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LE DUC D’ÉPERNON

( Peint d’après le portrait qui est au Musée Royal. )

Jean-Louis de Nogaret de La Valette , duc d’Épernon, pair et amiral de France, comte de Montfort et d’Astarac, chevalier des ordres du roi, premier gentilhomme de sa chambre, colonel-général de l’infanterie française, gouverneur de Provence et de Guienne, etc., était second fils de Jean de Nogaret, seigneur de La Valette, et de Jeanne de Saint- Lari de Bellegarde.

Il naquit au mois de mai 1 554*

Il commença sa carrière militaire au siège de La Rochelle, en 1 sous le nom de Caumont , qu’il avait pris pour se distinguer de son frère aîné. Il s’attacha ensuite à Henri IV, alors roi de Navarre, et l’accompagna en Normandie; puis il le quitta Bientôt et revint à la cour. 11 entra dans la ligue, servit sous le duc d’Alençon contre les huguenots ,

et se distingua aux sièges et prises de La Charité, d’Issoire et de Brouage. Les agrémens de sa personne et d’infâmes complaisances lui valurent les bonnes grâces de Henri III, dont il devint un des favoris. Il s’en fit tellement aimer que ce prince ne savait rien lui refuser, et lui avait promis de le rendre si puissant qu’il ne pourroit jamais lui reprendre ce qu’il lui avoit donné ! Il l’envoya en ambassade auprès du duc de Savoie, lui donna la terre d’Épernon, elle créa duc et pair, ordonnant qu’il prendrait place immédiatement après les princes du sang. Il ne borna pas là ses faveurs : il le nomma gouverneur de Metz deux ans après , et joignit bientôt à ce gouvernement ceux du Boulonnais, de l’Angoumois, de la Saintonge, de l’Aunis, de la Touraine et de la Normandie. La place de colonel-général de l’infanterie fut érigée pour lui en office de la couronne en 1 584? et la charge d’amiral de France lui fut donnée le 7 novembre 1 587. D’Épernon était alors gratifié de tant d’emplois, qu’on l’appelait la garde-robe du roi. Son entrée à Rouen fut réellement celle d’un prince. Environné de toute la noblesse du pays, il passa, pour arriver à son palais, par des rues semées de fleurs; et la ville lui fit don d’une statue d’argent qui représen-

tait la Fortune tenant son buste embrassé. Le duc de Guise, que le pouvoir du favori commençait à blesser, finit par indisposer contre lui Henri III; il le lui peignit comme l’objet de la haine générale et la cause des troubles populaires. D’Épernon, malgré les sermens du roi, fut successivement dépouillé des charges qui lui avaient été prodiguées , et se retira à Angoulëme, où il faillit être victime d’une conspiration contre sa personne. Il repoussa hardiment les ordres du roi qui lui enjoignaient de remettre toutes les villes de son gouvernement, leva des troupes, et se disposa à se défendre; mais avant tout il dénonça au roi les desseins des Guises. Henri III ayant écouté ses avis, il accourut avec son armée lui offrir son secours. Ce dévouement lui gagna de nouveau toute la faveur du roi. Il enleva aux ligueurs Gergeau, Étampes, Montereau et Pontoise. Il se trouvait à Saint-Cloud lors de l’assassinat de Henri III, et conduisit son corps à Cornpiègne.

D’Épernon ne voulut point, malgré les conseils et l’exemple de ses amis , signer l’acte où ceux-ci s’obligeaient à reconnaître Henri IV roi de France dès qu’il aurait embrassé le catholicisme; il s’en retourna à Angoulëme avec des troupes assez nom-

breuses. Henri IV lui pardonna, le rappela à la cour, et le nomma gouverneur de Provence : il s’y montra si implacable, que le roi se vit obligé de lui donner un successeur, et d’échanger son gouvernement contre celui du Limousin. 11 était dans le carrosse d’Henri IV quand ce monarque fut assassiné. On l’accusa d’avoir trempé dans le crime; et il n’a jamais été bien lavé de cette accusation. Comment expliquer en effet que Ravaillac ait pu deux fois passer le bras devant d’Epernon pour frapper Henri IV? car d’Épernon était à gauche du roi dans le carrosse, c’est-à-dire du côté où l’assassin monta sur le marche-pied , et ce n’est que du second coup que ce monarque a été tué. Comment expliquer ses intelligences avec Marie de Médicis(i), et les dispositions prises d’avance pour lui

assurer la régence et faire cerner de troupes le Parlement?

La reine, veuve d’Henri IV, sut gré à d’Epernon de ces services ; elle le combla de nouveaux honneurs. Quand Marie de Médicis eut été exilée à Blois, en 1619, il protégea sa sortie et l’emmena dans ses terres à Angoulême , d’où il dicta les conditions de l’accommodement entre elle et Louis XIII.

(1) Voir la notice de Marie de Médicis.

La puissance de Richelieu l’importunait, et, pour ne pas retourner à la cour, il accepta le gouvernement de G uienne. Cette province lui valait plus d’un million de revenu. Mais sa hauteur et son orgueil ne tardèrent pas à le brouiller avec le parlement de Bordeaux ; et un démêlé qu’il eut avec l’archevêque Sourdis y au sujet des prérogatives attachées à leurs rangs respectifs, entraîna sa disgrâce. Excommunié par l’archevêque, dont il avait fait arrêter le carrosse et qu’il avait frappé du poing, il se vit obligé de donner sa démission , et d’écouter à genoux la réprimande que ce prélat lui fit avant de l’absoudre.

Il se retira à Loches par ordre de la cour , et y mourut le i3 janvier 1642, en sa quatre-vingt-huitième année. Son corps fut porté à Cadillac.

D’Epernon avait plus de raideur que de fermeté dans le caractère. Il ne fut pas un habile capitaine, mais il savait se battre en courageux soldat. Il était ambitieux, brusque, hautain,, plein de faste et de vanité. C’est le premier seigneur qui ait mis six chevaux à sa voiture. Dans le temps de sa scandaleuse faveur, il allait au Louvre, accompagné de sept à huit cents gentilshommes qui se rendaient chez lui chaque jour.

Il avait épousé, au château de Vincennes, le 22 août 1^87, Marguerite de Foix, comtesse de Candale et d’Astarac, fille aînée de Henri de Foix et de Marie de Montmorency.

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