‹ Le château d'Eu (volume 2)Chapitre 45 sur 68 · AMBROISE DE SPINOLA · texte numérisé non relu

AMBROISE DE SPINOLA

Ambroise, marquis de Spinola, naquit à Gènes, en 1571.

A l’exemple de son père Frédéric Spinola, il se dévoua au service de l’Espagne, alors gouvernée par Philippe III ; il leva à ses frais une petite armée de neuf mille Italiens, et se rendit en Flandre auprès de l’archiduc Albert, vice-roi des Pays-Bas, qui l’accueillit avec empressement, et l’opposa à Maurice de Nassau. Pour un début, c’était un rude adversaire; toutefois Spinola fit bonne contenance, et il ne tarda pas à se faire un nom par le siège d’Ostende, dont il s’empara. Ce siège avait duré trois ans : des historiens prétendent que tel était le feu de l’artillerie, que le bruit du canon s’entendait jusqu’à Londres.

Nommé commandant en chef des armées des

Pays-Bas avec des pouvoirs illimités, il soutint

contre Maurice de Nassau cette lutte glorieuse qui le plaça au rang des premiers capitaines de cette époque. Enfin, le 9 avril 1609, on signa le traité qui assura l’établissement de la nouvelle république, et Spinolâ passa les douze années que dura cette trêve à parcourir l’Europe pour étudier le génie militaire de chaque nation.

La reprise des hostilités agrandit encore sa réputation : deux fois, à Bréda et à Anvers , il eut la gloire de vaincre son rival, qui en ressentit un tel chagrin , qu’il tomba dans une profonde langueur , dont il mourut le 23 avril 162 5.

De si brillans succès éveillèrent la jalousie de la cour de Madrid : Spinola fut rappelé ; en passant à La Rochelle, dont Louis Xlïïet Richelieu faisaient alors le siège, il eut une entrevue avec le cardinal, qui le pria de lui indiquer les moyens de hâter la reddition de la place. « Il faut, répondit Spinola, » fermer le port et ouvrir la main. » Le conseil était bon, on le suivit, on empêcha l’introduction des secours par mer, on distribua de l’argent aux soldats, et La Rochelle ne tarda plus à se rendre.

A cette époque, Louis XIII soutenait les prétentions du duc deNevers au duché de Mantoue contre le duc de Savoie; le duc de Savoie, au contraire,

était soutenu par Philippe IV. Ambroise Spinola lut choisi pour combattre l’armée française; il recula au pas de Suze devant Louis XIII; mais, après le départ de ce monarque, en i63o, il vint assiéger Casai ; la place se rendit , mais la citadelle tint bon ; la garnison déploya tant de vaillance et de fermeté, que le général espagnol s’écria : « Qu’on me donne » cinquante mille Français, et je ferai la conquête » de l’Europe! » Louis XIII menaçait de repasser les Alpes; Spinola demanda des renforts à Madrid; mais une intrigue de cour laissa sa demande sans réponse. « Ils veulent me ravir l’honneur! » s’écriat-il avec douleur; et la pensée d’être abandonné par le pays dont il avait porté si haut la gloire bâta sa mort, qui survint le 16 septembre i63o.

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