MIT EH .M EU. I8Ô
Et L'onde qui sous lui se penche Comme la branche sous l'oiseau !
Que j'aime entendre le murmure Qu'exhale sa poitrine obscure.
Comme on entend, sous la verdure.
Couler l'harmonieux ruisseau!
Le flot, comme un amant tidèle Qui suit l'objet de ses amours, S'attache aux JDas de la nacelle.
11 lui dit : o Ralentis ton cours!
Laisse-moi, coquette inhumaine, Arrondir, sur ton sein d'ébène, L'écume qu'à tes pieds je traîne. .
Et la nacelle fuit toujours !
Voici qu'une brise plaintive Vient bercer les Ilots assoupis :
Chacun deux brille sur la rive Comme un oiseau de paradis ; Car l'astre de la nuit se levé Joyeux, comme après un doux rêve.
Et sa lumière, sur la grève.
Blanchit les cailloux arrondis.
I8ti M IT K\ >I!.B.
Je chéris ta clarté modeste, Douce lune au front virginal, Ojii pends, sous le plafond céleste.
Comme une lampe de cristal. Sur la mer belle, mais perfide, La nuit, ta lumière nous guide, El tu ne fuis, vierge timide, Qu'au premier rayon matinal.
Étoiles d'or qui dans nos glyphes Mirez vos radieux essaims, Ètes-vous des hiéroglyphes Dessinés par les doigt- divins?
Et sous cette voûte éternelle, Ou votre regard étincelle, Votre troupe garderait-elle Le grand secret de nos destins?
El toi. falaise colossale, Combien de fois, rompant leur frein.
Les flots, chassés par la rafale.
Sillonnèrent ton front d airain'.' Maintenant la nier te car» —
NUIT EN MEB. 187
Comme une amoureuse maîtresse, Et dans son sein elle te presse Comme un trésor dans un écrin.
Poissons aux lèvres purpurines , Que je vois doucement nager A travers les algues marines, Fuyez, vos jours sont en danger :
L'ombre d'un pêcheur se projette Sur votre limpide retraite; Autour du filet qu'il y jette, Gardez-vous bien de voltiger!...
Berçons-nous ! la vague est si douce Qu'elle ne peut même pencher Les cheveux de la verte mousse Qui couronne chaque rocher.
Laissons notre rame légère S'endormir dans sa couche amère ; Avant le jour, près de la terre, Le flot saura nous rapprocher.
Ta tendresse m'emparadise,
188 H OIT KH UEB.
Ma Vierge '. et tes chansons d'amour Sont suaves comme la brise Sur les vagues qu'elle parcourt.
Puisque le ciel est sans nuage, Que la mer luit comme un mirage.
Sur Tonde calme de la plage Je veux te bercer jusqu'au jour.
A UN ENFANT ENDORMI Al BORD DE LA MER.
Pauvre enfant ! comme if dort, paisible, au bruit des mers'.
Ses yeux n'ont point encor versé des pleurs amers.
A d'innocents plaisirs chaque heure le convie;
Il boit avec amour te nectar de la vie
Que l'ange de l'enfance a parfumé de miel,
Mais que le temps, hélas ! mélangera de fiel !
Il dort, le petit ange! et chaque lame expire
En baisant »es pieds nus, et la mer lui soupire
Une de ses chansons au vague et doux accord,
Qu'une mère soupire à l'enfant qu'elle endort.
Oh! ne l'éveillons pas ; peut-être cette grève Parfume son sommeil de quelque divin rêve,
190 A l\ ENFAHT FM D OU Ml AL BOKD DELA MEB,
Qu'apporta, pour lui seul, le zéphyr levantin.'
Laissons-lui savourer ce repos enfantin
Que nous regrettons tant lorsque les ans arrivent,
Et dont les noirs soucis et les douleurs nous privent.
Tandis que l'Océan roule, majestueux,
Autour de cet enfant, ses flots tumultueux,
Lui, sur le sable fin posant sa blonde tète,
Ne nous ofï're-t-il pa» l'image du poète
Qui, fermant son oreille à tous les bruits humains,
S endort avec amour dans ses songes divin-".'
A VLNCARD.