‹ Le chasseur d'hommes (volume 2)Chapitre 2 sur 11 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

Ou'il est plus facile de promettre que de tenir.

Les fenêtres de la chaumière, ~ car riiabitation ne méritait pas d'autre nom — étaient encadrées au dehors d'un lourd rideau de lierre qui les masquait à moitié. La porte mal jointe était violemment

4 LAVEUGLIÙ

secouée par le vent. Toute la charpente craquait d'ime façon lugubre, comme une créature animée à qui les tempêtes auraient arraché des gémissements. Je me cachai contre le mur, et, soulevant un paji de lierre je plongeai un regard curieux dans ce pauvre logis.

Je reconnus tout d'abord, à la clarté douteuse et tremblotante d'une lampe de fer, un grand lit à baldaquin de serge rouge que j'avais donné après mon mariage à ma nourrice Madeleine.

Etendue sur ce lit la vieille femme agonisait ; son visage jaune tressaillait, contracté par une inquiétude incessante ; elle faisait des efforts violents pour r'ouvrir

L AMÎlMiLl'. D

ses yeux que la main de plomb de la mort appesantissait cruellement, et alors ses yeux fixes el dilatés se dirigeaient vers la porte avec une expression désespérée.

Parfois ses bras s'étendaient hors du lit et s'accrochaient au drap, comme si elle eût voulu s'élancer au devant de quelque apparition attendue, mais le reste de son corps était raide et paralysé. Le râle sifflait dans son gosier ; mais tout à coup il s'arrêtait et j'entendais au milieu du silence un cri sourd : — Mon fils ! mon fils ! mon fils !

Elle ne voulait pas mourir avant d'avoir revu Conrad, elle se débattait avec une énergie suprême contre les dernières angoisses; et, victorieuse par instant, on eut

h L AVEUGLE.

dit qu'elle avait ressaisi la vie à force de volonté. Je me rappelai alors que Conrad m'avait parlé de la maladie de sa mère, en me priant de lui permettre de la veiller ; mais j'avais vu Jean Le Roux sourire de ma faiblesse au moment où j'aliais y consentir, et j'avais durement ordonné au pauvre garçon de me suivre à la chasse. Ce souvenir me troubla, et j'eus honte d'entrer dans cette chambre de mort, où j'avais changé la douleur en désespoir.

Pourtant Madeleine ne mourait pas abandonnée comme un chien chassé par ses maîtres. Au chevet de lit sanglotait et ])riait une femme enveloppée d'une manie noire. Dans l'ombre sommeilhiit

L AVEUGLIi. 7

un humilie accroupi contre la muraille.

J'étais curieux de voir le visage de cette femme, qui n'avait pas la tournure d'une paysanne, et qui avait eu le courage, par cette nuit alTreuse, devenir assister ma pauvre nouri ice à sa dernière heure. Plus je me condamnais moi-même pour ma dureté et mon indilférence, plus j'étais ému de celle charité chrétienne si humble, si vaillante et si cachée. A une plainte plus vive que laissa échapper i\ladeleine, l'inconnue se leva, prit dans làlre où se tordaient quelques sarments une |as$(î de tisane, et la porta aux lèvres de Tagouisanle. » ,.,,...,..,..

Je Taillis pousser un cri de surprise.

8 l'aveugle.

C'était Ulrique, mais Ulrique belle d'une beauté que je ne lui connaissais pas encore. Son vêtement noir faisait ressortir la blancheur éclatante de son visage; une tendre pitié allanguissail son regard, qui semblait promettre à la vieille Madeleine les félicités de la vie éternelle. Les ombres de la mort auraient dû se dissiper devant tant de ferveur, et la paix descendre dans le cœur consolé par un ange gardien si doux et si radieux.

- — Patience, bonne mère, dit-elle enfin d'une voix harmonieuse , élevez votre âme vers Dieu.

