons trouver comme étiologie, les causes les plus diverses : Toutefois, la contamination d’origine véritablement vénérienne ou érotique est très rare : Presque toujours, ces malades porteurs d'accidents spécifiques sur le cuir chevelu rentrent dans la catégorie des «Innocents» catégorie qui a suscité de nombreux travaux, parmi lesquels le livre de DunKan-BuLxLey sur la « Syphilis In-

suntium ».

Ce sont surtout les instruments de toilette qui sont la cause de l'infection : 27 fois sur 100, soit plus du 1/4.

Parmi ces 27 cas, la syphilis fut contractée 13 fois à l’occasion de l’usage de brosses, de peignes ayant servi à des syphilitiques présentant des lésions yphilitiques contagieuses du cuir chevelu. | ’

MAURIAC (obs. 32), raconte l’histoire de cette femme de chambre qui se pique à la tempe avec une épingle à cheveux appartenant à sa maîtresse. Quelques temps après, se développe à l’endroit piqué, un chancre syphilitique caractérisé. ù

Plus curieux est le cas rapporté par RAJAT (obs. 83), concernant un acteur qui se blesse avec une perruque, et qui voit un chancre se former à l’endroit traumatisé.

TZITRIN a vu plusieurs cas de chancres syphilitiques du cuir chevelu causés chez des soldats par l’usage d’un peigne commun (obs. 13).

Dans les 11 autres cas (sur les 27 causés par les instruments de toilette), il est très probable que les peignes, brosses, tondeuses ou rasoirs employés par les coiffeurs aient été l’agent de transmission du virus spécifique. La syphilis n’est d’ailleurs pas la seule maladie que lés coiffeurs peuvent transmettre par leurs instruments souillés. Nous trouvons dans une clinique de LANCEREAUX sur la « Syphilis transmise par le cathétérisme de la trompe d'Eustache » la phrase suivante :

« On peut, à juste titre, chaque fois qu’on sort de chez son coiffeur, être pris de l'inquiétude d’une inoculation syphilitique.. Le cuir chevelu présente assez ordinairement des éruptions secondaires suintantes, et, partant,

inoculables. Supposez un coiffeur passant sur votre tête

un peigne qui vient de servir à un syphilitique atteint d’une éruption du cuir chevelu, et vous comprendrez avec quelle facilité les dents de l’instrument imprégnées de virus pourront vous inoculer la maladie. » (Leçons de clinique médicale faites à l'hôpital de la Pitié. 3° série, 1886-90, page 60).

Il est vrai qu’actuellement les chances de pareille infection sont bien diminuées, l’usage de l’antiseptie se généralisant de plus en plus chez les coiffeurs.

Un autre mode assez fréquent de propagation de la syphilis au cuir chevelu réside dans le baiser, même si celui-ci, paternel ou familial est le plus innocent du monde. À ce point de vue, l’observation suivante du Pro-

fesseur GAUCHER est typique (obs. 76).

« M. le Professeur GAUCHER eut un jour l’occasion de soigner un père de famille atteint de syphilis en pleine période d’accidents secondaires.

« Prenez, lui dit-il, les plus grandes précautions vis-àvis de votre entourage. Veillez à ce qu’on ne se serve en aucune façon de vos objets de toilette. Ayez votre couvert, et surtout, n’embrassez jamais personne.

— Mais, docteur, cependant, mon enfant ? Comment pourrais-je ne pas l’embrasser ?

— JI] vaudrait mieux vous y soustraire, contentez-vous d’un simulacre ; ne l’embrassez, par exemple, que très

légèrement sur les cheveux .»

Malgré toutes ces recommandations, un mois après, le

père amenaïit son fils atteint de chancre du cuir chevelu

(Thèse de Manne, Paris 1910).

PS

Toute semblable est l'observation de FOURNIER (obs. 41) relative à une femme qui présentait un chancre induré au niveau de « la raie ». Le mari, atteint de syphilides buccales, n’embrassait plus sa femme que sur les cheveux « par précaution ».

