VINÇARD
Comme des flots d'encens s'épancher du ciel bleu.
0 mon frère ! le jour où de ta poésie
Ton hommage me fit respirer L'ambroisie,
Un de ces jours Heureux sur mon front resplendit ;
Et lorsqu'à mes regards, l'ombre, où la nuit nous plonge,
Déroba le couchant, un magnifique songe
A me lancer au ciel tout à coup m'enhardit.
Frère, écoute ! au-dessus des célestes coupoles
Dont le temple est le monde, et les piliers les pôle-.
Où du char du soleil on voit voler l'essieu,
Où les étoiles d'or naissent par myriades.
Je trouvai, réunis en sublimes pléiades.
Tous les bardes du peuple à genoux près de Dieu !
La parole du Christ allait se faire entendre. Et. pour la recueillir, vous sembliez m'attendre. Je reçus de vous tous le baiser fraternel, Et, disciples nouveaux, frère, nous nous assîmes Sur un autre Thabor aux radieuses cimes Qui couronnent de Dieu le royaume éternel.
Le Christ nous apparut en vêtements de rïamme:
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Son rayonnant visage avait des traits de femme Comme l'Évangéliste à Pathmos exilé :
Le corps tout entouré d'une éclatante nue. Il parla! mais sa voix nous était bien connue. Car ce Christ, sur la terre, avait déjà par!'1.
« L'humanité souffrante en un Messie espère. o Nous dit-il, et dans elle un grand travail s'opère! " Je serai ce Messie, enfants; et vous serez a De ma nouvelle foi les apôtres sacrés ! « Poètes ! allez dire aux nations altières « De fondre leurs canons, de rayer leurs frontières! « Dites-leur que Thonneur par le sang est terni ! « Dites aux oppresseurs que leur règne est fini ! « Allez ! la délivrance est enfin arrivée: « Brisez dans vos bras forts toute chaîne rivée. « Prêchez la liberté, proclamez les vertu-. « Relevez les fronts purs par l'orage abattus : u Dites bien aux tyrans que mon heure est venue. « Que la voix de leur peuple au ciel est parvenue : u Qu'afin de dissiper leurs projets ténébreux a Le fer de leurs soldats se tournera contre eux, « Et qu'ils ne trouveront dans leurs femmes flétries Qu'un sein stérilisé, des mamelles taries.
194 A YINÇAUI).
Penchez sur ce parvis vos fronts et vos genoux. « Car l'esprit du Très-Haut va descendre sur non-,
FA nous envelopper de l'égide qui pare « Tous les traits que l'erreur dans l'ombre nous prépare
Car, pour nous soutenir dans nos rudes combats ,' « L'Éternel fortifie et nos reins et nos bras.
« Amour', fraternité ! c'est la bannière sainte
a Dont la terre par vous doit bientôt être ceinte.
« Car l'homme, l'homme seul a de son cœur pervers
« Proscrit l'immense amour qui régit l'univers;
< Car dans l'œuvre de Dieu tout s'aime, tout se lie :
« Le flot de l'Océan sur le flot se replie,
« Le palmier colossal ne croit dans les déserts
Qu'afin de contempler ses frères dans les airs. a Des plaines et des monts les échos se répondent. a Les cieux et l'Océan aux horizons se fondent : « Et les brûlants soleils qui nous versent le jour « Sont régis dans l'éther par l'ordre et par l'amour.
« Allez! qu'à cette tâche aucun ne se refuse; o Car l'inspiration dans vos tètes s'infuse. « Allez vous présenter, l'Évangile à la main ! ( Semez, semez partout la lumière en chemin !
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a QueNinive s!amende, et qu'un jour l'àme humaine « De toutes mes vertus soil le divin domaine. »
Et le Christ, franchissant l'immensité des ci eux, Dans son nuage d'or disparut a nos yeus '.
Et des langues de feu sur nos fronts s'étendirent! Les échos solennels soudain nous entendirent Répéter tous en chœur : « Amour, fraternité. Nous quittâmes du ciel les flamboyantes cimes, Et dans nos fortes mains ensemble nous saisîmes La harpe de l'humanité !
0 mon frère ! au "réveil elle nous est restée . La harpe que les vents du ciel ont agitée : Faisons-la résonner partout ou luit le jour, Et qu'aux accords divins exhalés de ses cordes, Nous puissions tous enfin vivre, exempts de discordes, Dans l'harmonie et dans l'amour !