— Mourir sans avoir revu Conrad, murmura l'agonisantCi Est-ce possible?

L'AVhUGLE. 9

— Vous le reverrez, Madeleine, si >ous mettez votre confiance dans Celui qui peut to\it !

— Je le reverrai ! dit la vieille dont le visage s'illumina soudainement; mais. elle ajouta : — Oh ! si je meurs sans l'embrasser, Dieu me permetlra-t-il de ressusciter, madame, pour veiller sur lui ?

Ulrique hésita à répondre : — Votre fds a été bon pour vous, Madeleine, ^Dieu le protégera.

— Pourquoi n'est-il pas là ? pourquoi ? répéta la nourrice avec une insistance opiniâtre , en raidissant ses bras avec un geste de malédiction.

*— Ne l'accusez pas, pauvre femme!

40 l'aviîugle.

ne le maudissez pas; Conrad est innocent.

— Pourquoi n est-il pas là? pourquoi?

11 sait que je suis bien malade, dit encore Madeleine d'une voix plaintive qui me déchira le cœur. Oh ! si je l'avais su en danger , moi , j'aurais couru vers lui les pieds nus sur des lisons ardents! Lui a-t-on caché la vérité? Répondez , madame.

— On ne lui a rien caché, mais il na pu venir, répliqua patiemment Uhûque en la recouvrant du drap qui prenait sur ces vieux membres les plis raides d'un ^ suaire.

i — Vous êtes bien venue, vous, pour-

L AVEUGI K. I f

tant, madame. Où donc est-il, lui, quand sa mère va mourir ?

Ces dernières paroles glacèrent mon cœur. Je voyais qu'Ulrique évitait de prononcer mon nom et craignait d'attirer /^- âtar moi les malédiclions de ma vieille ^^J [^li^a^iTice. Je sentais combien je devais î^i S Igffaître coupable aux yeux de cette chn

»**.\ "/^^nne, qui tâchait d'expier par son dévoûment mon insouciance et ma légèreté.

Sans elle Madeleine serait morte seule et désespérée comme une impie, et c'était moi qui lui avais volé le dernier baiser de son fils, moi, qu'elle avait bercé dans ses bras et qu'elle avait aimé avec l'iiumb^ idolàlric de la vassale obscure pour son

12 l'aveugliî.

seigneur. Elle était si fière de voir Conrad attaché à mon service qu'elle lui eût certes pardonné, sans oser proférer une plainte, d'avoir oublié sa mère mourante pour m'obéir et me suivre. Je m'avouai sincèrement à moi-même que je ne méritais pas l'amour de ces deux femmes, affection instinctive et touchante chez Madeleine, tendresse pure, intelligente et élevée chez Ulrique.

Les yeux déjà glauques et mornes de la vieille se tournèrent encore vers ma jeune femme , qui devina leur muette interrogation.

— Vous me recommandez d'avoir soin de la destinée de votre fds, bonne mère»

l'aviiuglë. 13

Ne craignez rien. N eles-volis pas la première amie de Trislau? Conrad n'esl-il pas son frèie de lait? Je vous aime tous deux parce que vous aimez Tristan, mais c'est lui qui veillera sur Conrad. Vous savez combien il est bon et généreux pour ses serviteurs !

— 11 n'est pas venu me voir moui'ir, lui dont j'ai apaisé le premier cri de douleur avec un baiser! murmura la nourrice.

Ulriquc feignit de ne pas entendre ce regret exhalé par Madeleine du plus profond de son cœur.

Je fus humilié de cette délicatesse ex-

14 l'aveugle.

quise qui faisait remonter h moi tout le mérite de sa charité.

— Vous n'avez pas besoin d'une prolectrice tant que le baron sera vivant , ajouta-t-elle d'une voix douce et ferme.

Madeleine la regarda avec une expression inquiète et lamentable.

