ET GASTON! (J. B.) DE FRANCE, DUC D’ORLÉANS
(*) La continuation du Mercure français , ou suite de l'Histoire de l'auguste Régence de la reine Marie de Médicis , donne sur ce jeune prince des renseignemens dont nous avons cru devoir présenter ici un extrait:
« Monsieur d’Orléans naquit à Fontainebleau , » l’an 1607, 16 avril, à onze heures; fut baptisé
» le lendemain au soir; et soudain, après le bap- » tême, apparut en l’air un nuage de feu, qui » éclaira tout le ciel de sa splendeur, et se dissipa » comme par un éclat de tonnerre....
» Il étoit si cliétif, pâle et exténué , qu’il ne don-
» noit nulle espérance de vie, et un cerveau qui de » sa grosseur et grandeur égaloit le reste de son pe- » tit corps.
» La grande contention qu’il y eut pour les nour- » rices le pensa du tout priver de la nourriture » nécessaire, dont il demeura, jusqu’au a5, vivant » comme d’emprunt. — • Finalement arrêtée que » fut la nourrice , femme qui commandoit peu à ses » passions : triste suc d’alimens pour remettre un » petit corps si ruiné de mal. Sur le printemps, on » fut contraint de changer la nourrice. Or, la reine » se proposant que les paysannes l’importunoient » moins de leurs brigues que les bourgeoises , et » que le lait en seroit meilleur, S. M. en choisit une » du bourg de Montmorency ; mais bientôt celle-ci » expérimenta semblablement les menées et ca- » lomnies de la cour. Monsieur d’Orléans fut sevré » le 2 avril, et la nourrice fut renvoyée à Mont- » morency... D’alarme en alarme et de convulsions » en convulsions, il vécut jusqu’au 17 du mois de » novembre, qu’il plut à Dieu de le retirer à soi. » Il était âgé de quatre ans six mois.
» Prince, en son enfance, doué de toutes sortes » de perfections ; une beauté qui ne se pouvoit re- » garder qu’avec admiration ; l’œil , la parole et la
» grâce plus qu’humaine : un jugement surmontant » la capacité de son âge et toute la personne angé- » lique.
» On le porta de Saint-Germain droit à Saint- » Denis, près le cercueil de Henri-le-Grand , son » père, où on lui fit un très-bel enterrement; car » de pompes funèbres on tient que l’on n’en fait » point à Paris après la mort des enfans de France, » s’ils n’ont vécu sept ans.
» La reine reçut tant d’affliction de cette mort, » qu’elle en fut plusieurs nuits sans pouvoir dor- » mir; et tous les Français, en général, en portè- » rent un extrême regret (i). »
Malherbe adressa à Marie de Médicis ce sonnet
sur la mort de ce jeune prince , en 161 1 :
« Consolez-vous, madame, apaisez votre plainte:
» La France’, à qui vos yeux tiennent lieu de soleil ,
» Ne dormira jamais d’un paisible sommeil » Tant que sur votre front la douleur sera peinte.
» Rendez-vous à vous-même, assurez votre crainte,
» Et de votre vertu recevez ce conseil ,
» Que souffrir sans murmure est le seul appareil » Qui peut guérir l’ennui dont vous êtes atteinte.
» Le ciel , en qui votre âme a borné ses amours ,
» Était bien obligé de vous donner des jours » Qui fussent sans orage et qui n’eussent point d’ombre ;
» Mais, ayant de vos fils les grands cœurs découverts ,
» N’a-t-il pas moins failli d’en ôter un du nombre ,
» Que d’en partager trois en un seul univers ? »
(1) Voir aussi les Mémoires de la régence de Marie de Médicis , page 39.