‹ Le Château d'Eu (volume 3)Chapitre 21 sur 73 · PRINCESSE DE LA ROCHE-SUR-YOIV · texte numérisé non relu

PRINCESSE DE LA ROCHE-SUR-YOIV

(Peinl d'après un portrait qui est au Musée Royal.)

Philippe de Montespedon (née en i53o, morte le 12 avril i5^8) était fille de Joachim de Montespedon , baron de Chenille, seigneur de Beaupréau, et de Jeanne de La Haye ; elle épousa en premières noces René, seigneur de Montejan.

Le maréchal de Montejan étant mort, sur la fin de 1 538, dans le Piémont, où il était gouverneur, sa veuve fut recherchée avec empressement de plusieurs grands seigneurs; d'abord du marquis de Saluées dont elle se joua : elle l'avait engagé à la reconduire jusqu'à Paris, elle refusa sa main.

Le maréchal d'Annebaud, qui avait succédé à M. de Montejan dans le gouvernement du Piémont, aurait désiré aussi obtenir la main de sa veuve. Il supplia la dauphine de prendre son intérêt dans

celle affaire. Cette princesse voulut bien transmettre à madame «le Wonlejan les vœux de I )annchaud ; la maréchale répondit qu'elle était désolée, mais que son cousin de Vieilleville avait arrangé son mariage avec Charles de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon, et que la chose était trop avancée pour qu'elle pût reculer.

La dauphine approuva sa conduite et lui conseilla de hâter ce mariage auquel le roi devait être contraire, puisqu'il était favorable au marquis de Saluées. Le marquis appela devant le parlement madame de Montejan (1); mais sur la réponse de cette dame, qui offrait, pour soutenir son refus et son honneur, M. de Vieilleville, et le prenait pour son chevalier, le marquis, qui ne se souciait guère d'en venir à cette extrémité avec un seigneur dont la bravoure était reconnue, se retira en disant : « Je ne veux point une femme par force; et si elle » ne veut point de moi , ni moi d'elle non plus. »

Libre ainsi de tout engagement avec le marquis

(1) « Le marquis avoit un interrogatoire de quarante articles pour in- » terroger madame la maréchale sur tous les propos qu'elle avoit tenus à » lui et à ses gens, et des baisers qu'elle lui a donnés par les chemins.... » et entre autres qu'elle avoit promis au grand gonverneur dudit marquis, » l'escuyer Saint-Julien, une chaîne de cinq cents escus pour sa livré» de » nopces. »

( Mémoires de Vieiilevii-le.)

de Saluées, la maréchale de Montjean épousa en 1 54o Charles de Bourbon, prince de La Roche-sur- Yon.

La reine-mère, Catherine de Médicis, en fit sa dame d'honneur. Brantôme raconte, à ce sujet, que, le prince de Condé lui ayant reproché d'avoir accepté cette charge, elle, qui avait épousé un prince du sang, elle lui répondit qu'elle ne croyait pas plus se rabaisser que lui lorsqu'il avait accepté le grade de colonel d'infanterie, parquoj quiladvisât à ses fautes, et non aux siennes.

Madame de La Roche-sur- Yon était veuve de son

second époux, Charles de Bourbon, quand elle

mourut, le samedi 12 avril 1 5 7 8 7 dans son hôtel

du faubourg Saint-Germain. Pierre de L'Estoile,

dans son Journal, raconte que, « deux jours avant

» sa mort, la reine de Navarre, qui l'aimoitfort,

» l'alla voir; à laquelle elle dit : « Madame, vous

» voyez ici en moi le bel exemple que Dieu vous

» propose : il faut mourir, madame ; songez-y et re-

» tirez-vous, car il faut songer à Dieu; car vous ne

» me faites que ramentevoir le monde quand je vous

» regarde. » Cela disoit-elle parce que la reine de

» Navarre étoit, comme de coutume, diaprée et

» fardée. »

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