— Vous vous trompez , madame ; Conrad a besoin d'être protégé... Pardonnezmoi, maîtresse, ce que je vais vous dire... d'être protégé contre le baron lui-même.

— Taisez-vous, pauvre insensée , s'écria vivemenllllrique, en regardant avec crainte le serviteur qui dormait.

L'agonisante leva vers elle ses mains décharnées : — Je ne me tairai pas, ma-

l'avruglk, ^5

(lame, que vous ne m'ayez promis de sativegardei' .:on fils des violences de ïrislan et (le demander grâce pour lui si jamais il était en faute.

En ce moment le brouillard s'était ibndu en pluie; la rafTale me fouettait le visage et grésillait aux fenêtres avec fracas ; riiorame qui paraissait dormir dans un coin se leva tout à coup, et s'avançant vers Ulrique lui dit d'un ton brusque : — Noble dame , vous avez assez longtemp s écouté les jérémiades de cette vieille folle! il est temps de partir. La pluie redouble de violence et va rompre tous les chemins. Le diable sait si j'ai eu raison de

16 t*AVEUGLfc.

céder à vos ordres et de vous amener dans ce taudis !

— Allez-vous m'abandonner,vous aussi?

soupira alors Madeleine avec un accent de terreur indicible, comme si elle eût vu flamboyer les fournaises et les chaudières de l'enfer, tant la menace delà solitude est horrible pour le moribond, qui aime à voir la vie s'agiter autour de lui , et qui repousse de la pensée l'image du silence et du repos suprêmes.

— Attendez, maître Jean, répondit Ulrique au rebouteur, que je venais seulement de reconnaître.

— Je ne puis attendre, s'écria ce dernier avec une impatience croissante. Je

l'aveugle. 17

réponds de vous à notre seigneur Tristan, et je ne sacrifierai pas une existence qui lui est si précieuse au caprice de cette paysanne poltronne.

— Vous oubliez que cette paysanne est la nourrice de votre maître, et que je suis votre maîtresse, répliqua la baronne avec une dignité calme.

— Que Dieu veille sur la nourrice, mais moi je dois veiller sur vous, et je n'oublierai pas mon devoir, madame.

— Partez, si vous avez peur ; moi , je reste, dit froidement ma femme.

— J'ai peur pour vous, et je ne partirai

pas sans vous, madame.

Ulrique ne put s'empêcher de tressailli a

48 ï/avfugle.

lir à celle réponse brève el impérieuse qui me surprit également ; elle jeta un regard d'effroi sur ce serviteur plus zélé qu'obéissant, dont un étrange sourire faisait grimacer les traits durs et hardis. Son nez crochu comme le bec d'un oiseau de proie, ses lèvres blêmes et minces cachées sous une moustache fauve, ses sourcils roux qui s'accolaient l'un à l'autre au-dessus de ses yeux ronds où pétillait une étincelle mobile, et que recouvraient des paupières clignotantes, sa chevelure rousse emmêlée comme une broussaille, donnaient à sa physionomie un aspect terrible et repoussant que je n'avais pas encore remarqué. Son front

l'ayetjglf. iO

déprimé et ses joues étaient plaqués de taches de souffre. S'il fût tombé au milieu d'une troupe de baiidits, elle Teût proclamé son capilainc , tant l'astuce et la violence semblaient familières à cette nature sauvage, tant sa main osseuse semblait devoir élre agile pour voler un manleaii et couper une bourse, ou vigoureuse pour sori'er le cou d'un ennemi désarm(% et faire taire d'un coup de poignard les lamentations d'un voyageur dépouillé.

Ma vieille nourrice hocha lentement la tête et dit :

— Maudit sois-tu, toi qui n'a pas pitié d'une mourante.

Jean Le Roux haussa les épaules et dit

20 LAViCGLi;.

résolument à la pauvre Ulrique : — Si vous faites plus longtemps résistance, madame, je vous emporterai aussi facilement qu'un oiseau, et je vous sauverai malgré vous.

