‹ Le château d'Eu (volume 4)Chapitre 60 sur 89 · PREMIER DUC DE GUISE · texte numérisé non relu

PREMIER DUC DE GUISE

Claude de Lorraine , premier duc de Guise , pair et grand-veneur de France, comte d’Aumale, marquis de Mayenne et d’Elbeuf, baron de Joinville, gouverneur de Champagne, de Brie et de Bourgogne , fils de Renë II du nom , duc de Lorraine, et de Philippe de Gueldres , sa seconde femme ; ne le 20 octobre 1496; marie, le 18 avril i5i3, à Antoinette de Bourbon, fille de François, comte de Vendôme , et de Marie de Luxembourg.

Ce prince fit des prodiges de valeur à la bataille deMarignan, en i5i5,où il commandait les lansquenets, que le duc de Gueldres avait amenés au secours de François I. Il reçut, dans cette sanglante journée vingt-deux blessures, et fut renversé de cheval. Son écuyer, le voyant dans ce danger, se

jeta sur lui pour couvrir de son corps les jambes de son maître, qui n’étaient pas, comme le reste, couvertes de fer : par cette courageuse présence d’esprit , le prince ne fut pas écrasé sous les pieds des chevaux. Trouvé après la bataille sous un tas de morts, il fut porté à la tente du duc Antoine son frère. A son retour de Lorraine , pour témoigner à Dieu sa reconnaissance, il fit un pèlerinage à Saint-Nicolas, près de Na,ncy, avec les mêmes armes qu’il avait à Marignan , et fit mettre son effigie , en pierre , à genoux à droite de l’autel du saint. Vers la même époque, le duc Antoine fit un pèlerinage à Sainte-Barbe , près de Metz. Voici comme la chronique en vers des antiquités de Metz raconte le retour de ce prince :

« Par mil cinq cens ving trois Passa par-dessus le Pont-Tieffroy Tout du long Antoine de Lorraine Et sa noblesse et beau domaine.

En retournant de Sainte-Barbe Son armée et son avant-garde A Moulin feirent leur desjeun Par un neufviesme jour de jun.

Et après lui vint la duchesse,

Aornée de grande richesse ,

A Metz entra bien noblement Et fut receutte honorablement.

En passe-tems oullre Moselle La princesse et ses damoiselles En soûlas et grands déduicts Y furent deux jours et deux nuicts.

Et quand print son département Alla disncr à Saint-Clément ,

Après disné monta aux arsons Et retorna au Pont-à-Mousson. »

En 1 522, à la tête de six mille Allemands, Claude attaqua à Fontarabie une armée espagnole qui menaçait la France d’une irruption : une rivière très-profonde séparait les deux camps : Claude s’y précipita le premier pour la traverser. Effrayés de cet acte de bravoure, les Espagnols se jetèrent dans la ville , où le duc de Guise les força bientôt à coups de canon. Il ne signala pas moins sa vaillance sous les remparts dePéronne, dont il obligea Charles- Quint à lever le siège.

Le testament de René II avait donné lieu à des

contestations entre Claude, duc de Guise, et An-

toine, son frère aîné, duc de Lorraine : elles se terminèrent par un traité conclu le 27 octobre 1 53o , qui assura en partage à Claude le comté de Guise, le comté d’Aumale, les baronnies de Joinville, Elbeuf, etc., et des terres en Provence. Ce fut pour lui qu’après son établissement en France on érigea le comté de Guise en duché-pairie.

Ce prince était à Fontainebleau lorsqu’il fut attaqué de sa dernière maladie : il se fit transporter dans son château de Joinville, où ses fils et ses pe-

lits-fils s’étaient rendus : il leur donna sa bénédiction, se jeta à bas de son lit quand on lui apporta le saint viatique , communia à genoux , et expira à l’âge de cinquante-cinq ans.

Claude de Guise était d’une taille avantageuse, très-bien proportionnée, d’un air qui sentait son grand prince , mais mêlé de douceur; son abord était agréable et aisé. Dans les combats, son regard était terrible, et ses ennemis lui avaient donné le surnom de boucher , « parce que, dans l’action, il » n’épargnait personne. » Il protégeait les gens de lettres; il encourageait les arts; il aimait la musique, et, dans les jours de fête, il se plaisait à chanter lui-même les louanges du Seigneur.il n’était pas moins passionné pour la chasse. Telle était sa magnificence, que tous les jours, il avait sept tables ouvertes. Sa jeunesse avait été fort dissipée : sur la fin de sa vie , pour expier ses premières erreurs, il portait toujours sur la chair, au haut du bras gauche, un cercle de fer qui l’incommodait extrêmement.

La faveur dont il jouissait à la cour de France excitait la jalousie de quelques seigneurs. L’un d’eux, pour jeter sur lui quelque ridicule, disait: « Claude de Lorraine parle allemand en français :

» toutes fois qu’il voudra s’appeler prince , pour

» parler proprement français, il devra ajouter de

» Lorraine. »

Claude , premier duc de Guise, fut le chef d’une famille qui devint assez puissante en France pour balancer la fortune des rois.

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