SCÈNE IV
Les mêmes, LYDIE, puis MARIETTE.
LYDIE, entrant.
Bonjour, mon petit chat chat*.
CHAPIZOT, bas à Bonachon.
C’est une abréviation de Chapizot... quelquefois aussi elle m’appelle Agénor.
BONACHON, saluant Lydie.
Madame...
* LYDIE, à Bonachon.
Ohl pardon, mon mari est si gros, qu’il m’empêchait de vous voir.
CHAPIZOT, de même.
Est-elle gentille ! (Haut.) Nous disions un mal affreux de toi... nous te déchirions à belles dents.
LYDIE
Ah! monsieur Chapizot, voilà une prétention!..
CHAPIZOT, de même.
E^e goguenarde, mais elle m’adore.
BONACHON.
Vous avez, Madame, une délicieuse robe de soie.
CHAPIZOT.
Tiens, c’est vrai, je ne te la connaissais pas.
LYDIE
Ohl monsieur Bonachon ! une robe du malin ! un fond de magasin, une horreur! qui m’a coûté trente-deux sous le mètre I (Allant à droite**.)
CBAPIZOT, à Bonachon et le faisant descendre à (aucbe.
Dix mètres à trente-deux sous... compte... ça ne fait que seize francs...
BONACHON, regardant Lydie.
C’est merveilleux... J’ai payé la pareille cent soixante francs chez Jodon.
CHAPIZOT.
Un zéro de plus... mais un zéro mal placé, (u rit.)
BONACHON, à Lydie.
AhI Madame, le joli bracelet I
LYDIE
Devinez ce qu’il m’a coûté ?
BONACHON.
Deux cent-cinquante francs au moins t
LYDIE
Vingt-cinq francs, chez Bourguignon... (Eiierit.)
Un zéro de moins, un zéro déplacé.
BONACHON.
C’est à s’y méprendre.
CHAPIZOT, passant, à Lydie
Figure-toi que je racontais à Bonachon l’histoire de ton cachemire carré... Les bras lui en sont tombés... Tiens, regarde, il n’a pas pu les relever.
BONACHON.
Le fait est que je vous contemple avec admiration...
LYDIE
On fait ce qu’on peut.
CHAPIZOT.
Voyons, Lydie, ne rougis pas ainsi... rcnds-nous plutôt un petit service. (On entend sonner.)
LYDIE, inquiète.
On sonne.
CHAPIZOT.
Je vais ouvrir.
LYDIE, vivement.
C’est inutile, Mariette doit être là.
CHAPIZOT, appelant.
Mariette! Mari!.. ’•
MARIETTE, l'inlcrrompant **.
C’est quelqu'un qui s’est trompé, et qui demandait M. Desmarets,le voisin du troisième.
CHAPIZOT, à Bonachon.
C’est assommant, c’est toujours la même chose !... .
MARIETTE, bas à Lydie.
C’est la marchande de dentelles, qui vient encore pour...
SCÈNK IV. H
LYDIE; de rnèrne.
Tais-toi ..
MARIETTE, de mime.
Je lui ai dit que vous étiez sortie...
LYDIE, de mime.
Très-bien! (Od entend Boiinerde nduveau.)
CHAPIZOT.
Encore !
LYDIE, TivbitieDt.
Allez voir, Mariette. (Mariette sort.) Nous disions donc que je pouvais vous rendre un service, monsieur Chapizot?..
BOSACHON.
Pas à lui, qu'aurait-il à désirer?., il vous a! Mais à moi. Madame, qui n’ai pas le bonheur d'avoir une femme aussi complète...
CHAPIZOT.
Sous le rapport économique...
LYDIE, à Qenacboo. ..
Que puis-je faire pour vous. Monsieur ?
BONACHON *.
Vous pourriez, Madame...
MARIETTE, rentrant**.
C’est encore pour M. Desmaipcts, lè voisin du troisième,
CilAPIZÔT.
Ah! c’e.st trop fort! (n écrit.) Je vais mettre cet écriteau sur la porte... (mit.) « Ce n’est pas ici chez M. Desmarets. » Et, si cet avis ne suffit pas, je mettrai des piégeS Süi' mon carré, (ii sort un instant.)
MARIETTE, basa Lydie***.
C’est ce jeune homme, vous savez?
LYDIE, de même.
L’as-tu congédié?
MARIETTE, de même.
Impossible! il veut absolument vous parler.
LYDIE, de même.
O ciel !
MARIETTE, de même.
Je l'ai enfermé dans le boudoir, tâchez de les éloigner.
CHAPIZOT, rentrant*'**.
J’espère maintenant qu’on nous laissera causer tranquillement.
BONACHON.
Le fait est que ce M. Desmarets est un voisin bien désagréable.
*HHHt M. B. L. C.
LYDIE, à Booachoii.
Vous disiez donc que je pourrais?. ..
BONACHON.
Donner quelques bous avis à Germaine...
CHAPIZOT.
Lui enseigner la manière d’acheter au rabais, au grand rabais...
LYDIE, avec embarras *,
Avec plaisir... Je verrai votre femme... je lui parlerai. Et, tenez... j’y vais tout de suite.
BONACHON.
Que vous êtes bonne!
LYDIE, en passant.
Mariette, mon chapeau . (a Bonachon.) Vous m’accompagnerez?
BONACHON.
Oh! je n’aurai jamais ce courage-là, Madame... et, si vous le permettez, je reviendrai ici, pour savoir le résultat de votre démarche. (Mariette rentre vivement avec le chapeau de Lydie.)
CHAPIZOT.
Bonachon a raison... Tiens, nous t’attendrons dans ton petit
boudoir. (Mouvement de Lydie.)
MARIETTE, vivement
Justement, vous y trouverez quelqu’un qui vous attend aussi.
LYDIE, à part.
Que dit-elle ! (sUe met son chapeau.)
MARIETTE, continuant.
Le locataire de la maison dont vous êtes le propriétaire, rue de Saint-Martin.
CHAPIZOT, se précipitant sur la porte.
Celui qui me doit trois termes?..
MARIETTE, l’arrêtant.
Mais non. Monsieur, vous savez bien, celui qui vous demande toujours des réparations.
CHAPIZOT.
Des réparations! j’aime mieux m’esquiver.
LYDIE, revenant à Chapizot ***.
Allons, mon petit chat chat, offrez-moi votre bras, jusqu'à la porte de M. Bonachon.
CHAPIZOT.
De grand cœur, je suis toujours fier de sortir avec toi, Lydie.
LYDIE
Et moi, toujours heureuse de m’appuyer sur ton bras, Agénor! (Basé Mariette.) Congédie ce jeune homme.