SONS FILES
Le summum de l'art mécanique.
Filer des sons, ce n'est pas un travail de la voix, cest le résultat du travail de la voix. C'est le privilège d'une voix travaillée.
C'est comme une pierre de touche : par un son parfaitement filé, le chanteur démontre qu'il est arrivé à la parfaite connaissance de son appareillement vocal, c'est-à-dire à l'iuipeccable coordination qui doit exister entre la poussée d'air formant le branle glottique et l'accommodation des parois.
Il est stupéfiant de penser que nombre de professeurs comptent les sons filés parmi les premiers exercices.
L'élève s'efforce à un mécanisme qui lui est encore étranger, sa voix n'étant pas suffisamment cultivée, et il tombe, le plus souvent, dans le défaut de serrer la gorge et de fermer la bouche, en diminuant le son.
Il faut avoir la volonté d'exécuter le mouvement inverse à celui vers lequel on est naturellement porté et de vaincre l'instinct.
Bien au contraire, plus le son diminue, plus doit s'ouvrir la gorge, plus « l'attitude » générale doit être moelleuse, plus la voix doit se porter « en tète «.
Pour ceux qui auront utilement travaillé les Sonorités nuancées et le Chant lié et soutenu, ils seront déjà familiarisés avec les sons iilés
Si celte étude est impossible aux jeunes élèves, il est le travail quotidien de tout artiste soucieux de la souplesse de sa voix et qui veut en rester maître.
Voilà quelques exercices choisis parmi les plus essentiels; ils suffisent pour étudier le mécanisme du chant.
Par cette es<[uisse, nous espérons avoir donné une claire application des
Li: CHAST rilKÀTHAL
règles précédemment prescrites. Peut-être aurons-nous aidé quelque peu les jeunes chanteurs.
N. B. — L'n cas particulier qui pourrait paraître une exception à cette règle, mais qui ne fait que la conlirmcr : Une jeune lille me fut eonliée, après un an d'études avec divers professeurs. KUe (ilail assez bien certains sons, tandis que sa voix était mal placée, quelque peu malmenée. Je remarquai tie suite que, dans les sons iilés, son mécanisme n'était pas le même que dans les autres exercices, et celui-là était le bon. Elle n'avait dès lors qu'à prendre les attitudes et à régler son souffle selon la manière où son instinct ou, mieux, la nécessité, l'avait poussée pour les sons lilés.
Du coup, cette chanteuse, dont par une trop violente soufflerie et un appui désordonné de la voix, on avait cru pouvoir faire un soprano dramatique — le cas est fréquent — devint un sopraao léger. Elle était sauvée.