DELPHINE ET M"^ DE TRENEUIL
Est-il possible!
ANTÉNOR , s'élolgnaiit de de Preste.
Quelle trahison !
DELPHINE
Et c'est M. Anténor qui nous le présente î voilà par exemple, une confiance...
ANTÉNOR
Du tout, mademoiselle.
DE PRESLE
Je m'attendais bien à l'accueil peu favorable que je reçois.
DELPHINE
Vous auriez tort, monsieur, d'interpréter en mauvaise part la surprise que me cause votre recherche, trop honorable, du reste , pour qu'on puisse s'en formaliser.
ANTÉNOR
Encore un qu'on admet... et être trompé ainsi par un ami de collège.
DE PRESLE
Écoule donc... on est rivaux en amour... et cela n'empêche pas l'amitié.
(7/ lui tend la main» )
ANTÉlVOn.
Laissez-moi, je ne veux plus rien de vous, et je ne croirai plus désormais à l'amitié des hommes... {Regardant mad. de Treneuil.) Je ne croirai qu'à celle des femmes.
(Il remonte vers le haut du théâtre.) m"*^ de TREiNEUiL , passant entre Delphine et de Près le *.
Si quelqu'un ici a le droit de s'étonner * De Prcijlc', M^"*clc Trcnuiiil , Antenor, Dclpliinu.
'ÏLLE DE BRUXELLES - STAn RRUS Arclùves - Arciiief
48 Lr: CHAPERON,
d'une pareille démarche , il me semble , monsieur que c'est moi.
DE PRESLE
Dutoul , madame , car c'est vous qui en êtes cause . . ce sont vos avis , vos conseil;? qui m'y ont déterminé.
ANTÉNOR , venant entre macL de Treneuii et ( A mad. de Treneuii. ) Et vous aussi, madame , vous qui sembliez me porter quelque intérêt.
DE PRESLE , à mad» de Treneuii, J'ai écouté la voix de la raison... la vôtre, madame.
ATNTÉNOR, à Delphine.
Et c'est par raison qu'il vous aime?
DE PRESLE
Oui, mon ami, une raison impérieuse.
M™^ DE TREINEUIL.
La seconde fois que vous voyez ma sœur.
DE PRESLE , galamment.
Eh mais ! une seule aurait suffi.
M™* DR TRENEUIL.
Mais songez donc, monsieur...
DE PRESLE
Que vous laissez, m'a-t-on dit, la concurrence libre à tout le monde, et que j'aurais lieu ^ madame, de vous supposer {eu appuyaiît,) des raisons toutes personnelles, si vous m'accordiez le privilège de l'exclusion.
M°** DE TRENEUIL , à part.
C'est-à-dire, qu'il va me croire jalouse. (Haut.) Je ne dis plus rien, monsieur.... que ma sœur prononce... mais qu'elle prononce sur-le-champ.
Ce n'est ni juste, ni raisonnable... je n'ai pas , ( regardant Anténor ) comme bien des gens un méritq /évident , et qui saute anv yeux... le mien . si toutefois j'en ai , est difficile à découvrir... il lui faut le lemsde se faire connaître... et il faut au moins que mademoiselle me permette comme les aulrcs de Wii faire ma cour.
5o LE CHAPERON ,
DELPHINE , passant auprès de sa sœur *. Il me semble , m«i sœur, qu'on ne peut pas empêcher...
AIN TÉNOR
Eh bien! qu'il se dépêche, et que cela jBnisse.
DE PRESLE , froidement*
Je commencerai dès que mon rival ne sera plus là... on ce peut pas exiger que je fasse ma déclaration devant témoin.
DELPHINE
C'est juste.
j^me pj. TRENEUIL.
G*est-à-dire, que nous sommes de trop, DE PRESLE , ta retenant.
Non, madame, je connais trop les convenances... votre présence est de droit, et de rigueur... vous êtes la tutrice , le chaperon de mademoiselle; et à ce titre, vous ne pouvez pas faire autrement que d'écouter ma déclaration d'amour.
* DePresle, M"^« de Treneuil, Delphine, Ante'nor.
COMÉDIE-VAUDEVILI.E . 5 1
ANTÉNOR , à mad. de Treneiiil qui fait un geste d'impatience.
Oui, madame... j'aime mieux que vous soyez là... Je serai plus tranquille... et puisqu'il faut que je m'en aille...
DE PRESLE
Sans rancune , mon ami Anténor.
AINTÉNOR.
Sî , monsieur; car moi , je ne suis pas comme vous... je ne vous prends pas eu traître; et je vous déclare que si je peux trouver quelque bon moyen de vous nuire.
DE PRESLE
C'est toujours comme cela entre amis.
ANTEis'OB , hésitant à s'en aller.
Sans adieu , madame , et vous , mademoiselle , je me recommande à vous... il va vous parler mieux que moi.
Air : Ses yeux disaient tout le contraire. Je sais qu'il est plus éloquent , Il sait mieux plaire et mieux séduire;
Il a plus d'esprit , de talent.
DE PBESLE , â part et riant.
Si c'est ainsi qn'il croit me nniro,
AÏS TÉNOR.
11 va, comme futur mari, Vanter son amour , sa constance ; Mais tout ce qu'il va dire ici , Songez que c'est moi qui le pense.
(A de Preste, avec fierté, en sortant,) Adieu, monsieur.
(IL entre chez tnad, de Trencuil,)