Y VON
Nous allions sur les routes mendiant notre pain, le hasard nous a conduits dans ce pays. On a prononcé devant nous le nom du marquis de Carabas...
JEANNOT
Alors nous avons voulu voir celui qui portait le même nom que notre père qui n'était que le meunier Carabas. C'est bien toi, pourtant!...
LE MARQUIS, à SOS frèrcs.
Suivez-moi, il faut que je parle au roi.
(Ils se rapprochent du trône."
LE ROI
Marquis, que se passe-t-il?... Expliquez-nous votre agitation! Quels sont ces deux hommes?
Sire ! ce sont mes frères I (Le roi et sa fille font un geste
d'étonncment.) Oui, sire, ne m'interrompez pas; voici mon histoire en deux mots : Je ne suis pas le grand seigneur que vous croyez; je ne suis que le fils d'un pauvre meunier, le meunier Carabas ! Dans le partage que mon père avait fait de ses biens, il ne me revenait qu'un brave serviteur, que j'ai gardé avec moi. Le voici : il s'appelle Chat Botté. C'est lui qui, par son dévouement^ son esprit et son habileté, m'a conduit à la fortune, aux honneurs, à la gloire. C'est grâce à lui, c'est avec son aide, que j'ai pu venir à bout de ce monstre qui désolait votre royaume,.. Il a accompU des miracles pour son maître!... Il a...
LE CHAT BOTTÉ, TinteiTompant.
Sire, mon maître ne vous dit pas que ses frères, plus riches que lui puisqu'ils avaient le moulin et ce qui en dépendait, ont voulu l'obliger à me renvoyer, mais qu'il s'y est refusé par respect pour les volontés de son père. Alors, ils l'ont chassé du moulin, les mauvais cœurs!... Mais, je l'avais bien dit, cela ne leur a pas porté bonheur ! . . .
LE MARQUIS, humblement.
Sire, maintenant que vous savez qui je suis, peut-être ne voudrez-vous plus qu'un pauvre fils de meunier...
LE ROI
Marquis, celui qui s'iUustre lui-même, et par les qua-
lités de son cœur, et par la gloire qu'il a su acquérir, doit passer avant ceux qui ne comptent que les mérites de leurs aïeux. Je vous ai donné mon estime, et ce que je viens d'apprendre de vous n'a fait que Taugmenter. La main de ma fille est à vous, Marquis, car ma chère Flora partage tous mes sentiments.
(La princesse fait un signe d'approbation en s'inclinant du côté du roi.)
LE MARQUIS
Alors, sire, daignez mettre le comble à vos bontés en m'accordant deux faveurs : celle de garder auprès de moi mon fidèle Chat Botté et celle de vous présenter mes frères repentants et malheureux.
LE ROI
Auprès de vous, vos frères seront chez eux. On leur donnera une charge en ce palais. Quant au Chat Botté, modèle des serviteurs, s'il en fut jamais, je le fais majordome de notre maison royale et lui accorde des lettres de noblesse. Ses armoiries se composeront d'armes parlantes : Un chat qui prend au piège les lapins de garenne^ car je n'oublie pas les premiers présents qui m'ont fait connaître le marquis de Carabas.
Le roi descendra de son trône et, prenant la main de la princesse, la placera dans la main du marquis. Il se tiendra derrière eux, un peu en arrière, sur le devant de la scène. Près du marquis, le Chat Botte. Près de la princesse, Fridoline. Du côté du marquis, un peu en arrière, ses deux frères. Du côté de la prin-
cesse, de même, les filles d'honiieur, officiers et gardes portant des bannières armoriées, (groupes divers dans le l'ond. formés par tous les personnages de la pièce.
LE CHAT BOTTÉ, se détachant et s'avançant de quelques pas.
Puisque je pourrai vieillir auprès de mon maître, je dirai un jour aux petits enfants qui naîtront dans ce palais, comme à tous ceux qui m'écoutent en ce moment : Rappelez-vous, gentils amis, que, dans la vie, aussi bien que dans le conte du Chat Botté, les volontés et les avis d'un père doivent toujours rester sacrés. Gardez fidèlement cet héritage : c'est le seul qui porte bonheur î
Reprise du Chœur Chantons la gloire du vainqueur, etc., etc.
[La toile se baisse.)