CHEVALIER DE GUISE
François-Alexandre Paris de Lorraine, chevalier de Guise, fils posthume de Henri de Lorraine, duc de Guise, dit le Balafré, et de Catherine de Clèves, né en i58g, était un cavalier accompli : il n'était bruit que des grâces de sa personne. La princesse de Conti l'avait fait admettre aux divertissemens de la cour de Marie de Médicis, et la reine l'honora de quelque attention. Les princes, craignant que la régente ne prît pour le chevalier un goût trop vif, qui aurait replacé la maison de Lorraine à la tête des affaires du royaume, se liguèrent contre lui. Le baron de Luz, qui, après avoir été dévoué aux Guises, s'était brouillé avec eux pour quelques affaires d'intérêt, commença par répandre que le chevalier de Guise avail (orme lé projet de se
défaire du maréchal d'Ancre. Il se vanta aussi publiquement d'avoir été du conseil de Blois contre la vie du duc de Guise le Balafré. Le chevalier, l'ayant rencontre dans la rue Saint-Honoré, le tua d'un coup dépée. Le fils du baron, encore dans l'adolescence, provoqua en duel le meurtrier de son père; il succomba lui-même. Le chevalier retourna à l'hôtel de Guise, où il reçut les félicitations de ses nombreux amis. Plusieurs vers furent faits sur ce combat; et, selon l'usage, les poètes se déclarèrent pour le vainqueur : aussi écrivaientils que Paris ,
« Poussé d'un vif ressentiment,
» Avoit fait passer vaillamment
» Au fil d'une juste colère
» Celui-là qui s'éloit vanté
» D'avoir pu (chère vanité !)
» Empêcher la mort de son père. »
La reine-mère courroucée, avait d'abord ordonné de poursuivre le meurtre du baron de Luz (i); sur cette menace, le duc Charles de Guise s'étant jeté dans la cabale du prince de Condé,
(1) J'allai au Louvre, où je la trouvai pleurant, ayant envoyé quérir les princes et les ministres pour tenir conseil sur cette affaire, qu'elle avait infiniment à cœur. Elle me dit alors : « Vous voyez, Bassompierre, en quHIe » façon on s'adresse à moi, elle beau procédé de tuer un vieil gentilhomme » sans dire gare; mais ce sont les tours de la maison. »
irJmoircs de Bassompierre.)
l'ordre fut tout-à-coup révoqué; la reine-mère alla même jusqu'à offrir à ce duc, par l'entremise de Bassompierre, la somme de cent mille écus, et la lieutenance générale de la Provence pour son frère le chevalier.... c'est-à-dire pour Je meurtrier!
Le chevalier de Guise était d'une grande adresse dans tous les jeux, dans tous les exercices; il la signala surtout dans le fameux carrousel de 1 612 : il avait pris le nom d'Olivante de Loro; et il était de la troupe des Chevaliers du Soleil , qui avait pour chef le prince de Conti.
Il périt, le ier juin 1614, à Baux en Provence, en mettant lui-même le feu à une pièce de canon qui creva et lui emporta d'un éclat la moitié du corps. Telle était encore, à cette époque, l'idolâtrie des catholiques en France pour le nom de Guise, « que, le chevalier étant porté dans la ville d'Arles » le lendemain de sa mort, le peuple, criant et gé- » missant d'une façon étrange , arracha les clous de » sa bière, décousant le drap où il était enseveli; » ne trouvant aucun changement en son visage, il » en fit faire un portrait, qui fut mis en leur maison-
» de-ville Les deux premières villes de sa pro-
d \iiice, Aix et Arles, étant entrées en jalousie de » ses cendres , on ne put les accorder qu'en don-
)> n;ii il le cœur à l'une, el laissa ni le corps a 1 autre... » Le roi, la reine-mèrf furent visiteret consolei
n en son lintel. à Paris, monsieur le duc deGuise; » madame la princesse de Conti surtout fui telle- » ment affligée, que les plus belles plumes du » temps s'employèrent a la consoler (i). »
(1) D'Audignier.
kVV\\Vl(VVV%V^V\i\^\\VV*VV«V^V*\\V»(\^V*VV\^V*V\iV«VVV*V*V\iVVi*\^\*VVV\V*VV\*VVVV\/VV*V\V%\^