DUCHESSE DE BOURBON
( Pcinl sur cuivre. )
Louise-Françoise de Bourbon (mademoiselle de Nantes), Fille légitimée de Louis XIV et de madame de Montespan, née le i er juin 1673 , épousa, le 24 juillet i685, Louis III, duc de Bourbon. Comme elle n’avait que douze ans accomplis, il leur fut interdit de vivre ensemble pendant quelques années. Ce mariage se fit à Versailles, où il y eut une illumination et toute la magnificence que le roi aimait à déployer. Madame la duchesse de Bourbon eut la petite-vérole à Fontainebleau dans' le temps de sa plus grande beauté. Cette maladie faillit à lui coûter la vie. Le grand Condé, alarmé sur
les dangers de sa petite-fille, partit de Chantilly
avec la goutte pour venir lui rendre les plus tendres soins. Le roi s’empressa également de l’aller voir. « Mais, dit madame de Caylus, M. le prince » se mit au travers de la porte pour l’empêcher » d’entrer, et il se fit là un combat entre l’amour » paternel et le zèle d’un courtisan , bien glorieux » pour madame la duchesse. Le roi fut le plus fort, » et passa outre malgré la résistance de M. le prince. » La duchesse se rétablit, et ne perdit rien de ses » grâces et de son éclat. »
Cette princesse était d’une figure charmante; ses yeux pétillaient d’esprit; comme madame de La Vallière, elle boitait tout bas, mais c’était aussi en elle une grâce de plus. Elle dansait à merveille , et on admirait l’élégance de sa taille et la noblesse de son port. Elle possédait à un degré éminent le don de plaire; sa conversation était remplie de traits et de charme; on ne lui reprochait que d’y mêler un peu trop de malice et d’avoir quelque penchant à tourner tout en ridicule (i). « C’était, dit Madame, » duchesse d’Orléans , une belle petite chatte , qui
(1) La duchesse de Bourbon, qui n’aimait pas la princesse de Conti, peut-être parce qu’elle aimait trop le prince de Conti , avait imaginé de faire un roman et de transporter les caractères et les mœurs du temps présent sous les noms de la cour d’Auguste. Celui de Julie était réservé à la princesse de Conti , mais, à la vérité, sous des couleurs moins hardies que celles que quelques historiens ont prêtées à cette tille d'Auguste.
» en jouant et minaudant agréablement, fait sentir » ses grÿfes. » Les dames de son temps se livraient aux plaisirs de la table plus que celles de nos jours, et on prétend que la duchesse de Bourbon ne dé- \ daignait pas
« Du vin d’Aï la mousse pétillante ,
. » Ni du Tokai la liqueur jaunissante. »
Il était impossible de faire les honneurs de ses soupers avec plus de grâce et d’enjouement. L’amusement des autres semblait devenir le sien. Prévenante avec tout le monde, elle avait l’art de mettre chacun à son aise. Il était impossible de résister aux charmes de ses manières. Ceux qui l’aimaient ne pouvaient jamais lui ravir leur attachement. Ceux mêmes que parfois atteignaient ses épigrammes n’avaient pas la force de la haïr. Cependant Louis XIV la grondait souvent de cette manie de chansonner toute la cour. Madame de Maintenon s’avisa aussi de lui faire quelques observations sur son amour pour les plaisirs : « Voulez-vous donc, madame,
» lui dit-elle, que je devienne dévote et pédante » comme vous? Je ne fais que ce que vous faisiez à » mon âge. »
Le prince de Conti (François-Louis) aima cette
princesse jusqu’à la passion. On dit qu’il lui sacrifia
la couronne de Pologne, dans la crainte de vivre ’elle. Il mettait tant de délicatesse et de circonspection dans ses relations avec elle, « qu’on » n’avait d’autres raisons de les soupçonner, dit » madame de Caylus, si ce n’est que le prince de » Conti et la duchesse de Bourbon paraissaient » faits l’un pour l’autre. » Un jour que le duc de Bourbon avait envoyé au prince de Conti un sonnet dans lequel il comparait la princesse de Conti à Vénus, le prince de Conti répliqua par ces vers:
éloigné d
« Adressez mieux votre sonoet :
» De la déesse de Cythère • Votre épouse est ici le plus digne portrait ,
» Et si semblable en tout , que le dieu de la guerre ,
•> La voyant dans vos bras , entrerait en courroux.
» Mais ce n’est pas la première aventure » Où d’un Condé Mars eût été jaloux.
» Adieu , grand prince , heureux époux :
» Vos vers semblent faits par Voiture » Pour la Vénus que vous avez chez vous. »
La mort prématurée du prince de Conti fut pouf elle un chagrin affreux ; mais elle se servit de l’empire quelle avait sur elle-même pour cacher sa douleur; et, si son amour avait donné quelques inquiétudes à son mari, elle employa tous ses soins
à les lui faire oublier.
Cette princesse mourut le 16 juin 1743.