‹ Le château d'Eu (volume 2)Chapitre 49 sur 68 · VX \%V\A · texte numérisé non relu

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HENRI DE BOURBON

DUC DE MONTPENSIER

Henri de Bourbon, duc de Montpensier, fds de François de Bourbon, duc de Montpensier, et de Renée d’Anjou, né à Mézières en Touraine, le 12 mai i573, portait, du vivant de son père, le titre de prince de Bombes : il commanda en Bretagne dès l’âge de quinze ans; après la mort de son père, il fut pourvu du gouvernement de Normandie, et servit à ranger sous la domination royale celles des places de cette province qui tenaient encore pour la ligue. Ce fut lui qui, en i5q6, présida à Rouen cette assemblée des notables où Henri IV déploya , dans un discours si éloquent, toute la franchise et toute la générosité de son caractère. En 1597, il commandait l’avant-garde de l’armée française au

siège d’Arniens? que Henri IV reprit sur l’archiduc Albert, qui s’en était emparé par surprise (i).

Pendant l’occupation de cette ville par les Espagnols , plusieurs seigneurs de la cour qui , à la faveur de vingt ans d’anarchie politique et religieuse, avaient travaillé sans relâche à rétablir la tyrannie féodale , résolurent de profiter de l’embarras où se trouvait Henri IV pour lui demander de faire des principautés de leurs gouvernemens. Ils choisirent pour organe le duc de Montpensier, qui, sans réfléchir peut-être aux immenses conséquences de cette levée de boucliers, dit un jour, devant le roi , qu’il connaissait un moyen de lui créer la plus puissante armée qu’eût encore commandée un roi de France. « C’est parler magnifiquement, lui dit le » roi, et jamais offre ne fut faite plus à propos : » hâtez-vous de nous faire connaître un si beau se- » cret. — Le moyen est bien simple , reprit le duc :

(1) On fit à celle occasion ces quairains conservés par Cayet :

« Je ne sais qui des deux est le plus admirable ,

* D’avoir pris et repris un Amiens si fort:

» Mais je sais qui des deux est le plus honorable,

» De l’avoir pris par fraude ou repris par effort. »

« On chante en mille façonà » Une si belle entreprise;

» Mais, de toutes les chansons,

» La bonne est la reprise. »

» votre majesté n’a qu’à promettre à ceux qui ont » des gouvernemens par commission de les possé- » der en propriété avec la simple soumission d’un » hommage lige envers la couronne. — Mon cou- » sin et mon ami, répliqua Henri IV, je ne puis » vous céler que, si je vous estimais avoir dans le » cœur des désirs si indignes et de vous et de moi, » je vous aurais fait connaître qu’un cœur vraiment » royal ne s’offense pas impunément. » Le duc de Montpensier comprit toute l’imprudence de sa démarche, revint de son égarement, et, reprenant son bon naturel, ne donna plus aucun sujet d’inquiétude ou de chagrin à Henri IV.

Après avoir vainement recherché la main de Catherine de Bourbon, sœur du roi, il épousa, le i5 mai 1697, Henriette-Catherine de Joyeuse, fille unique et héritière de Henri, maréchal de Joyeuse. Quelques années après son mariage, il fut atteint d’une maladie de langueur; il ne vivait que de lait de femme; il succomba le 28 février 1608, âgé d’environ trente-cinq ans. « Il est juste qu’on le re- » grette, disait Henri IV, parce qu’il a bien aimé » Dieu, servi son roi, bien fait à plusieurs, et jamais » fait tort à personne. » Et, comme ce prince ne laissait qu’une fille et point d’enfans mâles, et que la

famille des Montpensier s’éteignait par sa mort, le roi fit défendre les divertissemens ordinaires du carnaval.

Son corps fut exposé pendant huit jours dans une salle magnifiquement décorée. Ses officiers le servaient comme s’il eût été en vie. Un prélat bénissait la table, on apportait les mets, on présentait la coupe; les grâces étaient dites par le même prélat, qui y ajoutait un de profundis : on distribuait ensuite les viandes aux pauvres. Tous les chevaliers de l’ordre du Saint-Esprit, avec leur grand ordre au cou, assistèrent à ses obsèques (i).

(1) Serres.

\h 5bis.

LE MÊME

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