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Le chant "authentique" du credo

L'analyse rythmique des chants syllabiques grégoriens, poussée jusqu'aux plus intimes détails dés rythmes élémentaires, est une opération délicate et difficile.

Souvent on nous demande quelles sont les règles qui nous guident dans l'emploi des différentes barres et, surtout, des appuis, touchements ou ictus rythmiques indiqués par les épisèmes. On reconnaît, en général, l'utilité des points signalant les retards de la voix (mora vocis), l'utilité même des épisèmes horizontaux qui, en marquant l'élargissement de certaines notes ou groupes, nuancent agréablement les mélodies; et, comme on sait que tous ces épisèmes sont empruntés aux manuscrits rythmiques de Saint-Gall, de Metz ou de Chartres, on leur fait grâce.

Mais les épisèmes verticaux dans les chants syllabiques sont-ils bien utiles? et puis, quel fondement ont-ils dans les manuscrits? Aucun, semble-t-il. Alors comment les justifier?

Bref, des doutes se sont élevés, des objections ont été formulées, des explications demandées ; il est bon d'y répondre au moyen d'un exemple concret, précis, détaillé, qui permette d'exposer franchement toutes les difficultés de ce genre de restitution, et aussi tous les moyens de les vaincre.

L'exemple choisi est le Credo I de l'édition vaticane. C'est avec intention que nous optons pour cette pièce : elle est syllabique, elle est longue, et présentera une multitude de faits littéraires et mélodiques variés, qui soulèveront chacun leur problème; elle est dépourvue de tout signe rythmique dans les manuscrits, ce qui nous abandonne à nos propres forces, et nous met dans l'obligation de faire appel à toutes les

(i) La présente Monographie est extraite d'une étude beaucoup plus développée, parue dans la Palêographi, Musicale, t, X. — Le travail de réduction est l'œuvre de Dom Joseph C.ajard.

ressources intrinsèques et extrinsèques à notre disposition pour en fixer le rythme (i).

Four que ce travail fût complet, deux sortes d'études seraient nécessaires : l'une, purement paléographique et, en quelque sorte, extrinsèque, qui consiste dans une comparaison minutieuse de tous les manuscrits : elle a pour terme l'établissement du texte mélodique ; l'autre, intrinsèque et artistique, qui complète la première et consiste dans l'analyse intime de la mélodie, de sa structure, de son rythme, apprécie la valeur esthétique de tous ces éléments et, enfin, aboutit à une restitution parfaite et vivante.

De ces deux études, la seconde se le trouvera place ici : l'art noble et simple qui préside à la composition du Credo "authentique", l'heureuse harmonie qui règne entre toutes ses parties et les fond dans une parfaite unité, suffisent à prouver la beauté et la grandeur de cette suave cantilène bien digne des graves paroles qu'elle doit faire valoir.

Malheureusement quelques taches déparent l'édition vaticane; plaise à Dieu qu'on les reconnaisse et qu'elles disparaissent!

Dans les premiers siècles de l'Eglise, le Credo ne servait qu'à l'initiation des catéchumènes. Le chant du symbole pendant l'offrande du Sacrifice remonte, pour l'Orient, au Ve siècle; mais il ne fut introduit en Occident qu'à la fin du VJe siècle (A. D. 589) pour les Eglises d'Espagne, et seulement à la fin du VIIIe et au IXe pour la Gaule et la Germanie. Rome ne l'adopta qu'en 1014.

Il est donc manifeste que la mélodie du Credo I Vatican, qui se trouve dans les manuscrits dès le Xe siècle, ne saurait être d'origine romaine ; elle n'est donc pas non plus, au sens strict, grégorienne. L'analyse mélodique que nous en ferons nous amènera néanmoins à conclure que le style musical en est nettement grégorien.

En voici le texte d'après l'édition vaticane.

Redo in unum De-um, Patrem omnipoténtem, factôrem caeli

Sï^:

et terrae vi-sibi-li- um ômni- um, et invi-sibi- li- um. Et in unum

( 1 ) Nous supposons nos lecteurs au courant des principes généraux de la rythmique solesmienne, dont la connaissance est absolument nécessaire pour l'intelligence des pages qui vont suivre. Nous renvoyons pour cela aux divers volumes de la Paléographie Musicale, au VIIe surtout, au Nombre Musical Grégorien, aux Préfaces de nos livres usuels, et aux Méthodes nombreuses qui ont paru durant les dernières années.

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