SCÈNE II
LES MÊMES, LE CHAT BOTTÉ, apparaissant sur un des côtés.
BENOÎT, avec frayeur.
Ah I mon Dieu !
FANGHETTE
Quoi donc?
BENOÎT
C'est lui ! Là ! Sauvons-nous !
TOUS LES MOISSONxNEURS
Sauvons-nous 1
LE CHAT BOTTÉ, riant.
Ah ! ah î il paraît que je vous fais peur, les amis ! Est-ce que par hasard vous me prendriez pour l'ogre terrible qui ravage cette contrée?
BENOÎT
Eh ! mais... (Bas à ses camarades.) Prenons les faucilles ! (Ils se rapprochent armés de leurs faucilles. Les moissonneuses se placent derrière les moissonneurs.) On n'est jamais bien SÛr
dans ces temps-ci.
UN MOISSONNEUR, menaçant.
Les figures qu'on ne connaît pas...
FANCHETTE, s'avançant.
Si vous disiez un peu qui vous êtes, d'abord?
Qui je suis?... ^Avcc emphase.'. Je suis le Chat Botté, écuyer et compagnon du grand marquis de Carabas.
LES MOISSONNEURS, se regardant.
Le marquis de Carabas! Qui ça?
LE GHAT-BOTTÉ
Qui ça, bonnes gens? c'est celui qui doit détruire ce lion, cet ogre qui vous fait trembler!
LES MOISSONNEURS
Ah! bail!
FANCHETTE, à part, aux autres.
Je crois que ce merle-là veut nous en conter!...
Dites donc, la fille, vous avez Tair de douter de mes paroles. Eh bien! oui, entendez-le bien, le marquis de Carabas, mon maître, possède un pouvoir magique qui, seul, viendra à bout d'exterminer l'ennemi qu'on redoute. Et la preuve que ce que je vous annonce arrivera, c'est que, tout à l'heure, au milieu de vos champs, vous verrez passer le cortège du roi, les chasseurs et leur suite.
BENOÎT, l'air aliuri.
Le roi ! Bon Jésus !
UxNE MOISSONNEUSE, joignant les mains.
Et des chasseurs!
FANCHETTE
Et où va donc aller tout ce monde ?
Au rendez-vous, morbleu 1... Vous ne comprenez pas, au rendez-vous que le roi à donné à ses fidèles sujets... Ils vont faire une battue par ici, car cette forêt appartient à la province des Églantines, et c'est là, dit-on, que le terrible lion réside.
UNE MOISSONNEUSE, prenant le bras de Benoît.
Sainte Vierge, que 'j'ai peur ! Si le coup de mousquet d'un chasseur allait tuer Tun de nous autres!
FANCHETTE, au Chat Botté.
Et comment faire, quand le roi passera? Si encore nous avions nos habits du dimanche!....
Non, non, rien de tout cela. Ne vous mettez pas en peine. Sa Majesté Linot, roi des Tulipes, est un roi bienveillant et doux. 11 sera content de vous voir au travail. Il sait que le petit grain de blé que vous ense-
mencez, que vous arrosez, que vous venez ensuite recueillir dans une belle moisson comme celle-ci, fait la richesse et le bonheur de son royaume ; donc, il vous aime et vous n'avez rien à craindre de lui. Reprenez vos faucilles et travaillez avec ardeur. Seulement, écoutez bien ce que je vais vous dire : Lorsque le roi et sa suite passeront, si quelqu'un demande le long de la route : « Faucheurs qui fauchez, et moissonneurs qui moissonnez, à qui appartiennent c'est beaux blés et les champs que voilà? » Si vous ne répondez : « Ces blés et ces champs appartiennent à Monsieur le marquis de Carabas. » vous serez tous hachés menvs comme chair à pâté!.,. Tâchez de vous en souvenir ! Si vous m'obéissez et si vous faites ce que je vous ordonnerai lorsque le roi sera là, je vous promets une récompense digne de mon maître, le grand marquis de Carabas. Et maintenant je vous laisse pour aller guetter sur la route l'arrivée du roi. Au revoir, (ii sort.)
BENOÎT
Tout ça m'a Tair bien extraordinaire!... Mais on dirait qu'on entend une musique!... C'est peut-être bien vrai, ce qu'il a dit!... Ma foi!... Nous ne risquons pas grand'chose de faire ce qu'il a recommandé. — J'aime mieux ça que d'être haché com.me chair à pâté.