Nous avons relevé 8 cas de contagion par le baiser, et il est très probable que le baiser a été souvent la cause de la contamination dans les 30 cas où l’étiologie n’a pu être précisée. Il est donc de première importance d’interdire le baiser, même sur les cheveux, chez tout malade

porteur de lésions buccales syphilitiques contagieuses.

Tout à fait semblable est le mode de contamination que nous allons étudier maintenant : Si le simple baiser est dangereux, à plus forte raison, la morsure, par le tranmatisme local qu’elle crée, est encore plus à craindre. Nous avons relevé 13 cas de chancres du cuir chevelu occasionnés par une morsure.

Il est assez curieux de constater que, chez 3 personnes, le chancre syphilitique eut son origine dans une morsure faite au cours d’une lutte dans une baraque foraine. Ainsi, l'observation de LAVERGNE et PERRIN (obs. 11), se rapportant à un homme de 26 ans qui, au cours d’une lutte à la foire de Ménilmontant, se voit amputé, par un coup de dents, d’un morceau de l'oreille droite. Un chancre de l’oreille se déclare à la suite de cette lésion. Cet accident primaire prend alors une allure phagédénique, dépasse la bordure des cheveux, et intéresse le cuir chevelu sur la région mastoïdienne.

Les deux autres cas de chancres survenus à la suite d’une morsure au cours d’une lutte foraine ont été rapportés par HOFFMANN (obs, 65 et 66).

Les morsures sont aussi fréquentes au cours des rixes, des disputes. Cette étiologie et notée 6 fois dans notre statistique : Tels sont les cas de VAUGHAN (obs. 24), relatif à un homme contagionné en un point atteint de calvitie, celui de NaRpt1 (obs.97), qui se rapporte à un homme qui fut mordu alors qu’il voulait séparer deux adversaires, ceux de WATSON (obs. 73), de NEUMANN (obs. 39) et de STUMPKE (obs. 99) qui ne présentent rien de particulier. Par contre l’histoire du malade de GRANGE (obs. 46) est des plus intéressante. Il s’agissait d’un homme qui fut mordu par son adversaire au cours d’une rixe. A la suite de ce traumatisme, apparaissent deux ulcérations indurées, à fond muco-purulent, dont l’une contenait un fragment de dent incisive laissé par l’adversaire au cours de la rixe.

Le malade de GIÉDROYÉ (obs. 36) fut mordu par une femme, sur la ligne médiane de la nuque. Cette morsure fut le point de départ d’un chancre syphilitique.

Enfin, BLANCHE DE LA ROCHE (obs. 55), nous raconte l’histoire d’une jeune fille de 18 ans qui fut mordue à la nuque par son fiancé, morsure qui se transforma en acci-

dent primaire.

Les pansements, les petites opérations chirurgicales, ont pu transmettre la syphilis. C’est ainsi qu’HUTCHINson (obs. 23) accuse un pansement septique d’avoir causé la syphilis. Un médecin brésilien, ARANJO (obs. 19) pense qu’une onction de vaseline a pu greffer la syphilis sur un furoncle du cuir chevelu. De même, le médecin dont parle SHELMIRE (obs. 50), qui vit son furoncle se trans-

former en chancre induré.

La syphilis peut encore se transmettre par transport de pus syphilitique (Ricorp obs. 3), par l'usage commun du lit : Ainsi VicuiER publie l’observation (obs. 17) d’un. malade qui, couchant avec son frère syphilitique, a présenté un-chancre de la région mastoïdienne gauche. De même AYALA (obs. 85) nous raconte l’histoire de son malade qui contracte un chancre de la région temporo-parietale droite après avoir partagé le lit de son frère. Ce dernier était atteint de syphilides pustulo-ulcérantes et d’ul-

cérations gommeuses des jambes.

