LOUIS II
DUC DE BOURBON
Louis II, duc de Bourbon, dit le Bon, comte de
Clermont, de Forez, etc., etc , seigneur de
Beaujeu , et de Bombes, pair et chambrier de France , fils aîné de Pierre Ier , duc de Bourbon et d'Isabelle de Valois, né le [\ août i337, mariè le 19 août 1371 à Anne, dauphine d'Auvergne, fille unique et héritière de Béraud II, comte de Clermont, dauphin d'Auvergne, etc. . . . , et de Jeanne de Forez , dame d'Ussel , sa première femme ; mort à Montluçon, le 19 août i/jio.
Après quelques faits d'armes qui commencèrent sa réputation , il alla visiter à Londres, en i359, le roi Jean , alors prisonnier en Angleterre. De retour en France , il défendit Reims contre Edouard III , qui fut obligé d'en abandonner le siège. Il fut livré
pour otage au roi d'Angleterre, lorsque ce monarque rendit au roi Jean sa liberté; sa captivité dura près de huit ans : ses grâces le faisaient surnommer à la cour d'Edouard le roi d'honneur et de liesse.
Ayant obtenu sa délivrance, pour avoir fait obtenir du pape Urbain V l'évêché de Winchester à Guillaume de Wickham, ministre favori d'Edouard , il revint en France et se hâta de se rendre dans le Bourbonnais. Il convoqua toute la noblesse de cette province et des provinces voisines, et fonda l'ordre de V Espérance, dont les marques consistaient en une ceinture dorée et un écu d'or orné d'une bande de perles où était gravé le mot Allen, c'est-à-dire : « Allons au service de Dieu. » De là il fut trouver le roi Charles V avec huit cents hommes d'armes dont deux cents chevaliers, et fut opposé avec succès à l'armée anglaise, commandée par le duc de Lancastre.
Il fut chargé en 1370 de reconquérir le Poitou, avec le connétable. Du Guesclin : sa bourse était épuisée; il en parla au roi , qui lui répondit : « Ah ! » beau-frère de Bourbon , je vous prie, ne parlez de » cela ; je vous certifié que je rafraîchirai vos gen- » tilshommes et vous. »
En t 3 7 3 9 il marcha en Bretagne contre le duc de Montfort : il n'eut qu'à paraître pour vaincre. La duchesse de Montfort tomba entre les mains du duc de Bourbon avec les dames de sa cour. « Ah ! » beau cousin , lui cria-t-elle, suis-je prisonnière? » — Nenni, repartit Bourbon, car nous n'avons » point de guerre aux dames, mais nous avons » bien la guerre au duc votre mari, qui se gou- » verne étrangement au vis-à-vis du roi son droit » seigneur. »
Sur l'invitation de Henri de Transtamare, qui voulait chasser les Maures du royaume de Grenade, il se rendit en Espagne, où il fut reçu avec les plus grands honneurs. On prétend que, par une singulière courtoisie, Henri conduisit Bourbon au château de Ségovie, où étaient enfermés les fils de Pierre-le-Cruel , et lui dit : « Vées là les enfans de » celui qui fit mourir votre sœur; et, si vous voulez » les faire mourir, je vous les délivrerai. — Nenni, » repartit le duc, je ne serai mie consentant de » leur mort, car de la mâle volonté de leur père » ils n'en peuvent mais. »
En 1 379, il réconcilia Du Guesclin avec Charles V, qui l'avait éloigné de lui, et lui donna dix chevaliers pour l'accompagner au siège de Châteauneuf-
de-Randan, où le connétable trouva la mort, et où son tombeau reçut les honneurs de la victoire.
En i382, sous Charles VI, il décida le gain de la bataille de Rosbec, contre Arteveld, après avoir fait des prodiges de valeur.
Au siège de Verteuil, dans le Poitou, le duc de Bourbon ayant défié le plus brave des assiégés, Renaud de Montferrand , gouverneur de la place, se présenta : au milieu du combat, un des gens du duc, qui craignait sans doute que son seigneur ne fut tué, cria : Bourbon, Bourbon, notre dame! A ce cri de guerre du duc , Montferrand baissa son épée, et demanda au prince d'être armé chevalier de sa main. « Messire, répondit Bourbon, la chevalerie » est bien employée à vous, car vous êtes un vail- » lant homme et de bon lignage. »
En t386, il visita, à Orthès, le fameux comte de Foix, Gaston Phœbus, dont les écrivains contemporains ont peint, dans des récits merveilleux, les grâces, les talens, la courtoisie et la vaillance.
A la demande de la république de Gènes, Louis II de Bourbon accepta le commandement de l'expédition dirigée contre le roi de Tunis, en i3o,i : après avoir battu les Africains, il sentit néanmoins la nécessité de revenir en Europe s'il
ne voulait pas éprouver le sort de son trisaïeul saint Louis.
Il fut admis à prendre part au gouvernement lors de la démence du roi Charles VI. Fatigué des intrigues de la cour, il méditait le projet de se retirer aux Célestins de Vichy, lorsqu'il signa la ligue formée contre Jean-sans-Peur , duc de Bourgogne. Il fut surpris à Montluçon par une fièvre ardente, qui l'emporta à l'âge de soixante-treize ans. Il mourut en chrétien ; la multitude désolée qui accompagnait ses funérailles s'écriait : «Ah!ah!mort! » nous as osté en ce jour notre soutènement: c'était » notre prince, notre confort, notre duc, le plus » prud'homme, de la meilleure conscience , et de la » meilleure vie , qu'on sçeut trouver »
Il était fort charitable ; lui-même distribuait d'abondantes aumônes tous les vendredis , et assistait, tous les jours à trois messes. Il unissait, selon l'usage du siècle, la galanterie à la dévotion. C'était un grand capitaine; il fut le digne ami de Du Guesclin.