La baronne ne bougea pas. Tout son sang avait rctlué au cœur; pale et frémissante, elle attendait du ciel un secours improbable ; elle n'osait dévoiler toutes ses craintes dans une nouvelle réponse qui eût pu enhardir l'audace de cet liomme. Moi-même je me demandais si je devais reconnaître en lui un serviteur loyal ou découvrir un ennemi caché. Il s'avança et tendit ses longs bras pour saisir ma bien-aimée. Alors l'instinct l'emporta sur

L'AVliUfiLH. ^1

ma volonté, et j'allais m'élancer dans la chambre, lorsque j'entendis des pas précipités clapoter sur la terre détrempée.

Je restai immobile, collé au mur, et je vis bientôt accourir un homme qui bondit comme un chat sauvage dans la chaumière, et s'arrêta sur le seuil, éperdu de douleur, d'étonnement et de colère. C'était Conrad. Mon cœur se dilata, car j'avais toujours dans les oreilles les hurlements des loups, dont je l'avais laissé entouré.

— Ma mère! ma mère ! ma mère ! s'écria-t-il d'une voix étouffée par les sanglots.

11 se jeta sur le lit et colla convulsive-

L AVIiUGLÙ.

ment sa bouche à celle de ma vieille nourrice. Un sourire tendre épanoiût le masque sévère que l'approche de la mort avait déjà imprimé sur le visage de Madeleine. Son cœur palpita dans un dernier regard jeune et rayonnant ; les cordes sèches de sa voix, assourdies par le râle, reprirent une vibration plus douce et ses mains raides essayèrent de caresser le front de son fds.

— Je parlerai de toi au bon Dieu, lui dit-elle entre de ix convulsions ; je lui dirai combien tu as aimé ta pauvre mère.

— Allons! la vieille va mourir en famille, dit brutalement le rebouteur. Vous

l/AVEU(iLlî. 25

n'avez plus de prétexte pour rester ici, madame.

Conrad se releva en écartant ses longs cheveux collés à ses tempes et regarda la baronne ainsi que Jean avec une sorte de stupeur.

- Ah ça ! que t'ais-lu ici, Jean le tueur de rats et le guérisseur de vaches ? denianda-t-il d'une voix rauque.

— Ce que je fais ? Tu es curieux, mon garçon. Je veux m'en aller et ramener madame la baronne avant que la fonte des neiges ait inondé la vallée. Si cela ne te convient pas, tu n'as qu'à parler !

Conrad chercha :i maîtriser sa colère, et s-iîKJinanl devant Uîrîque :

2i l'aYI IIGLU-.

— Est-ce voire volonté, madame ? demanda-t-il respectueusement.

— Non, dit vivement la pauvre femme, à qui le rebonteur inspirait une répulsion et une défiance instinctives. Je reste sous votre garde, Conrad. Quant à Jean, il est libre de partir.

— Tu as entendu , s'écria alors mon frère de lait en montrant du geste la porte à son ennemi.

— Tu es peu hospitalier, ami Conrad, répliqua Jean Le Roux en ricanant, mais je ne m'offense pas de ton manque de courtoisie, et je reste.

— Tu es chez ma mère, et je te chasse.

l'avkuglic. â5

rugit le jeune homme exaspéré en luandissant son épieu de veneur.

La situation était vraiment terrible.

Conrad, robuste comme un athlèle,les yeux fulgurants d'éclairs, la chevelure hérissée, le cœur troublé par une douleur poignante et enflammé par une indignation suprême, paraissait devoir écraser comme un reptile l'adversaire qui lui tenait tête et qui épiait subtilement tous ses gestes du regard, pour le surprendre d'un coup furlif et traître.

Ulrique posa sa main blanche sur l'épaule du jeune homme :

— Une querelle devant cette agonie! dit* elle d'une voix tremblante ; Conrad, pen-

2(> l'aveuglk.

sez à votre mère. Ne tachez pas de votre

sang ni du sang d'un ennemi le lit de mort

de Madeleine.

