LOUIS XII
ROI DE FRANCE
Louis [XII, roi de France, surnommé le Juste el le Père du peuple , né à Blois, le 27 juin 1462, de Charles, duc d'Orléans, et de Marie de Clèves; marié en 1476a Jeanne de France, fille de Louis XI; en secondes noces, à la reine Anne de Bretagne, veuve de Charles VIII; en troisièmes noces , à Marie d'Angleterre, fille de Henri VII.
Ce prince, n'étant encore que duc d'Orléans, passait pour un des seigneurs les plus aimahles et les plus galans du royaume : dans les jeux et les tournois qui eurent lieu à l'époque du sacre de Charles VIII, il remporta le prix sur tous les che- \aliers. Son adresse, ses grâces, son courage, attirèrent sur lui les applaudissemens de toute la cour, ri , dit-on, les regards d'Anne de France-, fille de
Louis XI et dame de Beaujeu. Le dépit de n'avoir pas été chargé de la tutelle du roi et de l'administration de l'état, qu'il réclamait comme premier prince du sang, le fit mettre à la tête de la ligue formée contre madame de Beaujeu. Le sort des armes ne lui fut point favorable : fait, prisonnier, par Louis de la Trémouille, à la bataille de Saint-Aubin , transporté de prison en prison , enfermé pendant la nuit dans une cage de fer, relégué enfin dans la grosse tour de Bourges, il y demeura trois ans: ce fut Charles VIII, qui, à l'insu de madame de Beaujeu , vint briser ses fers. Il accompagna le monarque, dont il était très-aimé , dans son expédition d'Italie, en ï^qS. Parvenu au trône en 1498? il proclama l'oubli du passé: « Ce n'est pas, disait-il » à ses courtisans, qui lui conseillaient la ven- » geance, ce n'est pas au roi de France à venger les » injures faites au duc d'Orléans. » Il composa son conseil d'hommes vénérables, amis de la justice, et choisit pour premier ministre Georges d'Amboise,qui, après avoir partagé ses malheurs, lui avait rendu de grands services. Appelé, du chef de son aïeule, Valentine Viseonti, à succéder au duché de Milan, s! passa les Alpes pour revendiquer ses droiis contre l'ambitieux Ludovic Sforce. La con-
quéle du Milanais, confiée au maréchal Trivulce, fut l'affaire de quinze jours, et ie roi fit son entrée à Milan le 6 octobre i499-
L'année i5o6, il reçut aux états de Tours, par l'organe de Bricot, le titre de Père du peuple, qui fut accueilli par des applaudissemens unanimes: ce glorieux surnom lui a été conservé parla postérité.
En iSoo,, il gagna en personne, sur les Vénitiens , la bataille d'Agnadel , où il montra une valeur qui allait jusqu'à la témérité. « Que ceux qui ont «peur, disait-il à ses officiers, se mettent der- » rière moi! « Ayant poursuivi les fuyards jusque sur les bords de la mer, il fit tirer cinq volées de coule vrines , à coups perdus , sur Venise, « afin, ob- » serve Brantôme, qu'il fût dit dans l'avenir que le « roi Louis XII avait canonné la ville imprenable. »
Après la bataille de Ravenne, si funeste et si glorieuse pour Gaston de Foix en i5ia , celle de Novare, perdue par la Trimouille en 1 5i4 ? et la journée des éperons, Louis XII passa deux traités, l'un avec Léon X, l'autre avec Henri VII, roi d'Angleterre, dont il épousa la fille, princesse aimable et \ive, et se livra aux douceurs de la paix et aux charmes d'un nouvel hyménée. On dit que, pour plaire à sa jeune épouse, il changea sa manière de
vivre : car , « où il sou loi t dîner à huit heures, il » convenoit qu'il dînât à midi; où il souloit se cou- » cher à six heures du soir, souvent se couchoit à » minuit. » Les fêtes de son mariage durèrent six semaines : à peine furent-elles achevées, « que le m bon roi ( dit Mézeray ) finit sa vie, par manière de » dire, dans son lit nuptial, et passa des joies de ce » monde à celles du paradis. » Il mourut au palais des ïournelîes , le ier janvier i5i5, à l'âge de cinquante-trois ans.
A sa mort, les crieurs de corps disaient le long des rues , en sonnant leurs clochettes : « Le bon » Louis, père du peuple, est mort! » et le peuple répondait à ces cris par ses larmes.
Louis XII avait bien mérité cet hommage de deuil et d'affection. Le bonheur de son peuple était l'objet de tous ses vœux : il diminua les impôts , adoucit la rigueur des lois, veilla au maintien delà justice, et « ôta la pillerie des gens d'armes, » Son économie ayant un jour excité quelques railleries parmi les courtisans, il dit : « J'aime mieux voir les » courtisans rire de mon avarice que le peuple » pleurer de mes dépenses. » Son axiome favori (lait « qu'un bon pasteur ne saurait trop engrais- » serson troupeau. »()n a Marné ce prince d'avoir
mis trop de franchise et de loyauté dans ses rapports politiques avec les autres souverains, et de s'être laissé tromper par Alexandre VI et par l'artificieux Ferdinand ; mais « il aimait mieux perdre , » s'il le fallait, un royaume, dont la perte, après » tout, pouvait se réparer, que de perdre l'honneur » qui ne se répare point. » Il aimait les lettres : Cicéron était son auteur favori. Sa piété n'avait rien d'affecté. « Il en est ( disait-il un jour) des excomo munications du pape comme de l'infidélité d'une » femme : c'est une chose terrible quand on s'en » soucie , ce n'est rien quand on ne s'en soucie » pas. » Sa dernière pensée se porta avec crainte pour l'avenir sur son successeur, François 1 : « Hé- » las ! s'écria-t-il , nous avons travaillé en vain : ce » gros garçon gâtera tout ! »