CARDINAL DE GRANVELLE
Antoine Perrenot naquit en 1 5 1 7, à Besancon, alors ville impériale. Il était fils de ce Nicolas Perrenot qui, par ses talens, s'était élevé des rangs les plus obscurs de la société au poste éminent de chancelier de Charles-Quint; et telle était la considération dont il jouissait à la cour de l'empereur, que ce monarque, en apprenant sa mort, dit à Philippe, son fils :« Nous avons perdu, vous et moi, un » bon lit de repos. » Cette haute faveur ne fut pas inutile à l'ambition d'Antoine Perrenot : il avait d'ailleurs des connaissances très-variées, une grande aptitude aux affaires , et , comme César, il dictait à la fois à cinq secrétaires, en cinq langues différentes. Présenté à Charles-Quint, il ne tarda pas à lui plaire : nommé, à vingt-quatre ans, évèque d'Arras, il assista au concile de Trente, et y déploya un zèle
si habile pour les intérêts de son maître, qu'à son retour, il fut promu à la dignité de conseiller d'état, et nommé plénipotentiaire en 1 554 ? pour aller à Merc, près de Calais, négocier la paix entre l'Espagne, qu'il représentait avec le duc de Médina-Cœli , et la France , qui était représentée par le cardinal de Lorraine et le connétable de Montmorency. Ces conférences demeurèrent sans résultat.
L'année suivante, Antoine Perrenot se trouva à Bruxelles à la cérémonie de l'abdication solennelle de Charles-Quint en faveur de son fils. Philippe se jeta aux genoux de son père, les yeux baignés de larmes, et lui baisa la main ; s'excusant ensuite sur ce qu'il ne savait pas assez bien s'exprimer en langue flamande, il ordonna à Antoine de Granvelle de parler pour lui : ce prélat prononça un discours très-éloquent. Philippe II , charmé de son mérite, et fidèle à suivre les recommandations de l'empereur, son père, fit d'Antoine Perrenot son chancelier et son favori.
Chargé, en i558, d'accompagner à Péronne la duchesse Christine de Danemaick, cousine germaine de Philippe 11 , qui désirait voir son fils le duc Charles 111 de Lorraine, il profita de ce
voyage pour avoir, avec Je cardinal de Lorraine plusieurs conférences dont le but était de renouer la paix. C'est dans un de ces entretiens que Granvelle témoigna ses regrets de voir Coligny et d'Andelot protéger hautement les dogmes de Calvin , et le désir que la maison de Guise renversât le crédit de ces deux ennemis de la religion catholique. A son retour à Monceaux, où se trouvait alors la cour, le cardinal de Lorraine rendit compte à Henri III de ses conversations avec l'évêque d'Arras. « Le roi, qui était bon catholique, mais qui aimait » d'Andelot, voulut éclaircir le fait. Un jour que » d'Andelot se trouvait au dîner du roi, ce mo- » narque lui demanda ce qu'il pensait de la messe. » D'Andelot, sans s'étonner, répondit que la messe » était une impiété. Le roi, irrité d'un tel blas- » phème, se leva de table, prit une lance comme » pour le percer; mais, s'étant contenu et la vou- » lant jeter par terre, il en blessa M. le dauphin, qui » s'était avancé entre lui et d'Andelot : celui-ci fut » arrêté, et mené prisonnier au château de Mèlun.» Le zèle de Perrenot, qui allait jusqu'à l'intolérance, et sa haine contre les réformés, déterminèrent Philippe II , lorsqu'il remit le gouvernement des Pays-Bas à Marguerite d'Autriche, du-
chesse de Parme , à placer Granvelle auprès de cette princesse. Marguerite lui abandonna tous les soins du gouvernement , et lui fit obtenir le chapeau de cardinal. Son influence ne fut pas heureuse sur les Pays-Bas; il persécuta les protestans, et ne se montra pas avare de leur sang. Un cri de réprobation s'éleva contre lui , et le força de fuir et d'aller chercher un asile à Besançon. L'animadversion des peuples était un titre de plus à la confiance de Philippe II. Ce monarque combla Granvelle de nouvelles faveurs; il fut successivement élu archevêque de Besançon , créé vice-roi de Naples, et choisi pour aller conclure et célébrer le mariage de Charles Philibert , duc de Savoie, avec l'infante Catherine. Au retour de cette mission, il mourut, le 11 septembre i586 : il était âgé de soixante-dix ans.
On regrette qu'il ait flétri, par des persécutions religieuses et des actes de cruauté, une longue carrière, illustrée d'ailleurs par un éclatant mérite; mais on n'était pas ministre de Philippe II impunément!
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