‹ Le château d'Eu (volume 2)Chapitre 63 sur 68 · DEUXIÈME DU NOM · texte numérisé non relu

DEUXIÈME DU NOM

PRINCE DE CONDÉ

Henri de Bourbon, deuxième du nom, prince de Condé , premier prince du sang , pair et grandmaître de France, duc d’Enghien, chevalier des ordres du roi , gouverneur de Bourgogne , de Bresse et du Berri, fds unique et posthume de Henri de Bourbon, premier du nom, prince de Condé, et de Charlotte-Catherine de LaTrémouille , sa seconde femme, naquit à Saint-Jean-d’Angely le Ier septembre 1 588.

Il fut élevé à la cour, et épousa, le 3 mars 1609, Charlotte-Marguerite de Montmorency, estimée la plus belle dame non de la cour seulement , mais de la France , selon Pierre de L’Es toile. Elle avait à peine seize ans, et était en effet d’une grande beauté.

Le prince de Condé ne tarda pas à s’apercevoir de l’amour violent qu’Henri IV avait conçu pour sa femme, l’ayant pu obtenir de lui la permission de quitter la cour pour s’en aller dans ses terres, il se retira à Valéry, et de là s’enfuit avec elle en Flandre (i). Il ne revint à Paris qu’après la mort du roi , sur une invitation de la reine. Il y fut reçu par elle avec distinction ; mais , quand il eut vu que la marquise d’ Ancre et son mari avaient tout le pouvoir, et que l’on commençait à se lasser du gouvernement de la reine, il suivit les conseils du duc de Bouillon, assembla secrètement les mécontens, et se fit leur chef. En i6i4? il prit congé du roi et de la reine pour aller à sa maison de Châteauroux; il y resta peu , se rendit à Mézières , leva des troupes , et publia un manifeste qui contenait de nombreux griefs contre la reine et son conseil. Craignant que le duc de Guise n’abusât du titre de général de l’armée pour reprendre sur le trône l’autorité qu'avaient eue ses prédécesseurs, et n’osant pas non plus donner le commandement à un autre, Marie aima mieux négocier avec le prince de Condé, qui était entré à Sainte-Menehould. De son côté , il avait peu d’espoir de succès; il sp prêta facilement à un

(1) N oir la notice do la princesse Charlotte de Condé.

arrangement. Le traité, fait le i5 mai i6i4? était avantageux au prince , qui recevait cent cinquante mille écus pour les siens , et obtenait le gouvernement du château d’Amboise jusqu’à l’assemblée des états-généraux, par lesquels il espérait abaisser la puissance royale. Trompé dans son attente, il ne songea plus qu’à recommencer la guerre au printemps. Il partit pour Clermont, sans prendre cette fois congé du roi, et de là se rendit à Coucy. Il lança un nouveau manifeste contre le gouvernement, fit de promptes et nombreuses levées, prit Épernay, Méry, reçut un secours de cinq cents reîtres du duc de Bouillon , et entra dans le Poitou. Bientôt , voyan t qu’il ne gagnait pas beaucoup à tant risquer, sur les avances de la reine-mère, il conclut le traité de Loudun , qui lui fut extrêmement favorable. Revenu à Paris, il obtint à peu près tout ce qu’il demanda pour lui et ses partisans; mais, dévoré d’ambition et poussé , dit-on , à se faire roi par le comte de Carliste, qui lui promettait l’assistance de l’Angleterre, il recommença ses menées secrètes et reprit ses intrigues. La reine , satisfaite de l’occasion qui se présentait, le fit arrêter au Louvre par Thémines, et emprisonner à la Bastille , puis au bois de Yincennes , où la princesse de Coudé obtint la permission d’être

renfermée avec lui. Il en sortit trois ans après, par l’influence de De Luynes, et fut reçu avec bonté par le roi, qui l’emmena avec lui à Compiègne et l’admit à tous ses conseils.

