FRANÇOIS I
ROI DE FRANCE
François I, roi de France, arrière-petit-fils de Louis , duc d'Orléans, assassiné par le duc de Bourgogne, et de Valentine de Milan; né à Cognac, le 1 1 septembre 1 494 î sacré et couronné à Reims le 2 5 janvier i5i 5; marié en i5i4 à Claude de France, fille de Louis XII; en t53o, à Éléonore d'Autriche, sœur de Charles-Quint.
Le titre de duc de Milan , qu'il prit à son couronnement, fit présager qu'il ne renonçait pas aux prétentions que lui avait léguées Louis XII sur le Milanais : il passa en effet les Alpes, et, au mois de septembre 1 5 1 5 , il gagna la célèbre bataille de Marignan; elle avait duré deux jours: le premier, le roi coucha sur l'affût d'un canon; lorsqu'à la fin du deuxième Bayard revint au camp, François I
mit un genou en terre devant lui, et voulut recevoir de ses mains l'accolade de chevalier. Le Milanais fut le prix de cette première victoire.
Cette même année le roi de France conclut, avec Léon X, un concordat , après avoir aboli la pragmatique sanction.
En 1 5ao il eut, avec Henri VIII, roi d'Angleterre, l'entrevue connue sous la dénomination du champ du drap d'or, à cause de sa magnificence. « Plu- » sieurs (dit Dubellais) y portèrent leurs forêts, » leurs prés et leurs moulins sur leurs épaules. » François I y fut d'une gaîté et d'une courtoisie rares. « Mon frère (dit-il un jour à Henri VIII, qu'il » avait surpris au lit, et qui voulait se lever), vous » n'aurez point aujourd'hui d'autre valet de cham- )> bre que moi. » Et il lui fit présent d'un bracelet enrichi de pierres précieuses.
En i52i , étant à Romorentin , chez Louise de
Savoie sa mère , le jour de la fête des Rois, il défia
au combat le roi du festin : on livre au comte de
Saint-Pol un assaut burlesque, dans sa maison, où
il avait rassemblé ses amis ; une main imprudente
lance parla fenêtre un tison ardent; François I en
est atteint à la tête, et tombe évanoui. Depuis cet
accident, il porta les cheveux courts et la barbe i. 13
longue; de là, une révolution clans le costume; (a eour imita le roi, la ville imita la cour; la magistrature seule eut quelque peine à se mettre a la mode.
A cette époque commença la rivalité de Charles- Quint, qui devint si funeste à la France et à son roi. La défection du connétable de Bourbon, que François I aurait pu prévenir, s'il eût moins prêté l'oreille aux dangereuses insinuations de la duchesse d'Angoulême sa mère , acheva de porter le coup fatal aux armes françaises en Italie. Lautree et Bonnivet sont battus; Bayard meurt à Bébec, en 1 524. Le roi marche lui-même à Milan. Il est vaincu et fait prisonnier à la bataille de Pavie , en 1 5a 5. On raconte que Pompérant, lui ayant proposé de se rendre au connétable de Bourbon : « Non, s'écria- » t-il, non , plutôt mourir que de donner ma foi à » un traître; où est le vice-roi , où est-il? » Lannoi parut , et le monarque lui remit son épée. C'est de ce champ de bataille qu'il écrivit à sa mère ce fameux billet : « Tout est perdu, fors l'honneur.))
Transféré en Espagne , il y resta prisonnier jusqu'au traité de Madrid, en irri(j. En remettant Je pied sur le territoire français . iî s'écria avec fierté : « ,1e suis donc encore roi ! »
La guerre recommence en i5^8; François I envoie un cartel à Charles-Quint : un nouveau traité de paix se conclut à Cambrai , en 1529.
Charles-Quint, revenu vainqueur de son expédition d'Afrique, fait entrer en Provence une armée de cinquante mille hommes. François I fait ravager cette province. Il faut gémir sur le fléau de la guerre qui entraîne un monarque à de tels excès.
En 1 544 il délivra Landrecies assiégé par Charles- Quint; la paix, signée cette même année à Crépy, ne fut plus suivie d'aucun événement guerrier. Le royaume aurait joui des douceurs du repos , sans les dissensions religieuses : des cruautés furent commises, notamment en 1 545 et i546, contre les Vaudois , et l'on reproche avec raison à François I d'avoir encouragé, plutôt que modéré, l'intolérance et les persécutions : c'est une tache à la
gloire du protecteur des lettres Lorsqu'on lui
annonça la mort de Henri VIII : « Mon aîné est parti, ) dit-il, mon tour ne tardera pas. » 11 mourut, en effet, deux mois après, le dernier jour de mais 1 547 , à l'âge de cinquante-deux ans. On attribue sa mort à la passion qu'il avait conçue pour la belle
Féronnièreet à la vengeance de son mari
1% François I avait les traits nobles, le port majestueux, l'air affable, une grande adresse dans les exercices du corps. C'était une de ces âmes qu'il ne tient pas à la fortune de dégrader. Sa franchise, en politique, allait peut-être jusqu'à l'imprudence; c'était un effet de la loyauté de son caractère. Il aimait le luxe , le faste et les plaisirs : ce goût, réuni à l'influence des arts, opéra une heureuse révolution dans l'esprit et dans les mœurs des Français. Il appela auprès de lui les savans, il fonda pour eux le collège royal. « Une cour sans femmes , disait-il, » est une année sans printemps et un printemps » sans roses. » Et les femmes vinrent embellir sa cour : son amour distingua Françoise de Foix et la duchesse d'Étampes , remarquables toutes deux par les grâces de leur esprit et de leur personne. Ami des lettres, il les cultivait lui-même, non sans succès; il avait de l'éloquence, et l'on trouve une grâce naïve dans ses poésies dont l'on a conservé plusieurs manuscrits. François I est un des exemples les plus remarquables de l'intérêt d'un prince à favoriser les gens de lettres et à les mettre de son parti; car celui qui a fait incendier la Provence, livré les Vaudois à la flamme des bûchers, épuisé le trésor public, el troublé, par le scandale de ses
galanteries, le repos des familles, a été présenté, par les historiens et les poètes de son temps, comme l'émule de Léon X , le glorieux frère d'armes de Bavard, le digne rival de Charles-Quint; et cette opinion a été adoptée par la postérité!
53bls.
LE MEME
(Peint d'après un portrait qui est au Pàlais-Royal.)