SCENE VI
DENISART, JADELOT.
JADELOT. Ah (a ! maintenant , causons à notre aise... Hier, je n’ai pu te voir qu’un instant... j’étais si affairé...
DENISART. Où est doncM"* Jadelot?...
JADELOT. Je l’ai laissée au salon avec sa tante!... respectable dame , quim’a été fort utile ; hier, toute la journée , elle a eu la complaisance de se charger de ma fiUe.
DENISART. Le fait est, qu’une demoiselle... c’est quelquefois assez embarrassant pour un père...
JADELOT. J’en conviens!... mais, dismoi... as-tu bien recommandé le secretl M*' Launoy ?...
DENISART. Oui! oui... c’est convenu...
tu te nommes ici Champigny pour tout le monde, excepté pour moi et ma bellesoeur... tu l’as voulu ainsi... et je trouve tes raisons assez spécieuses...
JADELOT. Excellentes, mon ami !... de cette manière, je ne suis qu’un fondé de pouvoirs... non responsable... je puis prendre des renseigneniens sans me compromettre ni toi non plus...
DE.NiSART. Tu tiens donc toujours au chapitre des informations?...
JADELOT. Sans contredit!... dans une circonstance aussi grave, aussi importante , quand je vais livrer à un autre l’avenir et Ib bonheur d’un enfant chéri.
DENISART. Tiès-bien , mon ami... beau mouvement!... tu es le type des pères de faïuille. ..
JADELOT. Tu ris! mais c’est fort délicat... tu m’as demandé la main de ma fille... |K}iir M. Prosper, et j’ai la plus grande confiance en toi... mais ta lettre, qui est d’ailleuisfort drôle, fort amusante, ne m’a donné aucun détail sur ce jeune homme. ..
DENISART. C’est que , dans ma position, je ne pouvais t’en dire que du bien... et par cela même tu te serais défié de mes éloges.
JADELOT. Ce n’est pas une raison...
DENISART. Eh bien ! en deux mots, c’est un petit phénix dont je te fais ca d ca.
JADELOT. Mon ami , point d'exagération... qui dit trop ne dit rien... je ne crois pas aux phénix... ils ne renaissent plus de luers cendres.
DENISART. J'en étais sûr, voilà déjà que tu refuses de me croire... Pbén»
Ll CHA7ITIK DSS INrOlHiTIONS.'
n’est pourtant pas trop fort ; je ne devrais rien en rabattre !.... mais, pour te plaire, partageons le différent par la moitié, mettons que c’est un jeune homme charmant.
JADELBT. Charmant ?... comment l’entends-tu ?... 11 y a beaucoup de jeunes gens channans qui sont insnportablcs. . .
DENISART. J'en connais encore plus {ui sont insuportables sans être charmans.
JAOELOT. Ce n’est pas là répondre.
DENISART. Que veux-tu que je te dise?., tu me chicanes sur tous les mots. .. moi, je n’y entends pas malice... Je t’ai proposé pour gendre un jeune homme que j 'aime. . .
un jeune homme comme nous... quand nous étions jeunes... Te rappelles-tu, lorsque nous faisions notre droit dans la riie Saint-Jacques... les petites modistes, les petites parties carrées... Nous travaillons un peu, nous nous amusions davantage...
nous faisions des vers et des sottises... les Tcrs ne valaient rien , mais les sottises étaient parfaites.
JADELOT. Eist-ce que par hasard, M.
Prosper serait capable?..
DENISART. De faire des vers?
SADELOT. Non... des sottises.
DENISART. Puisqu’il veut se marier...
JADELOT. Je t’en prie, Denisart, causons sensément ; c’est pour moi d'une grande conséquence ; car, s’il faut te l'a- Touer, on m’a offert un autre parti... un gendre dont on m’a vanté le mérite... et avant de donner la préférence à ton jeune homme, encore faut-il que je sache...
DENISART. S'il en est digne?.... je t’en réponds... Dignus est intrare.
JADELOT. Est-ce que tu vas recommen-
DENISART. Non , mon ami , ne te fâche pas ; je vois qu’avec toi il faut parler raison. Voici du positif... Lejeune Prosper est un modèle de vertus qui rendra sa femme infiniment heureuse. . . il élevera ses enfansdans les principes de la plus saine morale, et un jour on gravera sur sa tombe : « Il fut bon époux , bon père et bon citoyen » , avec une couronne de chêne.
Aift : Soldat français»
Oui » de cc coaplc cncliaînc par le cwl ,
IsC» jour* *cnmt Gk-s d'or cl de snjc ,
Dana leur* foyers un prudeiiips ctcmcl
Fera ÜLMirir le boulicnr cl la joie.
F.l par l’amour L■^aloJIlcut uni*,
Ce# denx cj>onx au *cin île leur nicnagc ,
De Fbd(-mon cl de Baucis...
Ou de iiion»icur cl madame Dent* ,
Koo* ofl'riiont la douce iouge.
JADELOT. Oh l c’est fini, j’y renonce.
DENISART. Tu n’at pas encore content.
JADELOT. Tiens, mon ami, brisons U..
Sans le vouloir , tu ferais du tort à ton protégé... on dirait que tu évites de t’ezjiliqucr sérieusement sur son compte.
DENISART. Quelle affreuse idée ! je
veux seulement te laisser le plaisir d’exaiiiiticr son gendre et de le juger par toimcine.
JADELOT. Il est ici?.. Tu va donc me le présenter ?
DENISART , à part. J’allais me trahir.
( Haut. ) Pour aujourd’hui , je ne puis te présenter que ses excuses... un travail .
pressé le retiendra toute la nuit au ministère.
JADELOT. Il est laborieux!., c’est bon à savoir.
DENISART. En attendant, tu peux t’adresser à d’autres personnes... je t’ai déjà montré deux de ses amis intimes... et puis, ma chère belle-sœur, qui cause d’ahon-p dance... avec elle, il est plus facile d’cn-'l tailler une conversation que d’en voir la fin.
JADELOT. J’interrogerai tout le monde.
DENISART. Et tu feras bien, parce qu'enfin tu n’es pas obligé de t’en rapporter à ce que je t'ai dit.
JADELOT. Ce que tu m’as dit et rien , c’est à peu près la même chose ; et je ne sais pas trop si je n’aimerais pas mieux rien du tout.
DENISART. Décidément , tu as aujourd’hui un bien mauvais caractère.
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