Toute solution de continuité, tout traumatisme, peut être le point de départ d’un chancre syphilitique. C’est ainsi que RILLE (obs. 44), invoque, comme cause favorisante, la présence d’une pustule d’acné. BALZER et BuRr- NIER ont relaté (obs. 78) l’histoire d’un malade qui reçoit sur le vertex une tuile tombant d’une hauteur de deux mètres. La blessure consécutive permit à la syphilis de se

greffer.

Il est classique de noter, comme cause de chancre de la nuque, l’habitude de porter, à l’occasion de certains bals, à califourchon sur les épaules, une femme nue dont les parties sexuelles présentent des accidents syphilitiques

contagieux. (GAUCHER, obs. 72.)

Nous avons réservé pour la fin de ce chapitre une cause de contagion assez discutée et que certains auteurs n’admettent pas : Nous voulons parler de la contagion dite « de passage ». Voici en quoi elle consiste :

Un enfant, sain, indemne de toute lésion spécifique hé-

réditaire, se fait, pendant la période d’expulsion, au

cours de l’accouchement, une ou plusieurs érosions. La mère présente une lésion génitale syphilitique, récente et contagieuse. À la faveur de ses écorchures, le nouveauné se contagionne au passage de la filière génitale.

Que faut-il pour que cette contamination au passage soit possible ? Trois conditions sont nécessaires : Il faut:

1° Que les parties génitales de la mère soient le siège d'un accident manifestement syphilitique (chancre ou syphilide secondaire) et très contagieux.

2° Que, l’incubation ayant eu lieu, on constate chez l'enfant un ou plusieurs chancres syphilitiques en des points qui ont pu être traumatisés au cours de l’accouchement.

3° Que la syphilis maternelle soit récente, afin que

l'enfant soit indemne de syphilis héréditaire. Or, il peut se faire que ces trois conditions soient simultanément remplies et l’on assistera alors à l’évolution d’une syphilis contractée au passage. L'accident primaire, dans ces conditions, peut se localiser en n’importe quel point de la tête. On l’a trouvé sur le front, sur le nez, sur les joues. Nous ne nous occuperons seulement que des chancres du cuir chevelu.

La possibilité d’une telle contagion met en défaut la loi de Profeta « Un enfant, sain d'apparence ne peut être contagionné par sa mère syphilitique ».

La littérature médicale contient de nombreuses observations qui montrent que cette loi de Profeta, juste dans la plupart des cas, présentait quelques exceptions.

C’est, paraît-il AMBROISE PARÉ qui aurait, le premier, pensé à la possibilité d’une telle infection. FOURNIER (Les

chancres Extra-génitaux, Paris 1897), semble en recon-

naître la possibilité à propos des 2 observations de PONCE- LET et de GRUNFELD mais « sans pouvoir dire quel degré

de créance il convient de leur accorder ».

Notre statistique nous donne 10 cas de chancres par

contagion de passage :

GRUNFELD (obs. 7), raconte l’histoire d’une mère infectée pendant la grossesse et présentant des accidents vulvaires contagieux pendant l’accouchement. L’enfant présente quelques semaines après, un chancre du cuir

chevelu précédant la roséole.

PELLIZZARI (obs. 29) a présenté à l’Académie médicophysicale de Florence, un enfant de 50 jours qui portait à la région pariétale gauche un chancre dû à une conta-

mination de passage.

De même, FOURNIER cite le chacncre survenu à un petit malade soigné par PONCELET (obs. 40).

De même, FouRrNIER cite le chancre survenu à un cuir chevelu d’un enfant de 2 mois (obs. 81).

HoFFMANN a vu un enfant de 5 semaines qui présentait un chancre sur la région pariétale gauche (obs. 86).

LANCHA-FAL (obs. 92) observe à son tour un enfant de 3 mois porteur d’un chancre presque cicatrisé, situé à l’angle postéro-supérieur du pariétal gauche, et consé-

cutif à une contamination « au passage ».. -

LOMHOLT, dans un article intéressant, paru dans les Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie de 1921, donne trois observations de chancres contractés au cours

de l’accouchement.

