DIANE DE POITIERS
( Peint d’après un portrait qui est au Musée Royal. )
Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois , née le 21 mars i5oo.
Le comte de Saint-Vallier, convaincu d’avoir favorisé l’évasion du connétable de Bourbon, allait périr sur l’échafaud, lorsqu’une femme d’une beauté admirable va se jeter aux pieds de François I : c’était Diane , sa fille , épouse de Louis de Brézé, grand -sénéchal de Normandie. Le roi lui accorda la grâce de son père, mais ce fut, dit-on, au prix d’une autre faveur. Henri II ne fut pas moins sensible à tant d’attraits; elle avait déjà quarante ans lorsque ce prince, âgé seulement de dix-huit ans, en devint amoureux. Elle ne tarda pas à prendre sur lui un souverain empire : c’est pour elle qu’il donnait, avec tant de faste , des fêtes et des tournois; c’est pour elle qu’il fit bâtir Anet;
c’est pour entrelacer son chiffre à ses attributs qu’il décora le Louvre et Fontainebleau; c’est par elle seule qu’il gouvernait la France. Source de toutes les faveurs et de toutes les grâces , elle n’employait sa puissance qu’à faire le bien , à protéger les lettres, à faire fleurir les arts. Elle aimait sincèrement Henri II. Lorsque Catherine de Médicis, qui ne pouvait souffrir Diane, vit que le roi allait expirer, elle lui envoya l’ordre de rendre les pierreries de la couronne, et de se retirer dans l’un de ses châteaux (i).
« Le roi est-il mort ? demanda-t-elle au messager. » — - Non , madame , pas encore, mais il ne passera » pas la journée. — Eh bien! répliqua-t-elle avec » fierté, je n’ai pas encore de maître; et, si j’ai le » malheur de lui survivre long- temps, mon cœur » sera trop occupé de la douleur de sa perte pour » que je puisse être sensible aux chagrins qu’on » voudra me causer. »
Elle choisit pour retraite le château d’Anet, que Philibert de Lorme avait reconstruit pour elle et où Henri avait prodigué toutes les richesses des arts et toutes les richesses du goût. C’est là qu’elle termina ses jours, le 26 avril i566.
(1) Chenonceaux.
Les historiens du temps s’accordent à faire le plus grand éloge de sa beauté, de sa grâce, qui triomphèrent du temps, car Brantôme dit « qu’il » ne la vit pas sans émotion six mois#avans sa mort,» c’est-à-dire à l’âge de soixante-cinq ans. Les charmes de son esprit ne le cédaient en rien à ceux de sa figure : on a trouvé d’elle, dans les manuscrits de la Bibliothèque royale, des vers à Henri 11 qui sont fort agréablement tournés.
Voici vrayment qu’Amour un beau matin S’en vint m’offrir fleurette très-gentille ;
Là se prit-il à orner votre teint Et vistement marjelaine et jonquille,
Me rejetoit , à tant que ma mantille En estoit pleine et mon cœur se pasmoit ,
Car voyez-vous fleurette si gentille Étoit garçon frais, dispot et jeunet.
Ains tremblotant et détournant les yeux ,
Nenni î disois-je. — Ah ! ne serez déçue ,
Reprit Amour ; et soudain à ma vue Va présentant un laurier merveilleux.
Mieux vaut , lui dis-je, être sage que reine.
Ains me sentis et frémir et trembler....
El Diane faillit , et comprendrez sans peine Duquel matin je praitends reparler.
Son tombeau était à Amet; mais, lorsque le duc d’Orléans (aujourd’hui le roi Louis-Philippe) vendit les restes de ce château, il fit transporter ce mausolée à Neuilly, où on le voit dans un pavillon ([ue le prince a fait construire pour le recevoir.