FANCHETTE, BENOIT, MOISSONNEURS ET MOISSONNEUSES
{Là scène représente des prairies et des champs traverses par une route assez large conduisant à la lisière d'une foret, qu'on apercevra dans le lointain. A gauche, à l'extrémité du champ, on verra une rivière. Au lever du rideau, les moissonneurs et les moissonneuses seront occupés dans les champs : les uns faucheront, les autres feront des gerbes.)
UN MOISSONNEUR, s'essuyant le front.
Oh! le soleil commence à chauffer par ici!
FANCHETTE
Ehl oui. Et puis nous sommes au travail depuis quatre heures du matin : c'est aussi ça qui donne chaud !
BENOÎT
Et soif donc? Fanchette, si vous faisiez faire un tour au cruchon?
FANCHETTE
Vous avez déjà oublié que c'est vous qui l'avez vidé^ ami Benoît?
UN .MOISSONNEUR
le
C'est égal, posons nos faucilles un moment, J'aienv de causer un brin. Dites donc, est-ce que vous avez entendu parler de l'histoire qui occupe tout le pays à la ronde ?
(Les moissouncLirs et les moissonneuses laissent leurs gerbes et leurs iaucilles et se rapprochent.)
FANCHETTE
Si nous nous asseyions pour jaser? ;eiic sassied sur
une gerbe, les autres l'imitent et se placent en rond.' Eh bien ! Benoît, vous qui savez tout, contez-nous l'histoire?
BENOÎT
Allons, ne faites pas l'innocente, Fanchette, vous la savez tout comme moi. Il y a assez longtemps qu'on parle de ça, chez nous, à la veillée. C'est toujours la même chose : un terrible lion qui ap})araît, qui disparait, qui épouvante les bûcherons dans la forêt.
UNE MOISSONNEUSE
Ils l'ont vu, alors?
UN MOISSONNEUR
Ah ! mais oui 1 qu'ils l'ont vu 1
FANCHETTE
Dans cette forêt qu'on aperçoit là-bas?
BENOÎT
Mais certainement, dans celle-là même, et le château qu'il habite est tout au bout, je crois!... Je n'y suis jamais allé...
UNE MOISSONNEUSE
Un château ! Est-ce que les bètes habitent des châteaux ?
UN MOISSONNEUR
Oh! moi, j'ai entendu dire que ce hon-là n'est pas un lion ordinaire. On raconte que c'est un ogre et qu'il peut se changer en ce qui lui plaît : en tigre, en ours, en homme ; oui, en homme! Par exemple, quand il prend la figure d'un homme, vous comprenez qu'il aime mieux habiter un château qu'une forêt.
UNE MOISSONNEUSE
Et vous croyez ça, vous autres?...
FANCHETTE
Dame! puisque tout le monde le dit! C'est effrayant d'y penser! C'est qu'il pourrait bien venir jusqu'ici, ce lion... cet ogre...
BENOIT
Heureusement que nous sommes là, Fanchette, et s'il se montrait : ogre, lion, ours ou tigre, je vous réponds.., (il montre le poing et le laisse retomber.) Mais assez causé de ces choses. Si nous chantions un refrain pour nous remettre le cœur à Touvrage.
LES MOISSONNEURS, ils se lèvent.
Oui, chantons ! En avant, la ronde du pays !
(Air : Les Éjwuseux du Bern.) Premier Couplet