‹ Le chateau d'euChapitre 46 sur 87 · PRINCESSE D’ÉPINOY · texte numérisé non relu

PRINCESSE D’ÉPINOY

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Élisabeth de Lorraine (demoiselle de Commercy), fille de François-Marie de Lorraine, comte de Lislebonne, et d’Anne de Lorraine, sa seconde femme, née de 5 avril 1664, épousa, le 7 octobre 1691, Louis de Melun, prince d’Épinoy.

La princesse d’Épinoy, belle-mère de celle-ci, était sœur du duc de Rohan-Chabot et de deux beautés, madame de Soubise, qui fut la maîtresse de Louis XIV , et madame de Quoetquen , célèbre par le secret du siège de Gand que M. de Turenne, amoureux d’elle, n’eut pas la force de lui cacher. Par la protection de M. de Louvois, elle avait obtenu le tabouret de grâce pour son fils le prince d’Épinoy. Le désir de rendre ce tabouret plus solide lui fit briguer le mariage de mademoi -

selle de Commercy, alors dans toute la confiance déclarée de Monseigneur, ainsi que madame et mademoiselle de Lislebonne, sa mère et sa sœur aînée. Cette raison, dans une fille de la maison de Lorraine, fort belle et fort bien faite, la fit passer sur plusieurs années qu’elle avait de plus que son fils et sur la médiocrité du bien. La princesse d’Épinoy aimait à figurer dans les intrigues de cour, était de la société intime de la princesse de Conti et dans les bonnes grâces du grand dauphin, dont elle protégea un moment les amours avec mademoiselle Choin.

Dans les premiers temps que Monseigneur jeta * les yeux sur mademoiselle Choin , madame d’Épinoy fut souvent confidente des intrigues employées par la princesse de Conti et madame de Maintenon pour en détourner le goût du prince; et, lorsque la princesse de Conti, alarmée de l’empire que mademoiselle Choin était à la veille de prendre sur le dauphin, la renvoya, ce fut chez madame d’Épinoy qu’elle fut recueillie. Là le dauphin vit mademoiselle Choin avec moins de gêne. Madame d’Épinoy, craignant que les visites fréquentes de Monseigneur , suspectes si elles étaient mystérieuses* scandaleuses si elles étaient publiques, ne ter-

nissent sa réputation et n’irritassent le roi, sacrifia sa protégée à sa tranquillité, et mademoiselle Choin se relira dans un petit appartement où elle cacha son nom. Elle était également dévouée à madame de Maintenon; mais il paraît qu’elle avait acheté la faveur dont elle jouissait auprès de cette favorite par des complaisances peu honorables pour son caractère. Madame de Maintenon avait sa police à la cour, et la duchesse de Bourgogne, qu’elle aimait d’autant plus que cette princesse avait l’affection du roi, était un des principaux objets de son inquisition. Un jour la duchesse de Bourgogne, étant chez madame de Maintenon, s’amusait à jouer avec des papiers qui étaient sur la table; elle aperçut une lettre ouverte où elle vit son nom : elle se troubla. « Qu’avez- vous donc, mignonne? lui dit » madame de Maintenon; comme vous voilà! Qu’a- » vez-vous donc vu?» La princesse lui montra la lettre et la signature : « Eh bien! oui, reprit-elle, » c’est une lettre que m’écrit madame d’Épinoy; » puisque vous l’avez vue, lisez-la tout entière, et, » si vous êtes sage, profitez-en. » C’était un compte que madame d’Épinoy rendait à madame de Maintenon des quatre ou cinq dernières journées de la duchesse de Bourgogne, mot à mot, lieu par lieu,

heure par heure, dans lequel il était fort question de Nangis (i), et de beaucoup de manèges et d'imprudences. La princesse pensa s’évanouir à cette lecture , et madame de Main tenon , par un reste d’autorité que lui laissaient les soins qu’elle avait donnés à la duchesse de Bourgogne encore enfant à son arrivée en France, lui montra les dangers

d’une conduite imprudente, et lui fit promettre d’être à l’avenir plus circonspecte et moins curieuse.

(1) Nangis , seigneur aimable et galant , sur lequel la duchesse de Bourgogne avait laissé tomber un regard de bienveillance.

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