‹ Le Château d'Eu (volume 5)Chapitre 71 sur 90 · DUC D">ALBE · texte numérisé non relu

DUC D">ALBE

( Teint sur bois par Porbus, )

Ferdinand Alvarez de Tolède, duc d'Albe, né en i5o8, d'une des plus illustres familles d'Espagne, fit ses premières armes à la bataille de Pavie et au siège de Tunis, sous l'empereur Charles- Quint. Ce monarque ne conçut pas d'abord de ses talens militaires une haute opinion : il lui accorda des grades éminens, à cause de son nom, de sa fortune, de l'influence de sa famille; mais il fut longtemps sans le charger d'un commandement général. Cette prévention s'était assez accréditée pour

(1) Ce tableau , acheté à une vente publique sur la fin de 1822, était annoncé pour un portrait du duc d'Albe, par Antoine Vandyck, Il n'est pas bien certain que cela soit exact , mais il y a d'autant plus lieu de le présumer, que, quoique Vandyck soit né dix-sept ans après la mort du duc d'Albe, on sait qu'il y a à Amsterdam un portrait du duc d'Albe par ce grand peintre.

qu'un grand seigneur de la co'ir de Madrid osât adresser au duc une lettre avec cette suscription : « A monseigneur le duc d'Albe, général des armées » du roi dans le duché de Milan en temps de paix, » et grand-maître de la maison de S. M. en temps » de guerre. » On dit que la hardiesse de cet avis contribua à réveiller une énergie qui n'était qu'assoupie, et qui a fait du duc d'Albe un des plus grands capitaines, comme un des hommes les plus remarquables du seizième siècle. Élevé, en i546, au poste de généralissime des troupes impériales , il marcha contre les protestans d'Allemagne , les battit complètement en 1 547 •> ^ Muhlberg, où l'électeur de Saxe, qui les commandait, fut fait prisonnier, ainsi que le duc de Brunswick. C'est à J 'occasion de cette fameuse bataille que Charles- Quint disait « que le soleil s'était arrêté ce jour-là » sur l'horizon pour lui donner le temps de dé- » truire ses ennemis. » On demanda au duc d'Albe ce qu'il en pensait. « J'étais, répondit-il, si occupé » de ce qui se passait sur la terre, que je ne pris » pas garde à ce qui se passait dans le ciel. » Après avoir réduit les protestans en Allemagne, il suivit l'empereur au siège de Met/, en 1 553 ; mais là son génie échoua contre l'infatigable activité du

duc de Guise, qui eut la gloire de voir Charles- Quint lever le siège avec les débris de son armée. En 1 557 ? le duc d'Albe, encore opposé au duc de Guise en Italie, n'eut pas des succès importans; mais il parvint souvent à entraver ses opérations. Lorsqu'en 1567 les habitans des Pays-Bas, froissés dans la liberté de leurs opinions, parurent décidés à recourir aux armes , Philippe II se hâta de leur opposer le duc d'Albe : il comptait tout à la fois sur son habileté et sur la sévérité de son caractère. On se rappelait que le duc, consulté sur la conduite à tenir envers les Gantois révoltés en i53o, , avait répondu à Charles-Quint : « Il faut » ruiner toute ville rebelle; » et ce souvenir ne présageait rien d'heureux pour les Pays-Bas. Le duc d'Albe y déploya en effet un appareil terrible de puissance et de rigueur : il fit périr sur l'échafaud Philippe de Montmorency, comte de Horn, et le comte d'Egmont, « soupçonnés d'avoir des liaisons » avec le prince d'Orange et de favoriser l'hérésie ! » C'est ce même comte d'Egmont qui , général de la cavalerie sous Philippe II , s'était distingué à la bataille de Saint-Quentin, en i557, et avait défait le maréchal de Termes à Gravelinea, en 1 558. Il mourut avec beaucoup de résignation. L'ambassa-

deur de France écrivit à sa cour « qu'il avait vu » tomber avec courage cette tête qui deux fois avait » fait trembler la France. » Comme on témoignait quelque surprise au duc d'Albe de ces exécutions sanguinaires : « Peu de têtes de saumons, répon- » dit-il, valent mieux que plusieurs milliers de gre- » nouilles.» Mais, ajoute un historien du temps, « il n'épargnait non plus les grenouilles. » Il avait établi, pour juger les rebelles, un conseil souverain de douze juges. De ce nombre était Jacques Hessels, qui dormait toujours à l'audience : quand on le réveillait pour donner son avis, il disait encore tout endormi : Ad patibuliunl ad paùùulum ( i ) !

Le succès couronna les armes du duc d'Albe dans cette guerre contre les religionnaires, connus sous

(1) Ce tendre magistrat ne semblait-il pas avoir servi de modèle, entre autres, au Dandin des Plaideurs de Racine?

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