REINE DE FRANCE
Elisabeth , fille de l'empereur Maximilien 11, n en 1 554 ? épousa Charles IX, roi de France, à Alézières, le 27 novembre 1570. Le mariage fut célébré par le cardinal de Bourbon; les plus grands seigneurs du royaume , entre autres les ducs de Guise , d'Aumale et d'Elbeuf, étaient allés la recevoir à Sedan; on prétend même que le roi s'y était rendu incognito. Cette princesse, aussi vertueuse que belle, eut le malheur de paraître à la cour sous un règne tumultueux, et d'être unie à un prince faible, qu'une éducation corruptrice et le désastreux empire de Catherine de Médicis rendirent le bourreau de ses sujets. Elle n'était point dans l'horrible confidence de la Saint-Barthélémy, et l'on raconte qu'en ayant reçu la nouvelle à son réveil : « Hélas! dit-elle, le roi mon mari le sait-
» il? — Oui, madame, lui répondit-on; c'est lui- » même qui le fait faire. — O mon Dieu ! s'écria- » t-elle, qu'est ceci? » Et elle demanda ses Heures, et se jeta, toute baignée de pleurs, aux pieds de son crucifix , pour implorer de Dieu le pardon de son époux. Elle l'aimait tendrement : c'était un de ses devoirs; et elle les remplissait tous avec exactitude. Pendant la maladie de sang qui conduisit Charles IX au tombeau , elle allait s'asseoir auprès de son lit, « puis, dit Brantôme, on lui voy oit jeter » des larmes si tendres et si secrètes, que qui n'y » prenoit pas bien garde n'y eust rien connu : «essuyant à l'écart ses yeux humides, qu'elle en » faisoit pitié grande à chacun. » Le roi, qui l'avait toujours aimée, répétait souvent qu'il avait trouve' en elle la plus digne femme de l'Europe; il la recommanda en mourant à Henri IV : elle se montra inconsolable de sa mort. Un jour, une de ses da mes croyait adoucir sa peine en lui disant: « Au » moins, madame, si Dieu, au lieu d'une fille, » vous eût laissé un fils, vous seriez à cette heure » reine mère du roi, et votre grandeur d'autant » plus s'agrandirait et s'affermirait. — Hélas! ré- » pondit-elle, ne me tenez pas ce fâcheux propos; o comme si la France n'avait pas assez de malheurs
» sans que je lui en fusse aller produire un poui » achever sa ruine' et moi, misérable , pour I avoii » conçu, en eusse eu nulle malédictions du peuple. » duquel la voix est celle de Dieu. »
Les troubles qui agitaient la France, el peutêtre aussi l'espèce d'abandon où l'on commençait à la laisser, la déterminèrent à aller passer le reste de ses jours à Vienne, auprès de l'empereur son père Le roi d'Espagne étant devenu veuf d'Anne d'Autriche, fit demander la main d'Elisabeth, qui refusa ce nouvel hymen. Un jésuite fut chargé de lever les scrupules de la princesse; comme il mettait trop d'opiniâtreté dans sa mission, « elle le fit » châtier de son outrecuidance. » « Elle aimoit pourtant beaucoup, dit Brantôme, les gens de vie » sainte , comme sont ces gens-là : elle étoit très- )> dévote. J'ai ouy raconter à aucunes de ses dames » que, quand elle étoit dans le lict, à part et en cachette , ses rideaux très-bien tirés, elle se tenoit » à genoux toute en chemise, et prioit Dieu une » heure ou demie, battant et macérant sa belle » poitrine. »
Elle aimait et cultivait les lettres : ce goût l'avait liée d'une tendre affection avec Marguerite de Navarre. Elle entretint avec elle une Correspondance
suivie jusqu'à la fin de ses jours; elle lui envoya même, de Vienne, deux livres qu'elle avait composés , l'un sur la parole de Dieu, et l'autre sur les événemens de son temps.
Elle mourut à Vienne, à l'âge de trente-cinq ans. L'impératrice dit à cette occasion : « El mejor de » nos ostros es muerto. » (Ce qu'il y avait de meilleur parmi nous n'est plus!)