SCÈNE VI
Marguerite, vivement.
Chapeau gris?
LOUISE
Mais un regard avait suffi pour me rendre à jamais maîtresse de son cœur.
MARGUERITE
Comme moi, avec M. d'Erigny.
LOUISE
Et depuis ce jour, tous les soirs, malgré ma défense...
MARGUERITE
Il revint au même rendez-vous ? Oh ! que c'est bien !
Hélas !... momens trop vite passés ! bientôt je quittai le couvent.
MARGUERITE
Comme vous dites cela! il me semble que, pour vous, ce n'était pas un malheur!
LOUISE
Ma parente venait de mourir... en me laissant toute sa fortune.
MARGUERITE
Mais alors, rien ne s'opposait plus à votre union avec. . .
LOUISE
Au contraire ! nous étions séparés plus que jamais !
MARGUERITE
Ah ! mon Dieu !... et comment donc?
LOUISE
Je n'étais héritière qu'à la condition de ne jamais me marier.
MARGUERITE
Est-il possible!
LOUISE
Ma vieille parente avait eu, dit-on, beaucoup à se plaindre des hommes.
En vérité?
LOUISE
Et il fallait partager son antipathie... ou voir passer l'héritage à une étrangère, une demoiselle Gandolphe, son amie.
MARGUERITE
Quelle idée de forcer ainsi les gens à une chose si peu naturelle.
LOUISE
Que veux-tu ? je commençais à en prendre mon parti, loin de Champagnac, c'était moins difficile. Quand il y a un mois... au détour du petit chalet, un homme tomhe à mes pieds. C'était lui, qui avait mis trois ans pour me trouver, et qui n'avait rien perdu de son amour.
MARGUERITE
Quelle joie pour vous!
LOUISE
Après bien des difficultés... bien des combats,|je consentis à le recevoir... chez moi... en secret.
MARGUERITE
Ah! grand Dieu... et l'héritage.,.
LOUISE
Mais pour mettre entre nous unobstacleinvincible... pour me donner la force de lui résister, de me résister à moi-même, j'imaginai la fable d'un mariage, d'un époux brutal , libertin , que sais-je ? parti aux îles et pouvant revenir à tout moment.
MARGUERITE
Oh! comme c'est bien inventé ! Et M. de Champagnac ne s'est pas éloigné ?
LOUISE
Au contraire, il s'est installé dans cette ville, et il est