SCÈNE III
LES MÊ\ŒS, LES CHASSEURS, LE MARQUIS DE CARABAS, LE CHAT BOTTÉ, MEUMERS, PAYSANS, MARCHANDS, MOISSONNEURS, ETC., ETC.
L'air des chasseurs se continuera jusque-là en sourdine pendant le
dialogue qui précède. On entendra les cris de Vivat ! Vivat ! Vive M, le marquis de Carahas ! plusieurs fois répétés. — Le grand veneur, les chasseurs feront leur entrée en agitant leurs chapeaux et en entourant le marquis de Caraba^ qui aura la tête découverte. Le Chat Botté suivra; derrière eux viendra tout un peuple composé des meuniers et meunières, marchands et marchandes, moissonneurs et moissonneuses. Après les vivats, le cortège entonnera le chant de victoire. Il s'avancera jusqu'au pied du trône, le roi en descendra les marches pour rJler recevoir le marquis, et lui tendant les mains, il le félicitera tout bas.
Chœur
(Air: Colinette au bois.)
Chantons la gloire du vainqueur
Oui nous rendit [paix et bonheur, [bis.)
C'est l'heure de la récompense,
Disons dans notre joie immense :
Gloire au Marquis ! Marquis de Carabas !
A lui donc honneur et puissance,
Respect, amour, reconnaissance,
Ah ! suivons-le tous chapeau bas,
Inclinons-nous à chaque pas.
Tous chapeau bas, oui, saluons bien bas ! Vive [le i^rand Marquis de Carabas ! {bis.)
LE ROI, lui tendant la main.
Honneur à vous, Monsieur le Marquis! Et nous vous dirons, avec ceux qui vous font cortège : Vive le grand vainqueur ! Vive le héros que nous sommes fiers de recevoir ici. Vous avez délivré notre royaume d'une véritable calamité, et. malgré votre modestie, nous ne vous tenons pas quitte du récit de vos prouesses ; mais
nous réserverons cela pour demain ; aujourd'hui, soyons tout au triomphe, tout à la fête I
LE MARQUIS DE CARABAS, s'inclinant très bas.
Ah! sire, votre bonté me comble !
LE ROI
La cour est rassemblée, ce soir, Monsieur le Marquis, pour assister au grand événement qui va s'accomplir.
(Le roi lait signe h un page qui va ouvrir une porte ; la princesse, en costume de mariée, suivie de ses filles d'honneur, fera son entrée, précédée de deux gardes et suivie de deux petits pages portant sa queue. La musique joue en sourdine. Le roi va au devant de sa fille et lui prend la main.)
Marquis, un roi n'a qu'une parole. La récompense promise au vainqueur, la voici : Vous serez l'époux de ma fille, et nous allons, dès ce soir, célébrer des fiançailles qui me rappelleront mes vingt ans.
LE MARQUIS, baisant la main du roi.
Sire! pardonnez l'émotion... le respect... la reconnaissance I...
LE ROI
Marquis, je connais vos sentiments... Vous avez été le héros du combat, soyez, ce soir, le héros de cette fête de famille. Je vous invite à la Royale-Pavane qui va se danser ici, tout à l'heure. J'avais juré que je figure-
rais encore à cette danse, un des souvenirs de mon jeune temps, le jour où Ton célébrerait les fiançailles de ma fille. Eh bien î Marquis, ce jour est venu. Pendant que vous allez vous rendre dans mes appartements pour revêtir un costume de circonstance, je vais conduire la princesse pour la première figure, et c'est vous qui prendrez ma place ensuite. Allez, Marquis.
(Le marquis s'incline et sort suivi du Chat Botté.)
BOYALE-PAVANE {Rir à danser).
Le roi prend sa fille par la main. Les danseurs se placent. La danse commence. Après une pause, à la fin de la première figure, le marquis de Garabas revient en costume de satin blanc, suivi du Chat Botté. Il va prendre la place du roi, qui remonte sur son trône. La figure recommence et la danse continue et se termine. Pendant que les cavaliers reconduisent les danseuses à leurs places, on entendra du bruit dans les coulisses et la musique jouera en sourdine l'air du Moulin du premier acte : « Ici, sur la colline. »
LE CHAT BOTTÉ, se rapprochant du Marquis de Carabasau moment où celui-ci vient de reconduire la princesse auprès de son père, à demi-voix.)
Entendez-vous?
LE MARQUIS, avec surprise.
Oh ! Tair du Moulin 1
UN OFFICIER, accourant sur la scène précipitamment, s'avance vers le trône.
Sire, deux étrangers, qui ont l'air de deux mendiants, demandent à parler au Marquis de Carabas. Ils ont dû
sMiitroduire au moment où Cette foule était entrée tout à rheure. J'ai voulu les renvoyer, mais ils insistent et j'ai dû venir jusqu'ici.
LE CHAT BOTTÉ, à demi-voix.
Dieu ! si c'étaient vos frères ! il faut les renvoyer !
LE MARQUIS, à demi-voix.
Les renvoyer ! Mes frères !... Oh ! jamais. Va voir, et, si ce sont eux, amène-les jusqu'ici. C'est le Ciel qui les envoie, car je ne veux pas plus longtemps laisser ignorer au roi mon véritable nom.
LE ROI
Monsieur le Marquis, il s'agit, sans doute, de deux intrigants? Je vais, si vous le voulez, donner des ordres pour "vous en débarrasser?
LE MARQUIS
Sire, je vous demande un instant.
LA PRINCESSE
Comme vous paraissez ému, Monsieur le Marquis?
Ah! Princesse, si vous saviez!...