‹ Le Château d'Eu (volume 5)Chapitre 66 sur 90 · CATHERINE DE MEDICIS · texte numérisé non relu

CATHERINE DE MEDICIS

Catherine de Médicis, fille unique de Laurent de Mëdicis II, duc d'Urbin, nièce du pape Clément VII, née à Florence l'an i5içj, épousa, en i533, le dauphin de France, depuis Henri II. Sa beauté devint un des ornemens de la cour de François I. Malgré ses intrigues, elle n'exerça qu'une autorité secondaire sous Henri II, entièrement dominé par la duchesse de Valentinois; sous François II, son crédit fut éclipsé par les Guises; elle ne commença à jouer le premier rôle que comme régente, pendant la minorité de Charles IX, son second fils; elle conserva sa pernicieuse influence sous Henri III. Fine jusqu'à l'artifice, tour à tour impérieuse ou caressante, tantôt légère et galante , tantôt vindicative et sanguinaire, toujours prête à

changer d'intérêts et d'amis, tous les moyens lui

semblaient bons pour assouvir l'insatiable ambition qui la dévorait. Embarrassée dans un labyrinthe de difficultés insurmontables, partagée entre deux religions et les factions qui se disputaient le pouvoir souverain , cette princesse employa tous ses soins à les détruire par leurs propres armes; elle nourrit la haine des Condés et des Guises, excita celle des catholiques et des protestans. Ne s'occupant que d'étendre et de consolider sa puissance, elle fomentait elle-même les troubles, lorsqu'elle se flattait de paralyser par la guerre civile les forces de ceux dont elle redoutait l'ascendant. On trouve dans les mémoires de la Ligue une lettre de Catherine de Médicis au prince de Condé , par laquelle elle le remercie d'avoir pris les armes contre la cour. On rapporte aussi que , lorsqu'elle crut la bataille de Dreux perdue et les protestans vainqueurs , elle s'écria: «Eh bien ! nous prierons Dieu en français. » Cependant, lorsqu'elle crut pouvoir impunément se défaire des huguenots, elle ordonna le massacre de la Saint-Barthélémy, dans la nuit du 23 au ^4 août 1572 (1). C'est elle qui présida à cette san-

(1) Quelques heures auparavant, Charles IX ayant mal accueilli quelques seigneurs protestans, elle l'en blâma en lui disant: « Mon fils, lorsqu'on veut prendre les guêpes dans Ie.guêpier, on met un masque sur son

visage. »

glante tragédie ; c'est elle qui arma le bras de Charles IX de l'homicide carabine; c'est elle qui sourit à la tête coupée de l'amiral de Coligny !...

Catherine avait du courage et en faisait vanité. Pendant le siège de Rouen, en i562, « les canon- » nades et arquebuses, dit Brantôme, pleuvoient » autour d'elle , qu'elle s'en soucioit autant que de » rien. » Elle riait des sollicitudes que témoignait pour elle le duc de Guise. Elle aimait à se montrer aux soldats, qui pourtant n'en parlaient pas toujours avec respect. Un jour le cardinal de Lorraine, qui en avait entendu quelques-uns tenir sur elle des propos plus que légers , lui dit que, si la chose lui était agréable, il allait les faire pendre : « Non, » reprit-elle, je suis bien aise de faire voir qu'une » Italienne a su commander à son ressentiment. »

Elle transporta en France le goût des arts, qu'elle avait puisé à la cour des Médicis; enrichit la Bibliothèque d'un grand nombre d'ouvrages; favorisa les gens de lettres, les savans et les artistes; fit élever les Tuileries; mais son luxe, et son goût pour les plaisirs et la dépense, épuisèrent plus d'une fois le trésor. Lorsqu'on se hasardait à lui en faire l'observation : « 11 faut bien vivre, » répondait-elle.

On l'accuse d'avoir elle-même corrompu l'âme

de ses enfans, soit en leur donnant pour récréations des combats de coqs, de chiens, et autres animaux, ce qui les accoutumait à la vue du sang ; soit en les faisant servir quelquefois à table par ses filles d'honneur, couronnées de fleurs, afin de leur inspirer le goût des voluptés.

Elle était à Blois, lors des fameux états de ce nom, en i588, retenue au lit par des infirmités qui la conduisirent bientôt au tombeau. Après l'assassinat du duc de Guise, Henri III descend aussitôt chez sa mère : a Le roi de Paris n'est plus, madame, » lui dit-il, et je suis roi désormais. — Vous avez » fait mourir le duc de Guise , reprit-elle en soupi- » rant : Dieu veuille que cette mort ne vous rende » pas roi de rien! C'est bien coupé, mon fils, mais » il faut coudre. » Catherine ne survécut pas longtemps à cette catastrophe; elle mourut, en 1589, à l'âge de soixante-dix ans; et tel était le désordre où se trouvait le royaume, que la mort de celle qui sous quatre règnes avait occupé l'attention de toute la France fut comme inaperçue , et ne causa aucune sensation.

On trouva dans sa chambre et même sur son corps divers talismans, qui prouvent qu'elle croyait à la magie.

Henri III, malgré les malheurs du temps, lui fit faire de magnifiques funérailles.

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67bis.

LA MÊME

(Peint sur bois par Janet.)

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67ter.

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