‹ Le chaperon, comédie-vaudeville en un acteChapitre 17 sur 22 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

]y|me £)£ TRENEUIL , DE PRESLE.

De Presle a suivi Anténor et Delphine, et au moment d* entrer dans le salon , il s'arrête, et s' inclinant , il dit d mad. de Treneuil.

DE PRESLE

Vous me permettrez, madame, de les suivre... dans mon intérêt...

M™^ DE TRENEUIL.

Un mot , de grâce , monsieur.

DE PRESLE , d part , et revenant.

On ne me renvoie plus... on me retient.

ftl'ïie jj£ TRENEUIL.

J'ai une explication à vous dcmauder sur

votre conduite , qui d'un bout à Fautre me paraît une énigme inexplicable.

DE PRESLE , froidement.

Rien de plus simple, madame. . . Repoussé par vous... je me suis adressé à votre sœur. Je lui ai fait la cour , et je suis décidé à l'épouser.

m'"^ de treneuil.

A Tépouser !.., Et si je l'instruis des aveux que vous m'avez faits aujourd'hui même?...

DE PRESLE

Vous le pouvez, madame... cette menace m'alarme peu... Si j'ai su prendre quelque ascendant sur elle vous ne le détruiriez pas

par -là On se lie à ceux qu'on aime

on n'a pas de peine à s'en croire véritablement aimé... et alors {avec expression. ) on ne leur oppose plus une longue résistance.

jyjme j^g TRENEUIL.

Eh quoi I.,. lirer avantage de la crédulité d'une jeune fille.

f)0 I-i: CHAPERON ,

DE PRES LE

El à ([ui la faute , si ce n'est à vous qui m j forcez?

jyime £)E TRENEUIL.

Ah! vous en convenez Vous Tavcz

trompée.

DE PRESLE

Madame...

m""^ de trejneuil.

Et puis-je savoir par quelle magie , quel pouvoir merveilleux vous avez acquis ce prompt ascendant dont vous êtes si fier?

DE PRESLE

TJne magie toute simple... Taccent de la vérité.

jyjroe j^p TUENEUIL.

De la vérité ?

DE PRESLE

Oui, madame , en suppliant votre sœur-, comme votre image est toujours présente à ma pensée , je me suis involontairement fi-

guré que c'était à vous que je m'adressais ; et une fois que j'ai eu fait ce premier effort d'imagination , le reste m'a été facile. J'ai mis tant de feu dans l'expression de mes sentimens , je lui ai peint avec des couleurs si vives le désespoir qui m'attendait , s'il fallait

vivre loin de vous je veux dire, loin

d'elle que cette jeune personne n'a pas

pu s'empêcher d'être attendrie, en se voyant aimée à ce point-là.

DE TRENEUIL.

Aimée... à merveille, monsieur; par ce récit vous essayez encore de me faire croire à une passion impérieuse, irrésistible... cela

est bon pour ma sœur mais pour moi ,

je n'ignore pas que cette prétendue pasçion vous laisse quelques intervalles de loisir... Car... j'hésitais à vous en reparler... attendu que, quant à moi , je vous le répète , rien ne m'est plus indifférent. . . Mais enfin, une intrigue amoureuse...., un duel l'autre semaine.., {De Preste, sans lui répondre , tire

g2 LE CHAPERON ,

un bouquet fanné de son sein, et Vy replace aussitôt.) Que vois-je!... Ah! de Presle ! . . . {Elle se cache la tête dans les mains. ) Il C observe. — Un silence. ( Elle reprend avec beaucoup d^émotion. ) Quoi ! c'est pour ravoir ce bouquet dont un fat s'était emparé , que vous avez exposé vos jours?

Air : Simple soldat.

Quelle folie!... ô cielî... si j'avais su... Mais j'en vois une encor bien plus à craindre Dans le projet que vous avez conçu, Par un dépit que le tems peut éteindre.,. Vous de ma sœur vouloir être l'e'poux ! C'est aux regrets vouer votre existence ; Et maintenant ce n'est plus par courroux , Que je persiste à parler contre vous , Monsieur , c'est par reconnaissance.

DE PRESLE

Vous êtes bien bonne , madame , de vous

intéresser à mon sort ce n'est pas votre

habitude.

jy^me J3JJ TRENEUIL.

Eh! monsieur si ce n'est pas pour

COMÉDIE-VAUDEVILLE. qS

VOUS.., c'est pour le bonheur de Delphine , auquel vous ne pensez pas.

DE PRESLE

Eh mais! je vous ferai le même reproche , et avec plus juste raison ; car c'est vous que cela regarde plus que moi. Comme

sa tutrice, vous êtes responsable et son

malheur... puisque c'en est un de m' appartenir, vous ne devez l'attribuer qu'à vous seule... à vous qui, d'un mot, pouviez l'empêcher.

m"" de, treneuil.

Moi!... et comment?

DE PRESLE

En vous dévouant pour elle.

jyjme jjj. TRENEUIL.

Monsieur...

DE PRESLE

Je sais ce qu'un tel parti a de pénible

pour vous mais sans cela, où serait le

mérite , où serait le sacrifice?... Je vous l'ai dit, madame, ou votre mari, ou voire beau

C)4 TJE CHAPERON ,

frère, ou le malheur de voire sœur , ou le vôtre ; choisissez.

m"**' de treneuil.

Ni l'un , ni l'autre ; car ma sœur ne peut se marier sans mon consentement... et je le refuse.

DE PRESLE

Contraindre son penchant !

j^me pj. TREIVEUIL.

J'aime mieux sa douleur aujourd'hui que ses reproches plus tard... Et comme sœur, comme tutrice • je ^obligerai bien à m'obéir.

DE PRESLE

De la tyrannie!... Gela porte malheur, madame... et dès que vous sortez de l'ordre légal , dès que vous tombez dans le despotisme... je sais les moyens qui me restent , et j'y aurai recours.

( IL salue et sort, )

COMEniE-VAUDEVÏLLE. QO

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