Nous-même, avons eu la bonne fortune de voir, dans le service du Docteur HUDELO, à Saint-Louis, le petit malade présenté par DUMET à la Société française de Dermatologie, pendant la séance du 8 mars 1923. Cet enfant, âgé de 7 semaines, présentait sur le versant droit du vertex, cinq lésions croûteuses, situées en arc de cercle, et accompagnées d’une adénopathie mastoïdienne et sous-occipitale droite. La mère présentait une roséole généralisée accompagnée de syphilides vulvaires. Le moulage du cuir chevelu de cet enfant se trouve au Musée de l'Hôpital Saint-Louis, inscrit sous le n° 3148. Cet enfant, contaminé pendant sa naissance, ne présentait aucun signe de syphilis héréditaire. Il pesait 2 kg. 950

à la naissance, et, son placenta, normal, pesait 570 gr.

Il nous semble possible de pouvoir invoquer un autre mode d’infection du cuir chevelu chez le fœtus au cours de l’accouchement. L’observation suivante, de BARDINET, semble le prouver : Le doigt infecté d’un accoucheur ou d’une sage-femme ne pourrait-il pas inoculer la syphilis sur la tête de l’enfant non encore expulsé, lorsque mère et enfant sont indemnes de toute syphilis ? Nous trouvons, en effet, dans les Annales de Gynécologie d’avril 1874 le rapport de BARDINET sur la célèbre épidémie de syphilis de BRIVEs. Cette épidémie fut causée par une sage-femme qui présentait un chancre syphilitique du doigt et qui en ignora longtemps la véritable nature. Plus de cinquante personnes furent contagionnées. Un certain nombre d’enfants présentèrent selon toute vraisemblance, des signes de syphilis acquise. BARDINET, n'ayant pu examiner les enfants s’exprime ainsi :

« Quelques enfants présentent leurs accidents primitifs cinq mois et demi après l’accouchement. Ils ont été

contagionnés par leur mère syphilitique.

« D’autres atteints précocement (deux-trois semaines) ont dû leur syphilis à l’inoculation directe de la sage-

femme.

« … Et maintenant nous nous trouvons amené à nous poser cette question : Si l’enfant a pu être directement infecté par le doigt de la sage-femme se promenant un temps plus ou moins long sur le cuir chevelu, les premiers accidents n’ont-ils pas dû se développer à sa tête ?

.. « … Je dois faire observer que les dépositions des mères peuvent parfaitement laisser admettre qu'il en a été ainsi. Je remarque en effet que trois d’entre elles signalent la tête de leur enfant comme la première, ou une des premières parties de son corps qui aient été atteintes. « Quinze jours après la naissance, dit la « femme L... (n° 9», il survient des rougeurs aux fesses « et de très gros boutons sur la tête. » « Au bout de « quinze jours ou trois semaines, dit la femme B. « (n° 10), des boutons en grand nombre se manifestent . « à la tête de la petite fille. »

I n’est pas impossible que ces gros boutons soient des chancres syphilitiques croûteux.

Nous voyons que l’étiologie du chancre du cuir chevelu est très diverse. Nous terminons ce chapitre en résumant

les divers modes d’infection que nous venons d’étudier :

Instrüument-dé torlétte.::5:,..1,.... 16 cas MOTO ITE Mu LR en ie ee 11 — Morsures-égratignures :..:-........ 13 — AECOUCHCMONES DATE Mer 10 — TOC PE nr de MOSS Re REX 8 —

Contamination directe par contact

avec un syphilitique, 5-2..." 6 — Instrument chirurgical, Pansement.… dE Traumatisme pré-existant.......... 1 — Pasid indication. Mb rm ins SET —

HROTATEME PE 100 cas

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Symptomatologie.

