‹ Le Château d'Eu (volume 5)Chapitre 41 sur 90 · CHARLES-QUINT · texte numérisé non relu

CHARLES-QUINT

(Peint sur bois.)

Charles-Quint, fils de Philippe I, roi d'Espagne, et de Jeanne, reine de Castille, archiduc d'Autriche , déclaré roi d'Espagne en 1 5 1 6 , élu empereur deux ans après , à la mort de Maximilien son grandpère, naquit à Gand, le 2 5 février i5oo.

Ce prince occupe une grande place dans l'histoire : sa vaste puissance , sa rivalité avec François I, ses victoires contre les infidèles, ses guerres de religion, la vivacité de son esprit, son machiavélisme politique, enfin son abdication et sa retraite dans un monastère, ont donné à son nom une immense célébrité.

François I, qui fut toujours plus un héros de parade qu'un bon capitaine, contribua beaucoup par son étourderie et sa présomption à la gloire de son rival. Il voulut lui disputer l'empire, et il échoua;

ISO lui enlever le Milanais, et il perdit la bataille de Pavie et fut fait prisonnier. Jusque là Charles- Quint n'avait triomphe que par l'épée de ses généraux : il marcha en personne contre Barberousse, le défit, s'empara de Tunis, rendit la liberté à vingt-deux mille esclaves chrétiens, et rétablit Muley-Hassen sur son trône. De là il passa en Provence, la ravagea , et ne se retira que devant la trêve de Nice, après avoir perdu une grande partie de son armée. La révolte de la ville de Gand appelait sa présence : il demanda à François I la permission de traverser la France ; le roi , en ennemi généreux, la lui accorda avec une courtoisie toute chevaleresque, et lui donna au Louvre un tournoi magnifique. Charles-Quint avait été si dur pour François I pendant sa captivité, que plusieurs de ses amis ne craignirent pas de lui conseiller de profiter de l'occasion pour forcer l'empereur à révoquer le traité de Madrid. Triboulet, le fou du roi , avait déjà dit : « Si Charles-Quint osait traver- » ser la France, pour se rendre dans les Pays-Bas, » je lui donnerais mon bonnet. — Et si je le lais- » sais passer? lui avait dit François ï. — Sire, ré- » pliqua Triboulet, je lui reprendrais mon bonnet » pour vous en faire présent. » Le roi n'avait fait

que rire de cette saillie; mais il avait prêté une oreille plus attentive lorsque la duchesse d'Etampes lui avait donné le même avis. Cependant la loyauté fut plus forte que la politique; il se contenta de dire à l'empereur : « Belle dame me con- » seille de ne point vous laisser sortir de France. » — Si le conseil est bon , répliqua Charles-Quint » un peu troublé, il faut le suivre. » Le soir même, comme il allait se mettre à table, il feignit de laisser tomber aux pieds de la duchesse un anneau d'un grand prix. La duchesse d'Étampes, l'ayant ramassé, le présenta à l'empereur; mais il lui dit : « Cet an- » neau désire changer de maître, et je vous prie de » le garder. » Cette galanterie gagna le cœur de la favorite , et les droits de l'hospitalité ne furent plus mis en question.

La victoire ne fut pas toujours fidèle aux armes de Charles : en i54i •> sa flotte fut dispersée devant Alger, dont il méditait la conquête; il ne fut pas plus heureux devant Metz, dont l'habileté du duc de Guise le força à lever le siège.

Cette déroute, les maladies dont il était accablé, son orgueil froissé par l'abandon de ses alliés, les premiers succès du jeune roi Henri 11, qui lui faisaient dire que la fortune était une femme qui pré-

ferait les jeunes gens aux vieillards, peut-être aussi le besoin d'une célébrité nouvelle, lui firent prendre, en i555, la résolution de descendre du trône, et d'échanger la pompe des grandeurs humaines contre les austérités du cloître. Il se retira au monastère de Saint-Just, sur les frontières de Castille et de Portugal , et en observa toutes les règles avec la plus scrupuleuse exactitude. On ne sait si le souvenir de sa grande puissance réagit sur son cerveau au point de le troubler, ou si sa raison ne céda point aux rigueurs de la discipline; mais il serait difficile d'expliquer autrement la scène étrange qui terminasacarriere.il voulut voir célébrer ses obsèques de son vivant : enveloppé d'un linceul, il s'étendit dans un cercueil, et fit réciter pour lui l'office des morts; ce n'était qu'une comédie : le lendemain, 21 septembre i558, ce fut une réalité; Charles-Quint n'avait survécu que de quelques heures à ce caprice funèbre.

51bis.

LE MÊME

(Peint d'après l'original de Holbein qui est au Palais-Royal.)

/Hter.

LE MÊME

Peint d'après un portrait qui est au Musée Royal.)

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