‹ Le chapitre de la toilette comedie en un acteChapitre 6 sur 31 · SCÈNE lit · texte numérisé non relu

SCÈNE lit

Mais assieds-toi donc... Tiens, mets tes pieds sur ce tabouret... es-tu bien? Voyons, offre moi une prise de tabac, et causons*...

BONACHON.

Excellent ami 1 cœur dévoué!

CHAPIZOT.

Voilà trente ans que nous sommes arrivés ensemble dans la grande ville, où tu occupes un emploi supérieur dans l’administration... (b machon éternue.) dpS tabacs... (Bouachon éternae encore.) ce qui ne t’empèche pas d’ètre enrhumé...

BONACHON.

El toi, dans l’administration de la guerre, en qualité de fournisseur des vivres viandes de l'armée où tu as fait for-

tune.. ..

CHAPIZOT.

Grâce à toi, qui m’as fourni les premiers fonds pour acheter mes premiers bœufs... aussi, je n’oublierai jamais... mais tu es heureux et ça me dispensera...., (se reprenant.) c'est-à-dire ça me privera du plaisir de t’obliger!

BONACHON.

Oui, j’ai une assez jolie position... et tout allait bien, (soupirant.) jusqu’à l’invasion de la crinoline !..

CHAPIZOT, à part.

Est-ce qu’il serait aussi victime de ce fléau?

BONACHON.

Malheureusement j’ai une femme qui n’a jamais connu le prix d’une étoffe, d’un ruban ou d’un chapeau... et, ce matin, en faisant mes comptes, je me suis aperçu avec effroi que, grâce à ses folles dépenses, mon budjet li’était plus en équilibre...

CHAPIZOT.

Diable!... c’est grave!... et tu as pris sans doute un parti violent?..

BONACHON.

Eh bien! non, mon ami, je suis honteux de te l’avouer j je n’ai même pas osé en parler à ma femme...

CHAPIZOT, à p»rt.

Quelle pohle mouillée !

BONACHON.

Ça l’aurait contrariée... ça lui aurait fait de la peine... et ce serait la première fuis depuis vingt ans..... Et puis, je t’avoue encore ma faiblesse, en la voyant si beÜë tet Si biën parée, ça méfait plaisir, ça me flatte... catje ne voudrais pas qu’elle tînt, sur le boulevard, moins de place que les autres femmes de l’administration... on a son petit amour-proore...

CHAPIZOT, se levaot, passant à ilroite **.

C’esl différent... i9l tü approuves ses prodigalités... si tu tiens à te ruiner!

LE CIIAVITIIE DK l.A TOILETTE.

I!ÜN\CI|I>N.

Mais non, mon ami!.... et cVst précisément pour cela que je viens te consulter...

CIIAPIZOT.

Moi!..

BONACHON.

Oui, j'avais envie de m'adresser à ta femme, qui est encore plus élégante que la mienne... et qui, cependant, m’as-tu dit, ne dépense presque rien pour sa toilette...

CHAPIZOT, natié.

Excellente idée!

BONACUON, continuant.

Je voulais la prier de donner quelques bons conseils à Germaine...

CHAPIZOT.

Tu as raison Lydie est une femme complète, sous le rapport économique elle a surtout un talent tout particulier

pour réaliser des bons marchés fabuleux.

eONACUON.

Vraiment ?

CHAPIZOT.

Tiens, pour t’en donner une idée il y a trois mois, elle

avait envie d’un cacbemirc carré, de l'Inde...

BONACBON.

Elles ont toujours de ces envies-Ià.

J’hésitais à faire cette dépense que dis-je ? je n’hésitais

pas... il s’agissait de onze cents francs, et, dans ces cas-là, je n’hésite jamais, je refuse !.. Eh bien ! mon ami, elle a trouvé le moyen d’en acheter un, tout pareil, mais d’occasion, pour cent francs!

BONACHON.

Pour cent francs !

CHAPIZOT.

C’est fabuleux! pourcent francs! que j’ai eu la générosité de lui avancer sur la pension de trois cents francs que je lui fais.

BONACHON.

Par mois ?

CHAPIZOT.

Par an!., payables par douzièmes.

BONACHON.

Celte somme ne suffirait pas à ma femme pour acheter une robe de bal!

CHAPIZOT, cODtinuant.

A la tienne, c'est possible... Mais Lydie connaît une foule de

rubriques qui m’étonnent moi-même Elle fourre un ruban

par-ci, un ruban par-là, c’est toujours la même robe, il n’y a que les rubans qui changent... cette robe est tantôt bleue, tan-

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