La localisation au cuir chevelu du chancre syphilitique ne change en rien les caractères normaux de ce dernier. Nous passerons assez rapidement sur la symptomatologie propre du chancre du cuir chevelu pour nous étendre un peu longuement sur l’adénopathie satel-

lite, variable suivant le siège de l’accident primaire.

Caractères du Chancre syphilitique.

Le chancre induré du cuir chevelu présente assez rarement l’aspect classique du chancre syphilitique. C’est alors, comme l’a constaté Weiss (obs. 80) un chancre non croûteux, une ulcération circulaire, indolente, couleur chair musculaire dont la base présente l’induration parcheminée, cartilagineuse caractéristique. Le chancre est alors typique et ne peut être confondu avec aucune autre affection, surtout si l’on recherche les autres signes suivants : constatation de l’adénopathie satellite,

et présence de tréponèmes dans l’ulcération.

Plusieurs fois, le chancre du cuir chevelu présentrait un aspect diphtéroïde, blanc jaunâtre : SÉE (obs. 59), RiLLE (obs. 44) et BaLzer et BURNIER (obs. 78).

Mais le plus souvent, le chancre est recouvert d’une croûte brunâtre ou rougeâtre, de couleur plus ou moins foncée, rarement jaunâtre, assez épaisse, solide, compacte, plus ou moins surélevée ; c’est en somme un chancre croûteux caractéristique.

FourNIER, en parlant du chancre croûteux, insiste sur les quelques points suivants :

1° C’est une lésion circonscrite, bien définie, bien délimitée, et non une lésion diffuse, à contours incertains, indécis, irréguliers, sinueux (comme se présente la croûte de l’impétigo ou de l’eczéma) ;

2° Elle offre le plus souvent une figure arrondie, ou se rapprochant tout au moins du type cerclé ;

3° Elle est d’étendue moyenne, variant entre celle d’une pièce de 50 centimes et de celle d’une pièce de 1 franc, étendue très différente de celle qui est la plus habituelle aux lésions croûteuses que réalise la syphilis secondaire ou tertiaire ;

4° Elle repose sur une base résistante, indurée. La constatation de ce caractère est de première importance. Toutefois, il peut manquer ou être peu marqué. C’est ainsi que LLoyp (obs. 20) trouve une induration faible, et JACQUET (obs. 54 une induration légère.

Malheureusement, le chancre du cuir chevelu ne se présente pas toujours sous l’un ou l’autre de ces aspects typiques : croûteux ou non croûteux. Si une infection secondaire survient, l’aspect, la forme, l’indolence, l’état

ganglionnaire en sont changés : le chancre devient aty-

pique. Ce dernier peut prendre un aspect inflammatoire et s’abcéder. Le cas le plus curieux, à ce point de vue, est celui de GRANGE (obs. 46) : Les deux chancres du cuir chevelu, occasionnés par une morsure, se sont abcédés : le fond est devenu muco-purulent ; les bords se sont œdématiés. Et dans l’une des ulcérations, on retrouva un

morceau de dent laissé par l’adversaire.

Adénopathie.

Comme partout aïlleurs, le chancre du cuir chevelu est accompagné d’une adénopathie qu’il est de toute importance de rechercher.

Les ganglions satellites sont ordinairement petits, indolents, mobiles, aphlegmasiques. Toutefois, ils peuvent devenir exceptionnellement gros : Tels sont les ganglions observés par NarDi (obs. 97) qui présentaient, l’un, le volume d’un œuf de pigeon, l’autre celui d’un œuf de poule.

Quelquefois, par leur volume et leur nombre, les ganglions formeront une masse supérieure à celle d’un œuf de pigeon (RiLLE, obs. 44), ou simuleront une maladie œdémateuse (N…., obs. 12). Mais ces cas sont exception-

nels.

Nous allons étudier la localisation de l’adénite suivant le siège de l’accident primaire. Nous ne nous occuperons que de l’adénopathie satellite, en passant sous silence l’adénopathie générale due à la syphilis, maladie géné-

rale.

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