‹ Le château d'Eu (volume 2)Chapitre 59 sur 68 · ABBESSE DE REMIREMONT · texte numérisé non relu

ABBESSE DE REMIREMONT

Catherine de Lorraine , fille du grand-duc Charles III, et sœur du bon duc Henri, naquit à Nancy, le 3 novembre 1 573. Ayant perdu sa mère, la duchesse Claude de France, à fâge de deux ans, elle fut élevée par les soins du duc son père, qui avait pour elle une tendresse particulière.

L’empereur Charles V la fit demander en mariage pour l’archidùc Ferdinand son fils; mais cette princesse déclara « qu’elle ne voulait avoir d’autre époux » que l’époux des vierges. » Le grand-duc Charles éprouva quelques regrets de cette résolution ; mais il aimait trop sa fille pour la contrarier. Il ne cessa de lui prodiguer les preuves de la plus douce affection : telle était, de son côté, la tendresse de Catherine pour son père, que, lorsque ce prince mou-

rut, personne n’osajui porter la nouvelle de sa mort.

* « Elle a dit depuis qu’elle aurait arraché les yeux » à celui qui serait venu la lui annoncer. Elle ne » put pourtant l’ignorer long-temps. Le son des » cloches la lui apprit; mais, pour ne pas les en- » tendre, elle alla se cacher dans un lieu souter- » rain. »

Catherine songea dès lors à quitter et la cour et le monde. Résolue d’embrasser l’institut des Capucines, elle loua à Nancy l’hôtel de Maillane; elle y réunit cinq ou six filles revêtues de l’habit gris, dont elle fit ses demoiselles d’honneur. Elle fit mettre autour de son cachet le cordon de saint François, qu’elle changea ensuite en une couronne d’épines.

Cependant les princes ses frères travaillaient à lui assurer l’abbaye de Remiremont. Elle en fut faite coadjutrice en 1609; elle en devint abbesse en 1611. L’évêque de Toul reçut ses vœux; après cette cérémonie, elle fit son entrée solennelle à Remiremont, délivra les prisonniers et créa les premiers officiers de la justice, selon l’ancien usage. La réforme qu’elle voulut introduire dans cette abbaye fit naître entre elle et les dames du chapitre une lutte qui fut longue et animée. Catherine

finit par se désister de son dessein. Elle songea alors à faire F acquisition du Saint-Mont , monastère situé à une lieue de Remiremont. Elle fit pratiquer à grands frais, entre les rochers, un chemin de communication qui conduisait de l’abbaye à cette nouvelle résidence, où elle alla elle-même s’établir avec la princesse Marguerite sa nièce, depuis duchesse d’Orléans, et quelques autres dames de Remiremont.

Peu constante dans ses goûts religieux , ou peutêtre fatiguée des altercations qu’elle avait eu à soutenir contre le chapitre de Remiremont, elle songea à fonder une nouvelle abbaye sous le nom de Notre- Dame de Consolation , et d’y pratiquer la règle de saint Benoît. Instruite de la réforme établie au Yalde-Grâce par la mère d’Arbouze , elle veut étudier de plus près ce modèle : elle vient à Paris, va loger au Val-de-Grâce , obtient de la mère d’Arbouze quatre religieuses qui l’accompagnent à Nancy, où la rappelle la mort de son frère le duc Henri, en 1624. « On vit alors cette princesse, dans sa » nouvelle communauté , pratiquer tout ce qu’il y » a de plus austère, de plus humiliant dans la règle, 5) balayer, travailler au jardin, se livrer aux plus » pénibles travaux domestiques. »

C’est dans son abbaye et en sa présence que fût célébré le mariage de Gaston , frère de Louis XIII, avec Marguerite de Lorraine. La part qu’elle eut à cette union F obligea de sortir de Nancy. Après divers voyages à Besançon, en Bavière, à-Inspruck,

elle revint à Bemiremont au printemps de l’an i638. Deux mois après, elle y fut assiégée par les troupes du maréchal de Turenne, et déploya un courage admirable. Le canon avait fait une large brèche aux remparts : les habitans refusaient de les réparer : aussitôt Catherine s’avance, et commence à travailler elle -même. A ce spectacle, hommes, femmes et filles , tout s’empresse, et la brèche est réparée. La princesse est partout : partout son exemple anime les assiégés ; et , après deux assauts meurtriers, les assiégeans sont obligés de se retirer.

Après la mort de Louis XIII, la duchesse d’Orléans, Marguerite de Lorraine, l’invita à venir la voir à Paris. Catherine se rendit à son invitation dans le double but de complaire à sa nièce, et de réclamer de la régente la restitution de ses biens, confisqués à l’époque du mariage de Gaston. Elle voyait souvent Anne d’Autriche au Val-de-Grâce; mais elle ne put en obtenir qu’une pension de mille livres par mois; encore lui fut-elle prompte-

ment enlevée : ce qui la réduisit à vendre quelques pierreries dont le prix l’aida à subsister à Paris* pendant les dix-huit mois quelle vécut encore; 'elle mourut le 7 janvier 1648, âgée de soixantedix-huit ans.

Catherine de Lorraine avait une jolie figure, un esprit distingué , un courage au-dessus de son sexe. Elle était d’une santé délicate. Son médecin, qui 11e la quittait jamais, lui avait prescrit de manger de la viande à ses repas , même les jours d’abstinence commandés par l’église. La mère d’Arbouze lui conseilla d’essayer de faire maigre pendant son séjour au Val-de-Grâce : elle tomba dangereusement malade , et reprit l’usage du gras. Pour tranquilliser sa conscience sur ce point, elle obtint de Rome un bref qui l’autorisait à ce changement; elle le portait partout.

Elle était fort charitable pour les pauvres. Un jour, pendant un hiver rigoureux, ayant su que les aumônes pour lesquelles elle avait épuisé sa bourse ne suffisaient pas pour les besoins des malheureux, elle sortit de son abbaye, accompagnée de plusieurs religieuses, et alla de porte en porte, jusque dans le domicile des officiers de la garnison française, demander des secours. La collecte fut assez abon-

dan te. pour nourrir les pauvres pendant la famine qui désolait alors la Lorraine.

Ce fut cette princesse qui obtint la béatification de Félix de Cantalice, capucin, « qui l’avait guérie » d’un sort que lui avait donné un gentilhomme » nommé Tremblecourt , mis à mort secrètement, » peu de temps après. Catherine dépensa a cette » poursuite, auprès du saint-siege, soixante mille » francs; Félix fut mis au rang des saints par le » pape Urbain VIII, et, en i63i , les Capucines de » Rome envoyèrent à l’abbesse de Remiremontun » os du bras de ce bienheureux. »

Le cœur de Catherine fut déposé sous un carreau de marbre dans la chapelle de Notre-Dame de la Consolation , à Nancy.

HENRI DE LORRAINE

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