‹ Le chapitre de la toilette comedie en un acteChapitre 4 sur 31 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

CHAPIZOT lui fait signe de s’asseoir. Goatran prend une chaise à gauche, après avoir posé son chapeau.

Parle... mon cœur t’csl ouvert.

GONTKAN.

Eli bien ! mon petit oncle, vous savez qu’il est question de mon prochain mariage avec la fille d’un de vos amis intimes, M. Bonachon?..

CHAPIZOT.

Je le sais, mais je ne veux pas le savoir... j’approuve cette union, mais je ne veux pas l’encourager... Telle est parfois la bizarrerie des oncles... Tu n’as rien, tu le sais?

CONTRAN.

J’ai une place de trois mille francs, et j’avais espéré qu’en faveur de ce mariage...

CHAPIZOT.

Contran, je crains de te deviner... Jusqu’ici, tu ne m’as rien demandé, et je t’en remercie; mais si tu es venu avec la coupable intention do me soutirer une dot. 11 en est encore temps : epargne-moi la douleur de te refuser...

CONTRAN.

Alors, ce mariage?

CHAPIZOT.

Comblerait tous mes vœux, je te le répète; mais par le temps de crinoline qui court, par ce temps d’épidémie sur les vers à soie, ce que tu as de mieux à faire, c’est de rester garçon.

CONTRAN, se levant et replaçant la chaise.

Ah ! mon oncle, j’en mourrai !

CHAPIZOT.

C’est une erreur... Je ne me suis marié qu’à l’àge de cinquante-deux ans, et j’ai vécu jusque-là... sans interruption.

CONTRAN.

Oui, mais vous avez fini par vous marierl..

CHAPIZOT, en passant k.gauche”.

C’est vrai, j’ai fini par là... Pourquoi? parce que j’ai rencontré une femme...

CONTRAN.

Qui a toutes les qualités... je rends justice à ma tante...

CHAPIZOT.

Toutes, Contran: mangeant peu, ne buvant que de Teau, ne prenant du café au lait que le dimanche... Lydie a tontes les vertus!... (confidentiellement.) Eh bien! que ccci te profite... si ce mariage était à refaire, j’hesiterais peut-être...

CONTRAN.

Vous hésiteriez?

CHAPIZOT.

Oui, Contran... car aujourd’hui, une épouse est un luxe,

qu’il n'est pas permis à tout le monde do se donner... et que ie ne me donnerais pas, si je ne m’étais marié avant la hausse ue la soie...

CONTRAN.

Ainsi vous refusez de faire mon bonheur?

CIIAPIZOT.

Je refuse, et ce qui m’étonne, c'est que Bonachon consente à te donner sa fille.

CONTRAN.

M. Bonachon ne sait rien encore de mon amour.

CHAPIZOT.

Ah! tes affaires sont aussi avancées que cela?..

CONTRAN, cmilinuuit.

Mais madame Bonachon l’encourage.

CHAPIZOT.

Bravo! Je la reconnais bien là : une vraie tète de linotte !

CONTRAN.

Dites la meilleure des femmes! Elle parlera à M. Bonachon en ma faveur...

BONACHON, dans la coulisse.

Chapizot est chez lui?

CHAPIZOT.

Il est bien plus simple de lui parler toi-môme... je l’entends.

CONTRAN.

Je me sauve, adieu, oncle trop généreux ! (il sorti gauche en prenant son chapeau *.) ,

CHAPIZOT, seul.

On dirait qu’il y met une pointe d’ironie (Auec indlgnaiiori.)

l’ingrat! mais le cœur des neveux est ainsi fait.

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