Conrad frissonna de tous ses membres,

recula et étraignit dans sa main la main de la vieille femme.

Jean Le Roux éclata de rire : — Sois bon fils, mon garçon, dit-il, pense à ta mère, pardonne les offenses, et lai^^se-moi faire mon devoir; obéis aux ordres de madame Ulrique comme moi aux ordres du noble baron Tristan.

Conrad, pâle comme la neige, voulut s'avancer, mais la moribonde retenait sa main avec une force extraordinaire.

— Allons, modèle des fds pieux, reprit

L AVLUGLH.

le rebouleur, ne te mêle plus de jouer le chevalier errant. Laisse-moi accompagner de gré ou de force ta noble maîtresse au château, et prie Dieu de nous préserver de tout danger. A genoux, beau damoisel !

c'est là ta place, à genoux, et les mains jointes !

Puis, saisissant le bras d'Ulrique, le hardi serviteur voulut l'entraîner. Alors Conrad lâcha la main de sa mère et leva son redoutable épieu sur la tête du rebouteur. Madeleine, épouvantée, jeta un cri déchirant comme la plainte du patient qu'étrangle le bourreau. Son fds ne put s'empêcher de tourner la tête vers elle. Aussitôt Jean bondit sur lui, l'enlaça de

28 l'avkugle.

ses longs bras et déchira l'épaule du jeune homme d'un coup de poignard ; mais déjà Conrad, par un geste de lion avait secoué son ennemi à terre comme une chenille et lui avait brisé son poignard dans la main.

J'entrai dans la chambre juste à temps pour sauver Jean de la rage de mon frère de lait, dont j'arrêtai le bras.

En me reconnaissant, le rebouteur devint livide.

— Vous avez entendu ce misérable m'insulter, Tristan ? me demanda Ulrique encore toute émue de la lutte qu'elle venait de subir.

— Jean, dis-je froidement à mon pro-

l'aveugle. 29

légé tremblant et consterné, vous aviez raison : les chemins sont devenus impraticables.AUezau château chercher des chevaux e( une litière, c'est là une excellente occasion de prouver votre obéissance à mes ordres. Mais ne revenez pas ici ; voire vue doit être odieuse à cette mourante ; dont vous venez de blesser le fils.

Jean Le Roux s'inclina humblement et disparut.

— Ti istan, vous avez entendu ce misérable m'insulter? répéta Ulrique avec une énergie que je ne lui connaissais pas.

-— Ma chère âme, lui répondis-je, Jean Le Roux sera congédié demain.

Puis, m'approchant du lit devant lequel

50 l'aveugle.

Conrad agenouillé baignait de larmes le visage immobile de sa mère, dont les yeux seuls vivaient encore :

— Parflonnez-moi , Madeleine, d'être venu si lard, mais remercions Dieu ensemble d'avoir permis que vous mouriez entre vos deux enfants. J'ai compris la prière que vous avez adressée à votre sœur de charité, et je vous répondrai comme elle : C'est votre fds Tristan qui veillera sur votre fils Conrad.

Une flamme rapide illumina le dernier regard de ma vieille nourrice ; mes lèvres touchèrent son front qui se glaça, et Llrique me remercia par un sourire

L AVETIGI.K. Ùl

mouillé de pleurs d'avoir ratifié sa promesse.

Qui de 1104*^ eût pu pressentir alors la violation trai^ique et prochaine de cet engagement solennel dontje prenais le ciel à témoin? Mais lame humaine n'est-elle pas le jouet méprisable des événements ? La vien'est-eiiepas un désert de sable dans lequel nous trébuchons au gré de nos passions ? Nos projets sont plus vains et plus mobiles que l'onde, et malheur à celui qui ose confier son bonheur aa mirage perfide d'un serment!

Page 1