La guerre civile désolait le royaume; le prince de Condé prit sur les huguenots Sancerre , en 1 62 1 , avec quelques autres petites villes dans le Berri; en 1622, il commandait l’avant-garde à Rie, et fut cause de la prise des deux mille hommes d’infanterie de Soubise. Il fit mettre la même année le siège devant Montpellier. Comme la reine était sans enfans, et qu’une prédiction lui avait promis qu’il monterait sur le trône, il poursuivait les protestans à outrance, pour qu’on ne lui reprochât point la religion de ses aïeux, et pour s’assurer d’avance, par l’extinction de ce parti , un règne paisible. Aussi , quand il y eut des négociations de paix à Montpellier, il laissa l’armée pour faire voir qu’il n’y entrait en rien, et partit pour l’Italie sous prétexte d’un vœu à Notre-Dame de Lorette.

Après son retour, il fut envoyé , en 1627, à la tète des armées du roi, contre le duc de Rohan, en Languedoc et en Guienne. Il s’empara de Soyons, de Beauchâtel , de Saint-Auban , fit raser le château de Coilla, qui appartenait à D’Auhais, lieutenant

du duc, prit Pamiers, Réalmont et beaucoup d’autres places, sévissant partout avec la plus grande rigueur contre les vaincus, et outre-passant les ordres de la cour, qui ne voulait simplement que contenir Rohan jusqu’à la prise de La Rochelle. En i635, il eut le gouvernement de Nancy et de la Lorraine ; et l’année d’après il fut envoyé par le roi , comme son lieutenant-général, en Franche-Comté; il se rendit maître de plusieurs villes, et assiégea Dole, mais sans succès. En i638, il fut appelé au commandement de l’armée de Guienne, battit les ennemis à la Bidassoa, entra dans Tron, prit le port du Passage, et investit Fontarabie, dont ses troupes abandonnèrent le siège, saisies d’une frayeur panique. 11 se vengea bientôt des Espagnols en enlevant Salses, Canet, et le château de Tautavelle, puis, plus tard, d’Arguilliers , de Laroque et d’Elne.

Après la mort de Louis XIII, il devint chef du conseil sous la reine régente. L’âge et l’expérience l’avaient rendu sage et avaient apaisé son ambition; aussi usa- 1- il de sa position pour s’efforcer de maintenir la paix dans le royaume entre les partis, et à la cour entre les grands.

Il tomba malade et fut emporté en trois jours; il

mourut à Paris le 26 décembre 1646. Son corps fut transporté à Valéry.

« La princesse de Condé, raconte madame de » Motteville, ne fut pas au désespoir de sa mort; » et l’illustre madame de Rambouillet fut estimée » d’avoir dit, en cette occasion, que madame la » princesse n’avait jamais eu que deux belles jour- » nées avec M. le prince , qui furent le jour qu’il » l’épousa, par le haut rang qu’il lui donna, elle » jour de sa mort, par la liberté qu’il lui rendit et le » grand bien qu’il lui laissa. »

Le prince de Condé avait de grandes qualités et de grands défauts. Il était juste jusqu’à l’inexorabilité, économe jusqu’à l’avarice. Comme il était malheureux à la guerre, ses ennemis lui faisaient le reproche de manquer de vaillance. Officieux et charitable, mais peu soucieux de la dignité de son rang; il était railleur, peu galant, et aimait beaucoup le vin et les repas familiers. Sa parole avait de la vivacité , de l’éloquence , mais son cœur cachait une ambition démesurée. Se livrant vite à la colère, il revenait aussi promptement à lui. Il était beau dans sa jeunesse, mais dans sa vieillesse ses yeux étaient devenus gros et rouges, sa barbe négligée, ses cheveux gras, sa toilette mal ordonnée.

Pierre Lenet, dans ses mémoires, fait du prince de Condé le plus brillant éloge; mais, suivant Voltaire, sa plus grande gloire est d’avoir été le père du grand Condé.

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